À Toi PÈRE ÉTERNEL par les Saints Cœurs de JÉSUS , MARIE et JOSEPH..

Forum Catholique sous la protection de Saint Michel, faisant mémoire de Sylvie la fondatrice, Dévotions au Sacré Coeur, au Coeur Immaculé de Marie, au Coeur Chaste de Joseph et autres, Fidélité aux 3 Blancheurs et aux Dogmes et Doctrines de l'Eglise...
 
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 Notre Histoire Avec Marie en France

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Lumen
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MessageSujet: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 11:55




Le Mont-Saint-Michel, signe de Dieu pour les hommes.

Le Mont-Saint-Michel, signe de Dieu pour les hommes, fait retentir depuis 1300 ans
question que pose le nom même de Michel : « Qui est comme Dieu » ? Personne,
bien-sûr. Pourtant, par notre baptême nous sommes configurés au Christ. Qui est
comme Dieu ? Chaque baptisé qui prend au sérieux son baptême doit aspirer à le
devenir. C'est ce que nous rappelle cette pyramide improbable, fruit de la création
et du travail (de la foi) des bâtisseurs.






Depuis des temps immémoriaux trois rochers émergent de cette échancrure située à la frontière de la Normandie et de la Bretagne. Le mont Tombe, le rocher de Tombelaine et le mont Dol. Trois pyramides, pas très hautes, mais totalement incongrues dans ce paysage plat où la mer, répondant à l'appel de la lune, vient deux fois par jour recouvrir les immensités sableuses et plates de la grande baie. Cela pourrait être triste, et parfois c'est le cas, mais le plus souvent c'est surprenant de vie et de couleurs pastel. Le spectacle est permanent. La beauté à couper le souffle. La nature nous aide à comprendre intuitivement la puissance et la grandeur du créateur.

Mais Dieu ne s'est pas contenté de créer le ciel, la mer et la terre. Il a voulu y introduire la Vie. La vie sous toutes ses formes : minérale, aquatique, végétale, animale. Et, au cœur de cette création, il nous forma Homme et Femme à son image : libres et dotés d'intelligence. Et pour que l'humanité se souvienne de lui, il privilégia quelques lieux où l'on pourrait le reconnaître, le retrouver. Le Mont-Saint-Michel et sa baie sont un de ces espaces où Dieu donne rendez-vous à l'homme.

Pour réaliser cela il fallut le rêve d'un évêque : Aubert, d'Avranches (né en 660, mort vers 725). Saint homme qu'un archange vint déranger trois fois dans son sommeil en 708 pour lui intimer l'ordre de construire une maison de Dieu sur le mont Tombe. C’est Michel, prince de la milice céleste, premier des anges, qui s'est chargé de ce travail. « Qui est comme Dieu ? » Cette traduction de l'hébreu Mi-Ka-El, hante depuis près de mille trois cents ans le rocher où s'est édifié l'un des sites les plus extraordinaires qu'on puisse voir en Europe : le Mont-Saint-Michel. La question peut être ressentie comme une menace. C'est l'archange guerrier qui pousse son cri d'indignation devant l'orgueil et la folie des hommes qui ont, de tout temps, cherché à conquérir le pouvoir d'intimider et de dominer leurs semblables. De ce point de vue, l'abbaye du Mont-Saint-Michel pourrait être l'expression de cette propension. D'où vient qu'elle ne provoque pas cette impression ? Cela tient sans doute à une conjonction de facteurs extrêmement subtils et tout à fait particuliers à cet ensemble qui comprend la baie, le village et l'abbaye. Ce mélange rare de terre, de mer, de vent, de pierres, cette conjonction étonnante et positive du travail de la nature (les croyants disent de Dieu) et du génie humain empêchent le dérapage des sentiments et permettent d’équilibrer mesure et démesure, grandeur et humilité, gloire et déchéance, spirituel et matériel, univers de création et univers d'achèvement, Dieu et Démon, Michel et Satan.

La magnificence du lieu (classé monument historique en 1862 et patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, l’un des sites les plus visités de France), la réputation de l'archange, la beauté des constructions ont vite mis en marche de nombreux pèlerins. Conscients dans leur foi d'avancer vers la « Jérusalem céleste » ; reproduisant au long de leur pérégrination la marche des hébreux dans le désert ; imitant le peuple élu traversant à pied (presque) secs la mer des roseaux. Passer à travers la mer, n'est-ce pas passer à travers la mort ?

Tout pèlerin revit pour lui-même l'aventure d'Israël. Il doit s'arracher au quotidien, accepter d'abandonner ses certitudes, ses appuis, ses sécurités. Il doit faire confiance : la baie est dangereuse, le sable mouvant, la marée rapide. Et quand il a pris pied sur le rocher, il n'est pas encore au bout de ses peines. La montée du village est aussi un chemin symbolique. Le visiteur, sans s'en apercevoir, quitte peu à peu le monde du commerce humain pour celui du « commerce » divin, des nourritures terrestres (symbolisées par la célèbre omelette proposée à l'entrée de la ville), il monte jusqu'aux nourritures célestes. De la table de l'auberge à la table de l'autel où le pain et le vin deviennent pour les chrétiens corps et sang du Christ. Le passage d'une table à l'autre n'est pas facile. Il faut monter sans cesse. D'abord la rue très en pente ; puis les 360 marches du « Grand Degré ». Pas d'ascenseur, pas d'escalier mécanique, mais quelle récompense que d'entrer dans cette grande forteresse construite pour assumer une triple fonction : être imprenable par quelque force ennemie que ce soit ; être accueillante au pèlerin épuisé qui arrive au terme de sa route ; être resplendissante pour dire la gloire de Dieu et permettre à l'âme de s'élever dans une prière fervente, sous l’œil bienveillant de la statue de saint Michel, qui trône à 170 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La baie, le village, l'abbaye du Mont-Saint-Michel témoignent de cette unité créatrice de Dieu et de l'Homme. Ils signent, par leur histoire, la vocation spirituelle, économique et politique de ce lieu. Ils invitent le croyant, comme le non-croyant, à se laisser gagner par l'admiration, la contemplation et la jubilation.

Depuis 1300 ans, l'Église catholique, fidèle à sa vocation et à la mission donnée par l'archange, s'efforce de proclamer la Parole de Dieu, accueille les pèlerins et leur offre les sacrements de l'Eucharistie, du pardon, des malades si nécessaire. Elle est également attentive à la vie spirituelle de la population qui, de tout temps, habite sur le rocher, au pied des murailles de la puissante abbaye-forteresse. Peuple de pécheurs, peuple de commerçants, peuple d'aubergistes et d'hôteliers… Le petit cimetière qui jouxte l'église Saint-Pierre est le témoin séculaire de la permanence de cette vie laborieuse et austère. Aujourd'hui, les pèlerins sont souvent submergés par les touristes. C'est donc un double accueil qui nous incombe, mais c'est une même et seule mission : comprendre et partager l'héritage de tous ceux qui ont « fait » le Mont-Saint-Michel afin d'être, pour notre temps et les temps futurs, des bâtisseurs de beau, de bon et de bien.




André Fournier,
recteur du Sanctuaire Le Mont-Saint-Michel


Les premières mentions du culte à saint Michel, de l'Orient à l'Occident.
C'est en Orient que le culte à saint Michel est attesté le plus tôt, dès le IVe siècle. Les coptes (chrétiens d'Égypte) ne célèbrent pas moins de sept fêtes annuelles en son honneur. Ce culte est passé de l'Orient à l'Occident vers le VIe siècle. Il connut un fort développement, en particulier en Italie, au mont Gargano, en Italie dans les Pouilles. Saint Michel est fêté aujourd'hui en Occident, avec les archanges Gabriel et Raphaël, le 29 septembre. Il semblerait d'après le martyrologe romain que la date corresponde à la dédicace d'une basilique à saint Michel sur la voie Salaria, à dix kilomètres au nord de Rome. Il sera gardé comme patron secondaire de la France, patron de l'Allemagne, de la ville de Bruxelles, des parachutistes et de la police.



Trois apparitions de l'archange saint Michel (parmi bien d'autres).


Au mont Gargano en 492.



En 492, l'Italie n'était pas encore unifiée : l'empire romain était en phase de dissolution. Le plus beau taureau de la région du Gargano disparut. On le retrouva au sommet du mont Gargano, agenouillé à l'entrée d'une caverne, les cornes liées dans les broussailles, et dans une forte colère. Le bouvier tira une flèche afin de l'affaiblir, mais la flèche, par un détour extraordinaire revint vers le tireur. Les habitants du lieu allèrent voir l'évêque du lieu, qui ne fit aucune démarche pour autant. Tous se mirent en prière pendant trois jours. Au troisième jour, l'ange Michel apparut et dit : « Je suis l'archange Michel, l'un de ceux qui se tiennent sans cesse devant le Seigneur. J'ai choisi ce lieu pour être vénéré sur terre, et j'en serai le protecteur. » Les paysans revinrent vénérer l'archange. Il semblait qu'un combat faisait rage puisque des éclairs en jaillissaient. L'évêque décida alors d'édifier un sanctuaire à saint Michel sur ce lieu. Ce sanctuaire fut le premier connu en Europe, d'autant plus vénéré qu'il se situe au Moyen-Âge sur le chemin maritime des croisades et constitue une étape quasi obligatoire vers la Terre sainte.


À Rome en 590, où apparaît la date du 29 septembre.



Depuis 589, Rome était inondée par le Tibre. La pluie faisait beaucoup de victimes, parmi lesquelles le pape Gélase le 7 février 590. Grégoire, le nouveau Pape élu le 3 septembre 590, eut pour première réaction de faire prier la ville. Un triduum de prières publiques eut lieu, le Pape prenant la tête des cérémonies. Un pèlerinage partit de la basilique Saint-Jean de Latran à Rome, passant par la basilique Sainte-Marie-Majeure, pour traverser le Tibre et finir à Saint-Pierre. Le Pape était vêtu d'un sac et brandissait une icône de la Vierge. Le troisième jour, quand on arriva au pont qui relie la ville au Vatican, on constata encore la mort de 80 personnes lors de la procession. Mais la foule entendit alors des chants célestes, très beaux, comme le Regina caeli. Le Pape, levant les yeux au-dessus du Mausolée de l’empereur Hadrien, en rive droite du Tibre, vit l'archange étincelant rengainer son glaive. C'était un 29 septembre. Les crues et l'épidémie qui en résulta cessèrent et tout rentra dans l'ordre. Le Pape suivant, Boniface III, fit dresser au sommet du Mausolée une statue de saint Michel en marbre, l'édifice prenant alors l'appel¬lation de « Château Saint-Ange ».


En France, au mont Tombe en 708



Dans la nuit du 16 octobre 708, saint Aubert, évêque d'Avranches, eut un songe pendant son sommeil. L'ange lui disait : « Je suis Michel, l'archange qui veille en présence de Dieu et je veux habiter en ce pays. Je le prends sous ma protection et j'en prends soin. » Trois fois, il le visita pendant son sommeil. La troisième fois, il posa son doigt sur le front de l'évêque et y laissa un trou. L'évêque consacra alors l'îlot du mont Tombe à saint Michel. Un oratoire fut fondé et douze chanoines vinrent l'habiter avant que les bénédictins en prennent possession en 966 (cette année 2016 est le 1050ème anniversaire de cette installation).


Marie et le Mont-Saint-Michel.
Saint Michel est inséparable de la Vierge Marie car tous deux jouent un rôle important dans la lutte contre les forces du démon. Ils apparaissent ensemble dans le chapitre 12 de l’Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament qui décrit les révélations symboliques de l’apôtre Jean sur la fin des temps. Tandis que la femme qui « crie dans les douleurs de l’enfantement » et met au monde « celui qui doit mener toutes les nations » (allusion à Marie et à son fils Jésus) est en lutte contre un terrible dragon, une grande bataille survient dans le ciel lors de laquelle saint Michel et ses anges parviennent à terrasser le dragon (Apocalypse XII, 7-8.). Ce récit est la base de l’espérance chrétienne au sujet de la victoire finale sur le Mal. C’est donc tout naturellement que Marie est présente au Mont-Saint-Michel : la statue d’une Vierge noire, dite Notre-Dame du Mont-Tombe, témoignage de nombreux pèlerinages avant la Révolution, est présente dans la crypte de Notre-Dame-sous-Terre.

La présence chrétienne au Mont-Saint-Michel.
Quasi-continue depuis 1300 ans, celle-ci n’est pas que spirituelle, mais aussi matérielle. Prêtres, religieux et religieuses représentent plus d’un tiers de la population de la commune (qui est de 41 habitants en 2013), tandis que plusieurs monuments catholiques figurent parmi les 61 édifices protégés au titre des monuments historiques (abbaye, chapelle Saint-Aubert, église Saint-Pierre, presbytère…). L’abbaye est également à l’origine de nombreuses manifestations culturelles ouvertes aux croyants comme aux non-croyants.




Une construction progressive.
Selon la tradition, la dédicace de l’église de « Saint-Michel-au-péril-de-la-mer » a lieu le 16 octobre 709 et l’évêque Aubert installe une communauté de chanoines. Il faudra cependant plusieurs siècles pour que l’abbaye prenne l’aspect qu’on lui connaît de nos jours. Le premier sanctuaire, où est enterré Aubert, est devenu la chapelle Notre-Dame-sous-Terre, en-dessous de la nef romane actuelle, bâtie au XIe siècle. Malgré l’intrusion des Vikings en 847, le lieu se transforme en abbaye bénédictine en 966 et accueille une grande bibliothèque abritant de nombreux manuscrits venus de toute la chrétienté. Les Bénédictins partent en 1791, sous la Révolution, et le Mont-Saint-Michel devient une prison, mais sa vocation religieuse est restaurée en 1922. Depuis 2001, les offices sont assurés par les Fraternités monastiques de Jérusalem.





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Sources documentaires :

- Méry David-Nicolas et Saint-James François,Le tour du Mont en 1300 ans, Éditions Ouest-France, 2011.
- Lefeuvre Jean-Claude et Mouton Jean-Pierre, Histoire de la Baie du Mont-Saint-Michel, Éditions Ouest-France, 2009.
- Guillier Gérard, L'Abbaye du Mont-Saint-Michel, bâtir pour un Archange, Éditions Équinoxe, 2011.
- Bely Lucien, Aimer le Mont-Saint-Michel, Éditions Ouest-France, 2015.
- Decaëns Henry, Le Mont-Saint-Michel, Éditions du Chêne. 2010.
- Maigre François-Xavier, Sur les traces de l'Archange, Éditions Bayard, 2012.
- Destination Mont-Saint-Michel, in Revue Magasine, Éditions Milan, Numéro 29, avril 2016.
- Legros Jean-Luc, Le Mont-Saint-Michel : Architecture et civilisation, CRDP Basse-Normandie, 2005.

_________________

Quand je dis Dieu c'est un poème, c'est une étoile dans ma vie, 
du feu qui coule dans mes veines, un grand soleil pour aujourd'hui !


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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:03




SAINTE JEANNE D’ARC, DES ACCUSATIONS D’HÉRÉSIE À LA CANONISATION TRIOMPHALE


Née au XVe siècle dans une famille catholique du village de Domremy (Vosges), le destin de Jeanne d’Arc,
guidée par « ses voix » pour sauver la France des Anglais, est absolument exceptionnel.
Qualifiée d’hérétique par ses ennemis, condamnée injustement et brûlée vive sur le bûcher, la jeune femme
sera finalement reconnue comme une grande sainte, qui est aujourd’hui patronne secondaire de la France.





Jeannette, comme on l’appelait au village de Domremy, est née le 6 janvier 1412 dans le foyer d’Isabelle Romée et Jacques d’Arc, au cœur d’une France dévastée par la guerre de Cent Ans. Depuis Azincourt et le traité de Troyes (1420), il y a en effet « grande pitié au Royaume de France » qui subit une double monarchie au profit de l’Angleterre. La date de la naissance de Jeanne reste approximative. Elle-même ne la connaissait pas exactement : lors de son procès elle déclarera avoir 18 ou 19 ans mais être née lors d’une nuit d’Épiphanie. Elle est l’aînée et voit la naissance de trois frères et d’une sœur.

Son père, Jacques, est laboureur ce qui laisse penser que sa famille est « aisée » pour l’époque. Elle possède aussi quelques bêtes. Sa mère, Isabelle, vient du village voisin de Vouthon dans la Meuse. Son patronyme, Romée, donne à penser que des membres de sa famille ont fait pèlerinage vers Rome à une certaine époque.

Jeannette vit dans la petite maison familiale près de l’église du village, celle où elle a été baptisée dès sa naissance. Elle passe beaucoup de temps dans l’édifice religieux où elle aime entendre sonner les cloches qui lui indiquent les heures lorsqu’elle n’est pas à la maison. Dès sa plus tendre enfance, elle apprend de la bouche de sa maman les prières et affirmera plus tard qu’elle tient de sa mère tout ce qu’elle sait sur la religion.

Très pieuse, elle aime assister aux offices et se rendre en pèlerinage à la chapelle de Bermont dans le village voisin de Greux où elle prie Notre Dame de Bermont en compagnie de ses amies ou de toute personne qui veut bien l’accompagner. Tout naturellement, elle fait sa première communion en l’église de son baptême, se confessera de bonne grâce et communiera selon son gré.

Jeannette partage la vie quotidienne de la famille. Elle passe le plus clair de son temps avec sa maman qui, outre les prières, lui apprend ce qu’elle doit savoir pour tenir un ménage lorsqu’elle en aura l’âge : préparer les repas, laver le linge, coudre, filer, etc… Mais quand il le faut, elle va à la pâture communale garder le bétail pour remplacer ses frères occupés à d’autres tâches. Elle a une vie normale de jeune fille de campagne.

Jeannette a aussi un grand cœur. Elle n’hésite pas à partager son quignon de pain avec le mendiant ou à laisser sa couche au vagabond, préférant dormir dans la paille devant l’âtre. L’histoire la surnomme « la bergère de Domremy », mais Jeannette était d’abord une bergère des cœurs.





En 1425, Jeanne a 13 ans lorsqu’elle entend « ses voix » pour la première fois. Il est midi, elle se trouve dans le jardin familial, tout près de l’église. Surprise, étonnée, elle garde pour elle ce qui lui arrive et continue à vivre normalement, mais ce qu’elle entend régulièrement fait son chemin en elle. Ses voix reviennent en effet à plusieurs reprises, et pas seulement dans ce jardin : elle les entend aussi lorsqu’elle va au Bois-Chenu danser et chanter avec les jeunes gens du village sous « l’arbre de mai » ou lorsqu’elle garde le bétail.

En 1428, cela fait maintenant trois ans que Jeannette entend saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine lui dire que la France, au plus mal, a besoin d’elle pour la sauver. Trois ans qu’elle se demande comment, elle, petite paysanne, va réussir. Un beau matin, suivant ses conseils, elle part sans ne rien dire à personne, sachant que son père se serait formellement opposé à son départ. Elle se rend à quelques lieues de là, au village de Burey-le-Petit, sur la route de Vaucouleurs (Meuse). Un de ses cousins y habite. Elle compte sur lui pour l’emmener à la rencontre du Sire Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, comme ses voix l'y invitent depuis quelques semaines. Ce dernier doit lui fournir un cheval et des hommes mais quand il voit arriver Jeanne, Baudricourt la prend pour une folle et la renvoie dans son village.

L’année suivante, Jeanne n’y tient plus. Il faut à tout prix qu’elle parte et lève une armée pour « bouter les Anglais hors de France ». Elle prétexte une naissance prochaine chez une de ses cousines pour partir de la maison familiale et se rapprocher de Vaucouleurs. De nouveau, elle va à la rencontre de Baudricourt qui, cette fois, l’entend, la croit et lui donne finalement un cheval et des hommes pour l’accompagner. Nous sommes en février et l’épopée de Jeanne d’Arc commence.

En mars 1429, elle arrive à Chinon et rencontre le « gentil dauphin » Charles. Elle ne l’a jamais vu et il se cache dans la foule des courtisans, après avoir placé un autre sur le trône, mais Jeanne ne se laisse pas prendre et elle vient s’agenouiller aux pieds de Charles, qui en est très surpris. Elle lui fait part du dessein annoncé par ses voix. Charles la croit et il lui confie le rôle de « chef des armées ». Mais Jeanne n’est ni guerrière ni soldat. Son épée marquée de cinq croix, que ses voix lui ont fait trouver en creusant derrière l’autel de l’église Sainte Catherine de Fierbois et que la tradition attribue à Charles Martel, reste le plus souvent au fourreau : elle préfère brandir sa bannière, brodée aux noms de Jésus et Marie, pour galvaniser les troupes plutôt que d’attaquer elle-même les adversaires.





Le 8 mai de la même année, Jeanne délivre Orléans du joug des Anglais. Ses voix l’aident et la conseillent en cette bataille décisive qui est finalement gagnée rapidement, contre toute attente. Dès lors, délaissant Paris et les objectifs militaires naturels, Jeanne ne pense plus qu’au sacre du roi, car c’est « le plaisir de Dieu ».

Charles VII sera couronné à Reims dès le 17 juillet. Jeanne réussit ainsi la première et la plus fondamentale partie de sa mission, car cette onction du Ciel change tout, même s’il faudra encore de longues années pour clore la guerre de Cent Ans. Le jour du couronnement, elle revoit enfin son père, invité à la cérémonie. Cela fait maintenant cinq mois qu’elle a quitté le domicile familial, mais ses parents très émus lui ont bien-sûr pardonné d’être partie sans ne rien dire.





À Compiègne, Jeanne est faite prisonnière par les Bourguignons le 23 mai 1430 qui la vendent ensuite aux Anglais. De février à mai de l’année suivante, c’est la période de son procès à Rouen devant un tribunal ecclésiastique de 40 membres présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. Jeanne est malmenée par ses accusateurs, et on lui reproche de porter des habits d’homme. Accusée finalement d’être relapse, hérétique, apostat et subissant 70 chefs d’accusation, Jeanne est condamnée au bûcher. Durant sa détention, elle ne peut ni assister à la messe, ni communier mais le matin de son exécution, elle y est enfin autorisée : elle se confesse, assiste à la messe et communie une dernière fois.




Sur la place du vieux marché de Rouen, le matin du 30 mai 1431, est dressé son bûcher. Jeanne vit ici ses derniers instants en clamant le nom de « Jésus » à plusieurs reprises.

Durant ces 27 mois où elle a sillonné une grande partie de la France, Jeanne a toujours été un exemple lumineux de foi et de vie chrétienne. Accompagnée par un religieux, elle assiste aussi souvent qu’elle le peut à la messe, se confesse et communie. Elle entraîne ses hommes à en faire autant et à vivre en chrétiens, comme des soldats de Dieu.





En 1456, Jeanne est réhabilitée suite au procès lancé par sa mère. En 1869, la cause est introduite par Mgr Dupanloud, évêque d’Orléans. En 1894, la jeune femme est déclarée Vénérable le 27 janvier. Le 18 avril 1909, après 12 ans de procédure, Jeanne est déclarée Bienheureuse. Onze ans plus tard, en 1920, elle accède à la sainteté, près de 500 ans après sa mort. Sa fête est fixée à la date de son martyre, le 30 mai. En 1922, enfin, la France décide de faire solennellement de Jeanne d’Arc, « la sainte de la Patrie », sa patronne secondaire.




Sainte Jeanne d’Arc et le surnaturel : une interrogation.
Jeanne d’Arc a-t-elle vraiment été douée de communications avec Dieu et ses saints ? Cette question demeure d’actualité. Elle fut celle de ses contemporains. D’abord, les psychiatres ayant ouvert le dossier du « miraculeux » chez la sainte n’ont pu établir un diagnostic sérieux car les sources ne permettent pas de dresser un tableau clinique plusieurs siècles après.  

Pour une partie de l’opinion du XVe siècle, Jeanne est une âme privilégiée, pas tant pour ses « charismes » (don de guérison, de prophétie, etc.) que par sa virginité, gage, à cette époque, de l’assistance surnaturelle dont elle bénéficie au milieu d’une armée masculine. Avant sa défaite devant Paris (le 28 septembre 1429), ses succès militaires sont interprétés comme des miracles, notamment la fin du siège d’Orléans (le 8 mai 1429). Les gens lui attribuent des pouvoirs divers dont la plupart tiennent plus de la rumeur que de la réalité. En 1429, elle se rend en Lorraine où le duc Charles II, âgé et souffrant, lui demande s’il recouvrera la santé, voyant en elle une sorte de guérisseuse. Elle l’invite simplement à prier. On lui prête visions, prophéties, pouvoir de ressusciter les morts…  Contrairement à ce que l’on a prétendu, aucun document (y compris parmi les pièces du procès) ne montre une quelconque apparition de la Vierge chez Jeanne. Ses « voix » et ses « visions » ne seront connues d’un public élargi qu’après 1850, suite à la publication des actes du procès.

Comment percevait-elle ces charismes réels ou supposés ? Dès le début, elle fait preuve d’une solide discrétion. Elle garde en elle ce qu’elle entend, n’en parle jamais, ni à ses parents ni à son curé. Elle aborde ces questions pour la première fois en 1428, à Baudricourt ou à un membre de son entourage. Pendant sa courte vie, Jeanne ne montre que très peu d’intérêt pour l’extraordinaire. Elle ne revendique aucun charisme de guérison et ne laisse aucun témoignage sur sa vie spirituelle. Elle ne parle ni du « démon » ni de sorcellerie. Ses juges, pourtant méfiants à l’encontre du surnaturel, comme Pierre Cauchon, futur évêque de Lisieux, ne mesurent pas ce désintérêt de Jeanne pour l’irrationnel. Sa relation à Dieu est autre. Jeanne n’est pas une intellectuelle, mais une fille « simple » ; son langage, clair, direct, reste étranger à l’abstraction. Ses dialogues, avec le Christ comme avec les hommes, sont d’une belle limpidité. On ne trouve pas chez elle de spéculation théologique. Elle est proche de la spiritualité franciscaine, alors en plein essor : prière, pauvreté du cœur, confiance en la Providence, humilité, obéissance à l’Église, respect des sacrements…

Toutefois, nous gardons trace de faits surprenants. Le premier remonte au début de 1429, avant son départ pour Chinon. Un jour, elle évoque en public la défaite subie par les troupes françaises contre les Anglais lors de la « détrousse des harengs » (fait mentionné dans le Journal du siège d’Orléans, 12 février 1429) ; les personnes présentes sont impressionnées. Parmi elles, Baudricourt, témoin oculaire, écrit au roi pour l’informer. Personne n’explique cette prédiction. Nous savons que Jeanne ne dispose alors d’aucune information sur les faits. Le second phénomène se déroule pendant son procès. Elle avoue à ses juges, avec humilité, que l’archange saint Michel l’a conduite jusqu’au Dauphin à Chinon le 6 mars 1429. Elle-même désarmée devant cette faveur céleste, elle ne fournit aucune explication. Livrée aux Anglais contre une somme de 1000 livres, Jeanne se retrouve face à un tribunal dont les catégories religieuses diffèrent des siennes. Elle n’entend rien aux subtilités de la scolastique. Elle n’a jamais mis les pieds à l’université. Jésus est son « ami », mais non une idée philosophique. On lui parle de Satan (devenu un sujet théologique à part entière depuis le XIVe siècle pour les universitaires), mais elle ne connaît qu’une chose : la miséricorde divine.

Née au début du XVe siècle en zone rurale, Jeanne ne sait argumenter face à ses juges. Ceux-ci sont stupéfaits par cette fille aux faibles capacités naturelles mais devenue en quelques mois un soldat redoutable. Ne serait-ce pas la preuve d’un sortilège ? Certaines expressions de Jeanne soulèvent doute et colère : « l’arbre aux fées », les « fleurs offertes à la Vierge », etc. Ce que Jeanne ignore, c’est qu’elle est auditionnée par des lettrés, proches des cercles du pouvoir, hostiles au prophétisme féminin. Dès 1456, le pape Calixte III casse son procès. Mais depuis son échec devant Paris (1430), la majorité ne voit en elle qu’une sorcière. Ne dit-on pas qu’à cette date elle perdit sa virginité ?



Toute l’équipe de l’Association Marie de Nazareth remercie l'abbé Michel Lambert, ancien recteur de la basilique de Domremy (texte adapté et publié à titre posthume) et Claire Fauvet-Muller, pour leur participation à cet email.

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:13


 1876-1936 



Le Père Brottier, disciple de sainte Thérèse


Missionnaire spiritain (membre de la congrégation du Saint-Esprit), le Père Brottier, excellent éducateur
et bon gestionnaire, s’illustra notamment pour servir les enfants défavorisés en tant que directeur
des Orphelins Apprentis d’Auteuil au début du XXe siècle.





C’est près de Blois, à la Ferté-Saint-Cyr (actuel département du Loir-et-Cher), que naît le jeune Daniel, le 7 septembre 1876 (trois ans après Thérèse). Tout petit, il manifeste une grande dévotion à la Vierge Marie. Garçon décidé et volontaire, il déclare à sa maman, à cinq ans, le grand dessein qui l’habite : « Je serai Pape ! » Sur la remarque qu’il lui faut d’abord devenir prêtre, il répond sans hésiter : « Eh bien, je serai prêtre. » Il suivra cette idée jusqu’à sa pleine réalisation. Rien ne l’arrêtera, pas même les maux de tête qui l’assaillent à partir de l’âge de 14 ans, et qui ne le quitteront plus jusqu’à son dernier souffle.  

Il fait sa première communion en octobre 1887 puis devient élève du petit séminaire de Blois. Ordonné prêtre du diocèse en 1899, Daniel est nommé professeur au collège de Pontlevoy. « Vous êtes un éducateur né, votre place est parmi les enfants », lui annonce son évêque. Bientôt, il lui faut un champ d’activité plus large. Il demande alors à rentrer dans la congrégation du Saint-Esprit (fondée en 1703 par Claude Poullart des Places), consacrée principalement à la mission auprès du monde africain.  

Après une année de noviciat à Orly (1902-1903), il prononce ses vœux et est envoyé à Saint-Louis du Sénégal en 1903. Vicaire, il y déploie tous ses talents près des œuvres de jeunesses de la ville. En 1904, après les lois Combes sur la laïcité, les religieux de Saint-Louis sont contraints de laisser leur place à des laïcs. Lui redouble d’activité. Il fonde un cercle militaire, un patronage, une fanfare, une chorale… et n’oublie pas les adultes. Pour eux, il prépare des conférences, bien vite très suivies. Dans son désir de communiquer, il crée un bulletin paroissial, premier d’une belle série. Sa foi est contagieuse, sa parole entraîne l’adhésion de ceux qui l’entendent. Dans une communauté chrétienne jusqu’alors divisée par les appartenances diverses, il fait l’unité.  

En 1911, suite à un accident, il doit revenir définitivement en France. Son évêque de Dakar, Mgr Jalabert lui confie la construction d’une cathédrale dite du « Souvenir africain » pour cette ville en pleine croissance. Elle sera érigée en souvenir de tous ceux qui ont donné leur vie sur les terres d’Afrique. Dès la fin 1911, il quête pour la réalisation de ce grand édifice. La pose de la première pierre aura lieu le 11 novembre 1923.  

Quand éclate la Première Guerre mondiale le 2 août 1914, le Père Brottier, est réformé en raison de ses maux de tête. Avec un de ses confrères, il décide de s’engager comme aumônier. Un corps d’aumôniers volontaires est créé sur ses instances. Il rejoint la 26ème division d’infanterie dès le 26 août et ne la quittera plus durant ces années de guerre. Il sera présent sur tous les champs de bataille : les Flandres, la Somme, Verdun… Toujours en première ligne sur le front, il montre héroïsme, sang-froid et surtout une présence, une disponibilité à tous. Par son dévouement sans faille il apporte le meilleur réconfort moral dans ces lieux d’extrême violence. Toujours en première ligne, il n’est jamais blessé. Il attribuera ce miracle à sainte Thérèse de Lisieux. Dès 1917, il pense à l’après-guerre et convainc le président du Conseil Georges Clémenceau de fonder l’UNC (l'Union Nationale des Combattants) pour reconstruire la France. Pour programme, il lui donne une devise : « Tous unis comme au front. » Il est promu officier de la Légion d’honneur et se voit attribuer la Croix de guerre.    

Démobilisé en 1919, il comprend près de Mgr Jalabert qu’il a bénéficié d’une protection spéciale alors qu’il était, durant toute tout le conflit, exposé aux violences et à la mort. Thérèse a veillé sur lui ! Il saura lui exprimer sa reconnaissance. C’est maintenant le moment de reprendre le travail entrepris en 1911. Il se remet à l’œuvre pour la construction de la cathédrale du souvenir africain et, désormais, les tirailleurs sénégalais associés à nos combats sont inclus dans ce mémorial.

Le 21 novembre 1923, sept mois après la béatification de Thérèse, le Père Brottier arrive rue La Fontaine à Paris. Il vient d’être nommé directeur des Orphelins Apprentis d’Auteuil, fondation créée en 1866 par l’abbé Louis Roussel pour s’occuper de l’éducation des enfants orphelins. Le dernier responsable, ne sachant plus comment faire face aux dettes qui se sont accumulées, a donné sa démission à l’archevêque de Paris, le cardinal Louis Dubois. Celui-ci s’est tourné vers la congrégation du Saint Esprit, car dans ses statuts figure cette note : « Elle accepte volontiers des tâches pour lesquelles l’Église trouve difficilement des ouvriers. » Le Père Brottier est l’homme de la situation. Excellent éducateur, bon gestionnaire, il a aussi un talent indéniable pour encourager la générosité des bienfaiteurs.  

Le Père Brottier, secondé ou précédé par Thérèse, commence ses folles entreprises. À peine débarqué, son premier courrier sera pour le carmel de Lisieux : « Voulez-vous commencer une neuvaine auprès de votre petite Bienheureuse, pour savoir si elle accepte qu’on lui construise un sanctuaire ? » Thérèse s’associe à ce projet et le « oui » de l’Église embarque tout le monde dans l’aventure. Début décembre, une première souscription est lancée, l’argent arrive en abondance. Les travaux commencés en juillet 1924 seront entièrement achevés pour la consécration du sanctuaire d’Auteuil par le cardinal de Paris Jean Verdier le 5 octobre en 1930. Entre-temps, Thérèse a été canonisée le 17 mai 1925. Installée au cœur de l’œuvre des Orphelins Apprentis d’Auteuil, la jeune sainte veillera sur les enfants comme elle l’a si bien fait pour leur père durant la guerre. Avec elle ils pourront, en toute confiance, avancer dans le grand combat de la vie.  

Lorsque le Père Brottier arrive à Auteuil, il ne reste plus que 170 jeunes. Ému par toutes les misères d’enfants qui frappent à sa porte, il ne cesse d’élargir ses murs et de créer de nouveaux sites. En 1936, il accueille 1400 jeunes et a de nombreux projets pour en aider plus encore. Surtout, il a un grand projet pour chacun, redonner dignité à ces enfants en souffrance et une chance pour trouver leur place dans la société. Pour eux, il cherche le meilleur, sait s’entourer de collaborateurs compétents, ne craint pas d’innover en matière pédagogique, crée les Foyers à la campagne, ouvre de nouvelles maisons… Autour de lui, se crée un vaste réseau de bienfaiteurs auquel il sait faire appel. Ils sauront répondre généreusement à toutes ses sollicitations (incitations aux dons, concerts, etc.) ; il offrira lui-même son temps pour répondre à chacun, ne serait-ce qu’un « merci ». Que d’heures dans la nuit pour écrire son courrier !  

Le 2 février 1936, le temps est venu de consacrer sa chère cathédrale de Dakar, mais le Père Brottier est un homme épuisé, trop fatigué pour accompagner le cardinal de Paris. Il vivra ce jour sa dernière célébration avec ses orphelins. Le lendemain, il se couche pour ne plus se relever. Le Seigneur vient chercher son bon serviteur, le 28 février, à l’hôpital Saint-Joseph. L’œuvre qu’il a consolidée peut continuer sans lui car il lui a donné des assises solides. En arrivant à Auteuil, il avait confié à son compagnon, le

Père Pichon : « Si nous voulons réussir à Auteuil, il nous faut nous consacrer à ces enfants entièrement et sans arrière-pensée. Je me suis offert à Dieu pour les servir jusqu’à la mort. Je ne désire pas d’autre poste : je veux mourir là, à leur service. » Il recevra la palme des bienheureux le 25 novembre 1984. Associé à Thérèse, il continue son œuvre. En 2016, les Apprentis d’Auteuil, qui fêtent leur 150e anniversaire, sont présents dans 50 pays, au sein de 200 établissements qui accueillent plus de 30 000 jeunes et famillles.





Père Louis Cesbron
Spiritain et chapelain du sanctuaire Sainte-Thérèse

"Ceux qui franchissent les portes du sanctuaire sainte Thérèse sont assurés d’y trouver un havre de paix.
Ils pourront lui parler cœur à cœur, elle les attend comme une amie fidèle."




Avec le P. Brottier : une spiritualité pour l’évangélisation.

Au commencement, l’Amour
Aimé de Dieu, au cœur d’une famille aimante. Très jeune, il donne place dans sa vie à la Vierge Marie. Avec elle, il avance sur le chemin d’une foi toute simple : « Ne compliquez pas la vie spirituelle. C’est une chose toute simple. La vie spirituelle est faite de petits détails, l’accomplissement de notre devoir d’état pour plaire à Dieu. De cette façon, nous lui sommes constamment unis et nous nous perfectionnons avec sa grâce. »  

Dans la docilité à l’Esprit Saint
« Il ne faut pas brusquer la Providence. Souvent, on ne comprend pas ce qui arrive. Et, un jour, on voit combien la providence a conduit les événements pour le bien… Quand une affaire ne s’arrange pas, il faut gagner du temps et laisser la Providence agir à son heure. »    

Sage avec l’audace de Dieu
Il se montre prudent, non pas en se rassurant par une multiplicité de précautions mais en mesurant les risques. « On me traite parfois de téméraire : ma témérité, voyez-vous, a été plutôt de la timidité, lorsque je savais pertinemment que je serai soutenu, encouragé, aidé au-delà même de ce que j’avais demandé. » Devant un projet audacieux : « Je réfléchirai, je prierai, j’attendrai un signe. »  

Une charité douce et humble
Ferme dans ses décisions, il n’a jamais cédé à des entêtements qui auraient fait passer sa renommée avant l’œuvre de Dieu. « Le cœur d’une œuvre, c’est la vie intérieure. Quand il n’y a pas cette vie intérieure, l’œuvre décline. »  

L’union à Dieu
Pour lui, une communion habituelle à Dieu. Cette union, « c’est l’habitude de demeurer uni à Dieu au milieu des plus diverses activités et d’être tellement soumis à l’Esprit-Saint, que, plus les activités s’accroissent, plus l’union s’affermit par la nécessité plus grande de se posséder dans la paix pour se laisser conduire par lui. » « Penser à Dieu, c’est ne l’éloigner d’aucun détail de notre vie. »  

Don total de soi
Au moment où il arrive à Auteuil, il confie à son confrère le P. Pichon : « Je viens de me consacrer, durant la messe, à cette œuvre et aux enfants qui me sont confiés, vous devriez en faire autant ! » Dès sa jeunesse, un ami disait de lui : « Tout ce qu’il faisait, il le faisait à fond. »

En confiance
S’il avait œuvré pour lui-même, il aurait bien pu s’inquiéter. Serviteur du Seigneur, il savait pouvoir compter sur son Maître. Auprès des enfants qui lui sont confiés, il avance sûr que le Père ne peut abandonner ces petits qui lui sont si chers. Pourtant quand on lui demande son secret, il répond : « Mon secret, 12 années de travail quotidien, de jour et de nuit, de travail acharné et persévérant, et aussi 12 années de prière acharnées et persévérantes de tous les instants… »  

Offrande rédemptrice
Avant de recevoir sa première affectation, il écrivait à son supérieur général son désir de se sacrifier et de s’immoler pour le salut des âmes. S’offrant pour les postes les plus difficiles. Le martyre, il le vivra au quotidien avec ses « chers maux de têtes ». Il pourra dire : « Je ne sais pas ce que c’est d’écrire sans avoir mal à la tête », et certains jours, il répondait à plus de 200 lettres.
 




Extraits de lettres et citations du Bienheureux Daniel.

Un cœur de Père
« Du pain pour les orphelins ! C’est le cri d’angoisse du père de famille qui ne peut plus tenir parce que la vie trop chère (le pain à 1,40 F) ne lui permet plus de faire face », écrit-il dans Le Courrier de janvier-février 1925.  « Mères de famille, vous connaissez votre budget pour trois, quatre, six bouches à nourrir chaque jour : consultez votre livre de dépenses courantes pour la famille où vous ne comptez que quelques membres. Et dites à quel chiffre arriveriez-vous, en multipliant par 300. Comprenez-vous le cri de détresse que nous devons pousser ? »      
           
Servir
«  Plus on fait de grandes choses, plus on se sent petit. Ceux qui ne font rien se trouvent toujours très grands.  »
« Servir, c’est n’être plus soi. C’est n’être plus à soi. C’est n’avoir presque pas de droits, c’est n’avoir que des devoirs. C’est ne point connaître son intérêt propre. C’est, en tout cas, le sacrifier toujours à l’intérêt général. C’est penser, vouloir, agir en fonction des autres. C’est vivre et parfois mourir pour le bonheur de tous, dans l’amour de Dieu. »

Réussir  

« Voyez-vous, nous nous imaginons quelquefois que nous réussissons : mais ce n’est pas nous, c’est le Bon Dieu qui agit. »
« Pour réussir, il faut toujours être gêné par quelque chose. »
« Les causes qui avancent sont celles pour lesquelles on meurt. La cause du Bon Dieu est de celles-là ! »
« Les choses qui ont l’air de réussir toutes seules, sont celles au contraire sur lesquelles on a   longuement médité. »  

La Providence
« Il ne faut pas douter de la Providence, mais prier et agir. Avec cela, on aplani les montagnes. »        
« On ne doit jamais brusquer la Providence. Souvent, on ne comprend pas et un jour, on voit combien la Providence a conduit les événements pour le bien. »
« On ne doit jamais brusquer la Providence. Souvent, on ne comprend pas et un jour, on voit combien la Providence a conduit les événements pour le bien. »
« Ce qu’il ne faut pas, à aucun prix, c’est garder une inquiétude contraire à la confiance que nous devons toujours garder en la Providence. »  
La prière ·      
« Penser à Dieu, c’est ne l’éloigner d’aucun détail de notre vie. »
« Tant que nous aurons un souffle de vie, il nous faut bénir le bon Dieu et nous chanterons éternellement les miséricordes du Seigneur. »
« Tant que nous aurons un souffle de vie, il nous faut bénir le bon Dieu et nous chanterons éternellement les miséricordes du Seigneur. »
« L’ingratitude est une forme de l’égoïsme et aussi de l’orgueil. On ne craint pas de demander, mais on oublie trop souvent de remercier. »  
Le Ciel
« Croyez-moi, ce sont les morts qui mènent les vivants : nous croyons nous conduire seuls, et en réalité, nous sommes menés par toute une foule d’intercesseurs et d’amis que nous avons au Ciel. »







*************************************************************************


Sources documentaires

- P. Pichon Yves, Le Père Brottier, Éd. J. de Gigord, 1938.
- Christine Garnier, Ce Père avait deux âmes, Éd. OAA, 1985.
- Alphonse Gilbert, En Confiance, Daniel Brottier, Éd. OAA, 1990.
- Antoine Grach, Le Bienheureux Père Daniel Brottier, Éd. Karthala, 2006.
- Cristiani Léon, Le Serviteur de Dieu, Daniel Brottier, Paris, France-Empire, 1963.
- Gosselin Jean, Daniel Brottier : visages et reflets, Fondation des orphelins apprentis d’Auteuil, 1989.
- Marchal Claude, « 14-18 : le Père Brottier, aumônier légendaire du 121e RI de Montluçon », La Montagne, 26 avril 2015.
- Vast Jean, Père Daniel Brottier : missionnaire à Saint-Louis du Sénégal, Unir, Saint-Louis, 1984.
 

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:36


 1629 

NOTRE-DAME DES VICTOIRES, UN LIEU DE MISÉRICORDE ET
DE CONVERSION POUR LES PÉCHEURS





À propos de Notre-Dame des Victoires (2e arrondissement de Paris), saint Jean Bosco reçut la révélation qu’elle était « la maison des grâces et des bénédictions » ; sainte Thérèse de Lisieux disait que c’était la seule merveille de Paris qui la ravissait. Qu’a donc cette église de si particulier ?


Les religieux qui vivaient ici au XVIIe siècle sous la règle de saint Augustin, appelés « Petits Pères », demandèrent au roi des subventions en vue de la construction de la chapelle de leur couvent. Louis XIII finit par consentir à une condition : qu’elle s’appelle Notre-Dame des Victoires, en action de grâce pour le siège de La Rochelle qu’il venait de remporter à l’automne 1628, sauvegardant ainsi l'unité du royaume. Le roi désirait placer toutes les victoires militaires à venir entre les mains de Marie.  

Le samedi 8 décembre 1629, l’archevêque de Paris, Monseigneur de Gondi, bénit les fondations de l'édifice. Le lendemain, le roi posa solennellement la première pierre.  

En octobre 1637, c’est ici que Frère Fiacre de Sainte-Marguerite (Denis Antheaume, 1609-1684) reçoit la révélation d’une demande de récitation de neuvaines pour la naissance de l’héritier du trône, le futur Louis XIV (lire l'article ici).  

Plus tard, rentrant d’une mission en Italie, où il découvrit Notre-Dame de Savone, vénérée comme le « refuge des pécheurs », Frère Fiacre lui érige une chapelle dans l’église parisienne de Notre-Dame des Victoires, ornée d’une statue de la Vierge. Elle est bénie le 2 avril 1674. La construction de l’église quant à elle dure 110 ans. La dédicace a lieu le 13 novembre 1740. L’histoire de ce lieu exceptionnel passe toutefois par plusieurs soubresauts.  

Pendant la Révolution française, les religieux sont dispersés et l'église fermée, dépouillée de ses œuvres d’art, et transformée en siège de la Loterie nationale puis en Bourse. Le culte y renaît en 1809, date où elle devient église paroissiale.

Charles Dufriche-Desgenettes, né à Alençon en 1778, ordonné prêtre en 1807, est nommé curé de Notre-Dame des Victoires en 1832. Suivent quatre années d’apostolat sans fruit apparent. Alors qu'il est en proie au découragement, prêt à renoncer à son ministère, tandis qu’il célèbre la messe, il entend l’ordre suivant à deux reprises : « Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie. » Nous sommes le 3 décembre 1836.

Dans un grand acte de foi, l’abbé remet à la Vierge la réussite pastorale de sa paroisse, et crée en quelques jours une association de prières en l’honneur du Cœur Immaculé de la Très Sainte Vierge. « Le but de l’association, écrit-il, est d’obtenir de la divine miséricorde, par la protection et les prières de Marie, la conversion de tous les pécheurs. »

Dès lors, les associés vont prier, et les fidèles se multiplier. Par faveur du pape Grégoire XVI, l’association devient archiconfrérie le 24 avril 1838. Celle-ci renoue ainsi avec la vocation première de cette église, depuis le Frère Fiacre, celle d’être un lieu de miséricorde et de conversion pour les pécheurs. L’écrivain Colette écrira dans le Petit Parisien du 26 juin 1942 : « Le chemin le plus foulé du Palais-Royal mène à Notre-Dame des Victoires. C’est une église où, comme à la fontaine du village, toutes les soifs vont boire. […] L’église est chaude de suppliques, de cierges et de gratitude. Entre les offices, le silence y est grand, mais chaque pierre est gravée, et parle. »

L’église porte bien son nom car Marie remporte effectivement beaucoup de victoires, dans les cœurs surtout. Les 37 000 ex-voto en témoignent, attestant combien l’intercession de Marie est un secours puissant pour mener le combat spirituel. Ainsi se réalise cette parole de Dieu au serpent : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. » (Genèse 3, 15)

De nouveaux ex-voto continuent à être posés encore aujourd’hui, attestant que Marie est bien la Mère du Ressuscité, Celui qui a remporté la Victoire



Mozart, saint Jean Bosco et sainte Thérèse à Notre-Dame des Victoires.

Mozart (1756-1791) habita une année rue du Sentier, à deux pas de l’église. Il est souvent venu réciter son chapelet dans les périodes d’épreuves personnelles et familiales comme sa correspondance en témoigne : « Quand je viens à Paris, je ne manque jamais pour dire mon chapelet de me rendre à Notre-Dame des Victoires. »

Saint Jean Bosco viendra y célébrer la messe le 28 avril 1883. Pendant la célébration, il aura une vision du jeune défunt Louis Colle lui affirmant : « C’est ici la maison des grâces et des bénédictions. »





Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face (1873-1897) aurait-elle fait de sa vie un seul acte d’amour et d’intercession pour les pécheurs sans Notre-Dame des Victoires ? À 10 ans, atteinte pendant de longues semaines par une maladie au point de décourager le médecin de famille, la petite Thérèse Martin recouvre cependant la santé. C’était le 13 mai 1883, au terme d’une neuvaine célébrée pour elle à Notre-Dame des Victoires. Elle écrira : « Il fallait un miracle pour me guérir et c’est Notre-Dame des Victoires qui le fit. » Quatre ans plus tard, le 4 novembre 1887, alors qu’elle s'apprête à partir pour Rome avec son père, la future carmélite vient prier à Notre-Dame des Victoires où elle ressent avec intensité l'amour et la protection de la Sainte Vierge. « Ah! Ce que j’ai senti à ses pieds, je ne pourrais le dire... » Elle a alors 15 ans.
Le pape Pie XI, voulant signifier l’importance de ce haut-lieu spirituel, donna à cette église le titre de « basilique mineure » en 1927, deux ans après la canonisation de celle que l’on appelle désormais « la plus grande sainte des temps modernes ».


Les dons à Notre-Dame des Victoires.

À partir de 1843, des décorations et des objets militaires sont notamment régulièrement offerts à Notre-Dame des Victoires. Un registre tenu de 1913 à 1930 relève fidèlement la liste des dons. Ceux-ci, très fréquemment anonymes, témoignent le plus souvent de la reconnaissance pour une vie préservée, de la réalisation d’une promesse, des décorations d’un fils ou d’un mari mort au combat. Ils évoquent tous les conflits, depuis les guerres de Crimée, du Mexique, du Tonkin... Mais ils concernent plus particulièrement la Première Guerre mondiale. Une plaque de bronze émaillée rappelle cette période. Elle a été offerte par des associations militaires et bénie par l’évêque du diocèse aux armées le 31 mai 2006

L’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, œuvre spirituelle et sociale.

Depuis le Moyen Âge, une confrérie est un groupement de baptisés, clercs et/ou laïcs, reconnue par l’Église, placée sous le patronage de la Vierge ou d’un saint, au sein d’une paroisse, cathédrale, sanctuaire… Elle constitue une aide spirituelle et matérielle pour ses membres : temps de prière, messes, pèlerinages, funérailles, scolarisation, aide alimentaire, etc. Lorsqu’une confrérie possède une influence importante, on parle d’archiconfrérie. Le 30 août 1832, l’archevêque de Paris, Mgr De Quelen, nomme l’abbé Charles Desgenettes curé de la paroisse de Notre-Dame des Victoires, pour aider les victimes du choléra frappant alors Paris. Âgé de 54 ans, hostile à la Révolution française, cet ancien curé des Missions étrangères (1819), n’imagine pas que son zèle apostolique porterait des fruits exceptionnels.
Au début, légèrement désabusé, il célèbre sa première messe devant une quarantaine de fidèles. Le mois suivant, une seule paroissienne assiste à la messe dite en mémoire de son prédécesseur !
Le découragement le submerge peu à peu. Il demande sa nomination ailleurs. L’archevêque refuse.
Le 3 décembre 1836, Dieu intervient. Ce jour-là, le curé célèbre l’Eucharistie devant une poignée de fidèles. Il se sent envahi par le doute. Soudain, il entend ces mots : « Consacre ta paroisse au très saint et immaculé Cœur de Marie. » Après la célébration, de retour dans la sacristie, il perçoit les mêmes paroles une seconde fois.  
Surpris de la lumière envahissant son cœur, il se met à rédiger les statuts d’une association en l’honneur du Cœur de Marie. Il en fixe le but : « Obtenir de la divine miséricorde, par la protection et les prières de Marie, la conversion de tous les pécheurs. »
C’est mot-à-mot la formule lumineuse de saint Louis Grignion de Montfort : « À Jésus par Marie. »
Le 10 décembre suivant, à son étonnement, Mgr De Quelen approuve le projet d’association. Le jour suivant, le Père est stupéfait : 400 personnes assistent à la prière organisée pour la réalisation de son projet : une affluence inconnue en ce lieu depuis des années.  
Au terme de cette cérémonie, l’abbé demande un « signe » qui attesterait l’origine surnaturelle de la confrérie :
la conversion d’un paroissien, Étienne Joly de Fleury, ancien ministre de Louis XVI, athée notoire.
e jour suivant, le prêtre lui rend visite. Contre toute attente, Joly demande une bénédiction à l’abbé et avoue qu’il se sent désormais en paix ! Son interlocuteur n’en revient pas.

La confrérie est fondée le 12 janvier 1837. Une semaine plus tard, elle compte déjà 96 adhérents.
En mars, Dom Prosper Guéranger, le Provincial des Franciscains, et d’autres célébrités l’ont déjà rejointe.
En mai 1839, elle regroupe 7 942 adhérents, dont des Suisses, des Anglais, des Belges…
En 1843, Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, y adhère discrètement…
Suivront notamment la bienheureuse Anne-Marie Javouhey (+ 1851), le Vénérable Emmanuel d’Alzon (+ 1880), fondateur du journal La Croix, saint Jean Bosco (+ 1888), Louis et Zélie Martin, leur fille, sainte Thérèse de Lisieux, venue dans les lieux en 1887.
Le 24 avril 1838, un Bref de Grégoire XVI érige cette confrérie du « Cœur de Marie » en archiconfrérie à perpétuité.
Les mois suivants, l’abbé Desgenettes rédige le Manuel de l’archiconfrérie puis les Annales de Notre-Dame des Victoires.
Ces deux textes assurent une large diffusion de l’archiconfrérie dans l’Église de France. En 1854, le Manuel en est déjà à sa 15e édition !
L’abbé Desgenettes reçoit des personnalités diverses, comme le missionnaire François Libermann (Juif converti, fondateur de la Congrégation de la Société du Saint-Cœur de Marie), Théodore Ratisbonne (autre Juif converti, fondateur de la congrégation de Notre-Dame de Sion) en 1843, Lacordaire, le célèbre prédicateur dominicain, en 1844.  
Le 9 juillet 1853, la statue de Notre-Dame des Victoires est couronnée par les soins de Mgr Paca, nonce apostolique, en présence de représentants des autorités françaises civiles et religieuses, françaises et romaines. L’abbé Desgenettes meurt le 5 avril 1860, à 82 ans. À cette date, 825 000 fidèles ont rejoint l’archiconfrérie et 13 265 associations catholiques sont affiliées à la paroisse de Notre-Dame des Victoires.
Le 8 mai 1860, l’abbé Chanal, ancien curé aux Invalides, succède à l’abbé Desgenettes. La popularité de l’archiconfrérie est alors exceptionnelle. Selon un rapport établi en 1866 pour l’impératrice Eugénie, 9 000 à 10 000 personnes fréquentent chaque jour l’église du faubourg Saint-Honoré ! Cette année-là, l’abbé Dumax, sous-directeur de l’archiconfrérie, comptabilise 4 500 messes célébrées en ce lieu !
La défaite française face à la Prusse (septembre 1870) et la Commune de Paris (mars-mai 1871) manquent de porter un coup fatal à Notre-Dame des Victoires.
Le 17 mai 1871, des soldats révolutionnaires encerclent l’église, considérée comme propriété de la Commune. La paroisse est envahie ; on évacue les fidèles présents et on emporte ornements et mobilier liturgiques.
On défonce les caveaux à coups de pioche. On met la main sur le « trésor » de l’archiconfrérie : 250 000 francs, composé de monnaie, titres de rente, ciboires, calices et divers bijoux.
Le lendemain, un autre bataillon, composés d’adolescents défavorisés, retire les ossements des cryptes que l’on entasse au-dehors jusqu’à former une pyramide. On joue aux boules avec les crânes. La châsse de sainte Aurélie est ouverte ; son chef en cire est planté sur une baïonnette.
Le lendemain, le 125e bataillon extirpe la dépouille de l’abbé Desgenettes de son cercueil, arrache sa tête puis plante celle-ci aussi au sommet d’une baïonnette aussitôt exhibée place des Petits-Pères. Le 20 mai, le 152e bataillon achève le « travail ».
L’édifice échappe de peu à un incendie volontaire. Les Versaillais libèrent les lieux le 24 mai 1871. Le culte y est à nouveau célébré le 3 juin, mais l’abbé Chanal, très affecté, démissionne. Pendant plusieurs mois, la paroisse reste sans pasteur ; puis en mai 1872, le Père Louis Chevojon s’y installe. Il sera un animateur remarquable de l’archiconfrérie et le fer de lance de la restauration de l’église. Il cède sa place à son tour au Père Rataud, en fonction jusqu’en 1908, dont l’apostolat auprès des familles démunies fait de l’archiconfrérie un centre social important de la capitale. En 1909, 1 700 repas sont distribués chaque semaine.  
Dès 1872, l’abbé Chevojon chiffre à plus de 30 millions le nombre d’associés de l’archiconfrérie sur les cinq continents. En 1914, ce chiffre atteint les 40 millions. Le 12 mars 1927, Pie XI érige Notre-Dame des Victoires en basilique mineure. La cérémonie est présidée par le cardinal-archevêque de Paris, Mgr Dubois.
Au début de 1932, l’abbé Jourdain (+ 1961) est nommé curé. Il reste presque 30 ans ; il y ouvre deux écoles, des patronages, et même un club de gymnastique. Le succès mondial de l’archiconfrérie ne se dément pas.
Du 6 au 13 décembre 1936, les fêtes célébrant son centenaire sont présidées par le nonce apostolique et le cardinal Verdier. En août 1939, le quotidien Paris-Midi évoque les lieux comme « le sanctuaire de notre espérance ». En cette année tragique pour l’Europe, 5 826 messes y sont dites.
À la Libération (le 1er septembre 1944), le général de Gaulle assiste à la messe célébrée en la mémoire des parisiens tués pour la libération de la capitale. Les bouleversements et les évolutions de l’après-guerre, le concile Vatican II, la sécularisation de la société occidentale n’épargnent pas l’archiconfrérie, du moins au plan national. Le nombre de ses adhérents ne progresse plus. Mais au plan international, elle jouit toujours d’une grande ferveur. En 1987, on compte quelque 36 000 ex-voto dans l’église.
En 1983, les Servites de Marie, fondées au XIIIe siècle, s’y installent. Elles sont remplacées en 1993 par les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, fondées en 1898. Le nouveau curé, le Père Bernard Mollat du Jourdin, fait réaliser un autel sur lequel sont représentés l’abbé Desgenettes, sainte Thérèse, les frères Théodore et Alphonse Ratisbonne, etc.
En 1986, pour le 150e anniversaire de l’archiconfrérie, des personnalités de premier plan marquent les lieux de leur présence (Jean Vanier, le cardinal Suenens, le cardinal Lustiger, etc.).
En 1998, l’abbé Pierre choisit l’endroit pour célébrer ses 60 ans de sacerdoce. Sensible à la pastorale des familles, l’abbé Hervé Soubias, curé paroissial, inaugure le 16 janvier 2012 une chapelle bâtie en l’honneur de Louis et Zélie Martin, béatifiés par Jean-Paul II en 2008 et canonisés en 2015.






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Sources documentaires

- Collectif, La Basilique Notre-Dame des Victoires, sanctuaire marial au cœur de Paris, Histoire et message, 2010.
- Bouflet Joachim et Boutry Philippe, Un Signe dans le ciel, Grasset, 1997, p. 29-31.
- Chiron Yves, Enquête sur les apparitions de la Vierge, Perrin/Mame, 1995, p. 140-141.
- Clapier Jean, Quand la Vierge Marie sourit aux pécheurs. Notre-Dame des Victoires. Histoire, charisme, actualité, Salvator, 2013.
- Abbé des Genettes, Manuel de l’archiconfrérie, 1939.
- Laurentin René, Le Vœu de Louis XIII, passé ou avenir de la France. 1638-1988 : 350e anniversaire, ŒIL, 1988.
- J. Lothe et A. Virole, Images de confréries parisiennes. Exposition du 18 décembre 1991 au 7 mars 1992, BHVP, 1992, p. 203. - Sbalchiero Patrick, « Paris VIII », dans Dictionnaire des « apparitions » de la Vierge, Fayard, 2007, p. 708-709.

Site internet :


www.notredamedesvictoires.com

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:37


 1981 


MARTHE ROBIN, UNE FONDATION POUR LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION


Née en 1902 et repartie vers Dieu 79 ans plus tard, Marthe Robin était une femme exceptionnelle.
Paralysée pendant plus de 50 ans, elle a reçu dans sa petite chambre de Châteauneuf-de-Galaure,
d’où elle n’est plus jamais sortie, des dizaines de milliers de personnes venues rencontrer et écouter
celle qui était unie au Christ par la Vierge Marie.




Crédit photo : Ludovic Margot - www.lumieredumonde.com ; Crédit peinture : Gabriel Médawar.


Une vie

Le 6 février 1981 décède dans le petit village de Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme, une grande handicapée, Marthe Robin. Elle était née le 13 mars 1902 dans la même ferme où elle a passé toute sa vie. Celle-ci se divise en deux phases : son enfance et son adolescence jusqu’à l’âge de 16 ans. Puis la maladie, à partir de 1918, la rend grabataire durant plus de 50 ans. Mais pendant toute cette période, plus de 100 000 personnes la visitent dans sa chambre. Des milliers d’entre elles en reviendront transformées, si bien qu’aujourd’hui encore son influence est perceptible partout, non seulement en France mais aussi à l’étranger. 

Marthe Robin est une simple paysanne. Elle naît dans un petit hameau à deux kilomètres du village, dans un beau paysage de collines. Elle a les qualités du monde rural : le sens du travail, la persévérance, le réalisme. Sa famille est chrétienne, relativement pratiquante, mais pas très fervente. Le village de Châteauneuf, travaillé par un anticléricalisme agressif est alors, comme toute la vallée de la Galaure, en voie de déchristianisation. Cet éloignement des hommes vis-à-vis du Christ marquera douloureusement Marthe pour la vie. C’est une enfant pieuse, sa première communion en 1912 a constitué un premier tournant dans son existence.   

Peu à peu, elle conçoit un projet de vie religieuse, mais la loi contre les congrégations (1901) ne facilite pas le discernement. Cependant, en 1918 Marthe est une atteinte d’une maladie, d’autant plus grave et redoutable que l’on en ignore l’origine. Les douleurs sont multiples et extrêmes ; rien ne la soulage. Elle passe par des périodes très dures : on croit qu’elle va mourir. Ses membres se paralysent peu à peu. Au village, on songe à la grippe espagnole qui a tué des centaines de milliers de personnes à la même époque. Marthe est alors considérée comme contagieuse. On ne vient plus la voir. Elle vit en recluse pendant des années. En fait, elle a très probablement une encéphalite, qui ne la lâchera pas de toute sa vie.  




Une vocation 

Dans ce contexte extrêmement difficile, Marthe, comme beaucoup de grands handicapés, cherche des raisons de survivre. Elle se tourne vers Dieu, seul à pouvoir donner un sens à cette somme de souffrances. En 1925, elle rédige un acte d’abandon à la volonté divine. Trois ans plus tard, au cours d’une mission de Capucins (branche de la famille franciscaine), elle reçoit l’« effusion de l’Esprit » : elle comprend que la souffrance peut être féconde si elle est unie à la Croix du Christ. Même un être paralysé par la maladie peut contribuer à sauver le monde. Dès lors, elle « choisit » sa vie et ne se contente plus de la subir.



Dans les mois et les années qui suivent, cette union avec le Christ crucifié ne cesse de s’approfondir. Marthe fait nombre d’expériences qui la rangent au rang des grands mystiques. En particulier, toutes les semaines, elle revit la Passion du Christ. Elle reçoit les stigmates et a un contact privilégié avec la Vierge Marie, qui semble lui être apparue souvent. Déconcertée par ces phénomènes, elle a la chance d’être aidée par quelques prêtres, et par des lectures qui l’aideront à se situer.   

Dans le même temps, son univers humain s’élargit considérablement. On commence à parler d’elle. On vient la voir. On se recommande à ses prières, on lui demande des conseils. On s’aperçoit qu’elle a un charisme de discernement. Aidée par un bon sens évident et une mémoire phénoménale, elle aide les personnes les plus diverses dans les situations les plus complexes alors qu’elle-même ne mange pas, ne boit pas, ne dort pas et ne vit que de l’Eucharistie. Dans la région de la Drôme et de Lyon, sa réputation perce peu à peu. 
    


Une influence 

Le 10 février 1936, elle reçoit la visite d’un prêtre lyonnais : l’abbé Georges Finet (1898-1990). Elle comprend qu’il est l’homme envoyé par Dieu pour l’aider à réaliser une œuvre que la Providence lui suggérait depuis quelques temps : la fondation des Foyers de Charité. Le Père Finet est un remarquable prédicateur, il a un caractère plein d’allant, il n’a peur de rien ni de personne. Éclairé et inspiré par Marthe, il commence à prêcher des retraites à Châteauneuf qui, peu à peu, obtiennent un grand succès. Des laïcs se mettent à sa disposition, d’abord pour s’occuper d’une petite école, ensuite pour accueillir les retraitants. Le premier Foyer de Charité est fondé. À la mort de Marthe, il existe une cinquantaine de Foyers répandus dans le monde entier, regroupant environ 600 membres. C’est une institution très dynamique dans l’Église en un temps de grande crise. Les Foyers de Charité, reconnus en 1986 comme association privée internationale de laïcs, sont à l’origine de quantité de vocations et ont favorisé maintes conversions.   

Marthe Robin est au centre de toute cette œuvre. Elle accompagne les Pères et les membres des Foyers, elle aide au discernement des fondations. Mais son influence va plus loin. Elle reçoit dans sa chambre jusqu’à soixante personnes par jour au cours des retraites. La vie de beaucoup d’entre elles en est modifiée. Parmi elles, il y a des dizaines d’évêques, des centaines de prêtres. Marthe aide les fondateurs et fondatrices des ordres religieux nés en France juste après la Seconde Guerre mondiale, puis celles et ceux des communautés nouvelles. Dans la période difficile que traverse l’Église après le Concile Vatican II, particulièrement en France, elle reste ferme et calme. Elle est un point de ralliement pour beaucoup. À sa mort en 1981, des milliers de personnes (dont quatre évêques et plus de 200 prêtres) participent à ses obsèques.
   



Le procès de canonisation

Le procès de canonisation de Marthe Robin est ouvert dans le délai normal de cinq ans, dès 1986. La phase diocésaine est menée auprès de l’évêché de Valence de 1986 à 1996. Des centaines de témoignages affluent. Sur avis favorable du tribunal diocésain, la phase romaine est entamée en 1996. Un énorme dossier est transmis à Rome où tout est revérifié. En 2010 la Positio, c’est-à-dire le résumé du procès, est approuvée par les instances romaines. Le 7 novembre 2014, Marthe est déclarée Vénérable. De très nombreux témoignages de grâces, de faveurs et même de miracles affluent à Châteauneuf ; la ferme de Marthe Robin est devenue un lieu de visites et de prières très fréquenté. Marthe Robin apparaît ainsi, dans la conscience des chrétiens, comme un des grands personnages de l’Église de France dans le monde de ce temps et, en raison de son influence, une fondatrice pour l’évangélisation des temps à venir.


Marthe Robin et le renouveau de l’Église.          

Marthe Robin vient d’un monde chrétien traditionnel, mais elle a perçu très vite la nécessité de renouveler le catholicisme de son temps. Elle a été l’apôtre d’une « nouvelle Pentecôte d’amour », terme qu’utiliseront Pie XII et Jean XXIII. En effet, elle a compris que l’Église ne pouvait plus fonctionner uniquement comme un système hiérarchique où seuls clergé et religieux reçoivent la mission d’évangéliser. Dans un monde en voie de déchristianisation, ce sont tous les laïcs qui doivent témoigner du Christ. C’est pourquoi elle a fondé les Foyers de Charité où des prêtres, vivant ensemble avec des laïcs, hommes et femmes, témoignent de la beauté de la vie chrétienne et, chacun à sa manière, portent l’Évangile aux personnes accueillies. 
Cette perspective explique pourquoi Marthe a accueilli avec joie le concile de Vatican II dont elle a été, à sa manière, comme un des précurseurs. Elle a soutenu les personnes désemparées, mais elle a aussi posé les bases de l’Église qui naîtrait au-delà de la crise. Elle est ainsi un modèle et une protectrice de pour la nouvelle évangélisation.



Marthe Robin vue par le philosophe Jean Guitton (Portrait de Marthe Robin, 1985, Préface et Chapitre 1). 

Qui était la femme inconnue dont je fais le portrait ? – Une paysanne de France quirecevait dans sa maison ; qui pendant trente années n’a pris aucune nourriture, aucune boisson ; qui était stigmatisée, souffrant chaque vendredi les douleurs de la Passion ; qui fonda sur toute la terre soixante « foyers de charité » ; qui fut sans doute l’être le plus étrange, le plus extraordinaire, le plus déconcertant de notre époque ; qui, en ce siècle de télévision, demeura inconnue du public (sauf le jour de sa mort), ensevelie dans un profond silence. […] 
Marthe fut une mystique, une mystique de première grandeur. Les mystiques diffèrent par la grandeur comme les étoiles. […] Marthe avait connu tous ces états mystiques. Elle les avait même dépassés. […] 
J’ajoute que, parmi tous les êtres que j’ai fréquentés dans une longue vie, Marthe est celui qui m’a le plus donné cette impression si rare, faite de curiosité, d’envie et de surprise, que tout esprit ressent devant le « génie ».


L’inédie de Marthe Robin. 

On appelle « inédie » l’abstention totale et durable de nourriture et de boissons, hormis la communion eucharistique. Depuis une quarantaine d’années, une question revient souvent : ce phénomène est-il d’origine surnaturelle ou constitue-t-il une difficulté pathologique ? Un être humain peut-il vivre sans manger et sans boire ? La médecine répond par la négative. Passé un délai de 24 heures, l’organisme ne résiste pas à une privation d’eau. En quelques jours, l’absence d’alimentation conduit à la mort.  
Or, nous possédons de nombreux témoignages sur des cas d’inédie depuis la fin du IIIe siècle de notre ère. Ermites, Pères du désert, moines, contemplatives vivent parfois plusieurs années sans jamais s’alimenter. Le Moyen Âge regorge d’exemples. En 1433, Lydwine de Schiedman rend son âme à Dieu après 28 ans d’inédie ! À la même époque, le saint helvétique Nicolas de Flüe vit sans s’alimenter. Plus proche de nous, des mystiques du XIXe et du XXe siècle font une expérience similaire : Thérèse Neumann (1898-1962) et bien-sûr Marthe Robin. 
Sur le plan médical, des contrôles extrêmement rigoureux ont pu être mis en place, notamment au sein de structures hospitalières. Marthe Robin n’a pu être contrôlée de cette façon, vivant allongée en permanence dans sa chambre. 


Deux éléments importants méritent d’être cités : 

1. Marthe portait elle-même un regard de prudence et de sagesse sur les phénomènes qu’elle vivait, dont l’inédie. Pour elle, l’essentiel n’est pas dans ces manifestations prodigieuses mais dans l’union intérieure au Christ ; 
2. Comme dans les cas véridiques - car il existe des fraudes dans ce domaine - l’inédie de Marthe n’est pas un fait isolé mais est accompagné d’autres manifestations « extraordinaires » : visions, prophéties, lectures des âmes, extases, stigmates… Son inédie commence à la fin des années 1920, quand Marthe n’a pas encore atteint la trentaine. À la même époque, elle perd le sommeil et l’usage de ses quatre membres. L’hostie devient son unique nourriture, une à deux fois par semaine. 
Dans de telles conditions, il est pour le moins très surprenant que Marthe ait trouvé la force de recevoir des milliers de personnes jusqu’à sa disparition, du plus humble travailleur aux plus importants pontifes de la philosophie ou des sciences. Même si les médecins n’ont pu isoler la mystique hors de son cadre habituelle de vie, l’inédie de Marthe, longue de plus d’un demi-siècle, écarte toute hypothèse de supercherie en la matière.  


De son vivant, Marthe embarrassa les scientifiques. En 1942, Mgr Camille Pic, évêque de Valence, envoya près d’elle deux médecins lyonnais pour observer les phénomènes auxquels elle était sujette. Un premier compte-rendu avança l’hypothèse d’une encéphalite. En fait cette piste fut rapidement abandonnée, les praticiens n’ayant établi aucun protocole rigoureux et l’encéphalite n’étant pas une pathologie assez grave pour expliquer les phénomènes de Marthe. Puis les deux médecins changèrent d’avis et notèrent que ces manifestations incroyables étaient« d’ordre surnaturel », ce qui, notons-le, constituaient une appréciation dépassant leur domaine de compétence.            
Cette question de l’origine inconnue de l’inédie réapparut en 1987, avec l’ouverture du procès en béatification. Les médecins s’interrogèrent selon leurs orientations philosophiques : Marthe fut-elle une mystique authentique ou une simulatrice hors pair ? Était-elle le jouet du diable ou une personne sensible à la parapsychologie ? 


Marthe Robin a rendu son âme à Dieu voici 35 ans. Depuis cette date, personne - scientifique, théologien ou simple enquêteur - n’a jamais décelé le moindre début de fraude chez elle. Plus que son inédie, les fruits spirituels qu’elle a laissés (création des Foyers de charité et accompagnement spirituel de milliers de fidèles) donnent la mesure de son union à Dieu.


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Sources documentaires

- Collectif, Actes du colloque Marthe Robin, si petite, si grande, lumières sur un itinéraire spirituel, Châteauneuf-de-Galaure, Éd. Foyer de Charité, 2003.
- Antier Jean-Jacques, Marthe Robin, le Voyage immobile, Perrin, 2006.
- Docteur Assailly Alain, Marthe Robin. Témoignage d’un psychiatre, Paris, 1996.
- Bouflet Joachim, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires de la foi dans la vie mystique, t. 2, Paris, Le Jardin des Livres, 2002.
- Gosset Thierry, « Robin (Marthe) », dans Audrey Fella (sous la dir. de), Les Femmes mystiques. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, 2013, p. 836-840.
- Guitton Jean, Portrait de Marthe Robin, Grasset, 1985.
- Id. et Jean-Jacques Antier, Les Pouvoirs mystérieux de la foi, Perrin, 1993, p. 69-92.
- Peyret R., « Robin (Marthe) », dans Dictionnaire de Spiritualité et de Mystique, t. 13, Beauchesne, 1988, col. 835-836.
- Père Bernard Peyrous, « Robin (Marthe) », dans Patrick Sbalchiero (sous la dir. de), Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Fayard, 2002, p. 687.
- Père Peyrous Bernard, La Vie de Marthe Robin, Éd. de l’Emmanuel/Foyer de la Charité, 2006. - Renard Hélène, Des Prodiges et des hommes, Pocket, 1999, p. 15-45.

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:42


 1625 


SAINTE-ANNE D'AURAY, CŒUR SPIRITUEL DU DIOCÈSE ET DE LA BRETAGNE




Sainte-Anne d'Auray (actuel Morbihan) est un lieu particulier et unique : il s'agit du seul lieu au monde où sainte Anne, Mère de la Vierge Marie, soit apparue dans l'histoire de l'Église. C'était au XVIIe siècle, à un paysan breton : l'événement a marqué toute la région et le sanctuaire est maintenant devenu le lieu de pèlerinage le plus important de tout l'Ouest de la France...


C’est sous le règne de Louis XIII que commence l’histoire du pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray. Début août 1623, au soir d'une journée de travail, et alors qu'il pensait spécialement à sainte Anne « sa bonne patronne », une lumière très vive éclaira la chambre d’Yvon Nicolazic, jeune paysan breton, et une main apparaît dans la nuit en tenant un mystérieux flambeau. À plusieurs reprises ensuite, Nicolazic se verra conduit la nuit, au long des chemins creux, par un flambeau qui le précède. Un soir avec son beau-frère, ils verront une dame blanche avec un cierge à la main dans le fameux champ du Bocenno. Une autre fois, c’est une pluie d'étoiles qui tombe dans le champ. Tous ces événements se déroulent paisiblement, lentement. Nicolazic qui s'interroge sur leur signification ne change rien à sa vie, si ce n’est qu’il prie encore plus.



Le 25 juillet 1624, veille de la sainte Anne, sainte Anne apparaît une nouvelle fois et recommande également à Yvon de prendre ses voisins avec lui : « Menez-les avec vous au lieu où ce flambeau vous conduira, vous trouverez l'image (la statue) qui vous mettra à couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce que je vous ai promis. »Peu après, les paysans déterrent au pied du flambeau une vieille statue de bois rongée, avec des traces de blanc et d'azur. Dès lors, les choses s’accélèrent : trois jours plus tard, les pèlerins commencent à arriver en foule pour prier sainte Anne devant la statue. C'était en réalité la réalisation de cette prophétie à Nicolazic de la « multitude en marche », multitude qui ne s'est pas arrêtée jusqu'à nos jours.



Après une enquête rapide mais très intense 


Citation :
Auray : seul lieu au monde où saint Anne soit apparue

Le pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray n’est pas en soi un pèlerinage « marial », car c’est bien sainte Anne qui est apparue et non pas sa fille, la bienheureuse Mère de Dieu. Cet évènement fait ainsi de ce sanctuaire un endroit particulier, car il est le seul lieu au monde où saint Anne soit apparue. 

Aujourd’hui, le sanctuaire est le cœur spirituel du diocèse et de la Bretagne.  Entre 600 000 et 800 000 pèlerins et visiteurs viennent sur ces lieux chaque année, ce qui en fait le sanctuaire le plus important de l’Ouest de la France. À elle seule, la fête de sainte Anne les 25 et 26 Juillet rassemble environ 30 000 personnes lors de diverses célébrations ; et le Pardon qui s'y déroule chaque année est le plus important de Bretagne.




Père André Guillevic
Recteur du sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray


La confrérie de Sainte-Anne

Fondée en 1641 avec l’aide du clergé et des fidèles, c’est une association d’entraide et de secours aux pèlerins et aux plus démunis. Au cours des siècles, elle a pris une solide importance en portant un secours matériel à des personnes démunies, en accueillant nombre de pèlerins venus de toute la France et assurant un soutien spirituel. Le 14 mai 1870, le pape Pie IX l’érige en archiconfrérie et accorde le même jour une indulgence aux pèlerins franchissant la Scala Santa (construite par les Carmes en 1662). L’archiconfrérie compte aujourd’hui plusieurs milliers d’adhérents répartis sur les cinq continents.

Les reliques du sanctuaire

Parmi les nombreuses reliques conservées à Sainte-Anne d’Auray, il convient d’en citer au moins deux :
- Depuis 1890, un reliquaire-ostensoir, placé dans la chapelle de Sainte-Anne contient un présumé morceau d’un bras de sainte Anne, offert aux Bretons en 1639 par le roi Louis XIII en reconnaissance de la naissance de son fils Louis, futur Louis XIV. Cette relique de sainte Anne a été rapportée de Constantinople en 1223.
- En 2014, à l’occasion de la canonisation de Jean-Paul II, une relique du nouveau saint a été donnée au sanctuaire breton : quelques cheveux.


La statue de la tour

Une statue de sainte Anne d’un poids de 12,5 tonnes a été hissée au sommet de la tour octogonale de la basilique (75 mètres de hauteur) en 1976.

Les pèlerins célèbres

- Le 15 août 1858 : pèlerinage de l’empereur Napoléon III et de l’impératrice Eugénie.
- En 1874 : pèlerinage du président de la République, Mac-Mahon.
- En 1947 : pèlerinage du Général de Gaulle.
- En 1949 : Mgr Roncalli, nonce apostolique, futur Jean XXIII, préside la fête de Sainte-Anne.
- Le 20 septembre 1996 : Jean-Paul II célèbre une messe à Sainte-Anne d’Auray devant près de 150 000 personnes.


Un mot sur sainte Anne

Nous ne disposons pas de détails historiques sur sainte Anne, mère de Marie et grand-mère de Jésus. Le Nouveau Testament ne la mentionne pas. La première source l’évoquant date de la seconde moitié du IIe siècle de notre ère : c’est le Protévangile de Jacques. Il mentionne qu’Anne était mariée à Joachim. Bien que souffrant de stérilité, un jour, tandis qu’elle priait, un ange lui annonça qu’elle allait enfanter. Anne jura de consacrer sa fille à Dieu.

Anne, c’est la « grâce » (Hannah en hébreu). Comme dans l’Ancien Testament, beaucoup de mères de prophètes sont stériles avant une intervention de Dieu en leur faveur : Isaac (Gn 11, 30), Jacob et Esaü (Gn 25, 31), Samson ((Jg 13, 2-3) Samuel, dernier juge d’Israël (1 S 1, 5 et 1 S 2, 11).
Le Protévangile de Jacques décrit l’enfance de Marie avec ses parents. À l’âge de trois ans, Anne et Joachim la menèrent au Temple de Jérusalem où elle fut bénie par le grand prêtre, Zacharie.
Une seconde tradition évoque un nomade nommé Akar, ou Isachar dans le Pseudo-Matthieu (rédigé entre 600 et 625), qui aurait été le vrai père d’Anne, née à Nazareth. C’est à l’âge de 20 ans qu’elle aurait épousé Joachim avant de donner naissance à Marie à 40 ans. Joachim serait mort peu après la naissance de Jésus.
Le culte de sainte Anne est répandu dès le VIe siècle, en particulier en Orient. L’empereur Justinien lui dédie une église à Constantinople. Des théologiens l’évoquent (saint Jean Damascène, saint Epiphane, etc.).
En Occident, saint Jérôme contribue à sa popularité. Peu à peu, les fidèles lui rendent un culte, la fêtent, la prient, de la péninsule italienne à l’Angleterre. Au Xe siècle, Naples célèbre une fête en l’honneur de sa conception. Vers 1100, les fidèles de Cantorbéry font de même. Sainte Anne est patronne des guildes religieuses anglaises au Moyen Âge. En 1382, le pape Urbain VI rend sa fête obligatoire sur le sol britannique et en 1584, cette fête (chaque 26 juillet) est étendue à l’Église universelle.
En accord avec la volonté de Marie et de Jésus, le corps de sainte Anne a été confié aux Saintes Maries lors de leur départ de Palestine pour être conduit en France. À son arrivée, saint Auspice en devint le gardien et emmena la relique à Apt où il la cacha dans un souterrain, découvert par Charlemagne à Pâque 792. Le Christ et Marie ont ainsi souhaité que le corps de sainte Anne repose en France, témoignant à notre pays une immense confiance. Sainte Anne est aujourd’hui la protectrice des marins.

« Anne enfanta la Souveraine » (Saint Jean Damascène)
Joachim se choisit pour épouse Anne, cette femme d’élite digne des plus grands éloges. En effet, comme la première Anne, aux temps anciens, affligée par la stérilité mais qui avait obtenu par la prière et par un vœu de donner naissance à Samuel, celle-ci à son tour et par les mêmes supplications, obtint de Dieu la Mère de Dieu. Sur ce point, elle ne le cède donc en rien à aucune des femmes illustres. Ainsi la grâce, car telle est la signification du nom « Anne », enfanta la souveraine (signification du nom « Marie »). Marie, en effet, a vraiment été établie la souveraine de toutes les créatures, elle qui fut la Mère du Créateur. Elle voit le jour dans la maison de Joachim, près de la porte probatique (porte de Jérusalem proche de la piscine probatique où l'on purifiait les animaux qui devaient être offerts en sacrifice), et est conduite au Temple. Ensuite, « plantée dans la maison de Dieu », et nourrie par l’Esprit, semblable à un olivier fertile, elle devient la demeure de toutes les vertus. Détachant son cœur de toutes les convoitises de cette vie et de la chair, elle conserve son âme vierge autant que son corps, comme il convient à celle qui allait concevoir Dieu dans son sein.



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Sources documentaires

- Jansen-Paigne S., « Les miracles de sainte Anne d’Auray », dans Jean Delumeau (sous la dir. de), Un Chemin d’histoire. Chrétienté et christianisation, Paris, 1981, p. 188-208.
- Lebrun François, Se soigner autrefois. Médecins, saints et sorciers aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Hachette, coll. Pluriel, 1995.
- Provost Georges, La Fête et le sacré. Pardons et pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Cerf, 1998.
- Sbalchiero Patrick, « Nicolazic (Yvon) », dans Dictionnaire des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 575-576.

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:48

 660 


Saint Benoît, un Père pour les moines, un Père pour l’Europe





Notre pays a été parcouru en tout sens par une foule de saints. Mais il en est d’autres que la providence n’y a conduit qu’après leur mort, tel saint Benoît dont les reliques, rapportées d’Italie, furent déposées au monastère de Fleury, aujourd’hui Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret), le 11 juillet 660. C’est ici l’occasion de redécouvrir le sens de la vénération des reliques et l’héritage du patriarche des moines d’Occident et du patron de l’Europe.


Un « pieux larcin ».

« Claris coniubila Gallia laudibus, læteris Benedicti patris ossibus » : « Éclate en louanges, Gaule, mets ta joie dans les ossements de notre père Benoît », chantons-nous aux vêpres de la solennité de saint Benoît, le 11 juillet. C’est donc la liturgie elle-même qui invite la France à se réjouir de la présence sur son sol des reliques du patriarche des moines d’Occident, fondateur de l’ordre des bénédictins. Mais comment saint Benoît (v. 480-v. 547), demeuré sa vie durant dans la péninsule italienne, était-il parvenu, après sa mort, sur les rives de la Loire ?   

Saint Benoît, organisateur et législateur pour l’Occident de la vie monastique héritée des moines d’Orient, s’est éteint vers 547 dans le monastère qu’il a édifié au Mont-Cassin (région du Latium en Italie). Quelques décennies plus tard, un monastère était fondé par un seigneur mérovingien sur les bords de la Loire, au bourg de Fleury, dans le diocèse d’Orléans. La communauté, qui suit alors la règle du saint irlandais Colomban, ressent le besoin d’un protecteur céleste plus puissant qu’un faible et inconstant seigneur terrestre. Chez les hommes de ce temps, la conviction est ancrée que la présence d’ossements d’un saint attire en quelque sorte, par un lien mystérieux, sa présence spirituelle d’assistance, de secours, de protection.
 

Citation :
Une lumière leur indique l’emplacement du tombeau dont les moines s’empressent de recueillir les restes

Vers 650, lisant les Dialogues de saint Grégoire le Grand, seule source permettant de connaître la vie de saint Benoît, l’abbé de l’époque, Mommole, apprend que le monastère du Mont-Cassin a été dévasté par les Lombards et que le tombeau de saint Benoît est désormais à l’abandon. Par un acte de piété filiale autant que par souci de doter son abbaye d’un puissant patron céleste, Mommole envoie une délégation de moines, conduite par Aigulphe, pour sauver les précieuses reliques. À leur arrivée dans l’abbaye du Mont-Cassin déserte, une lumière leur indique l’emplacement du tombeau dont les moines s’empressent de recueillir les restes dans une corbeille. À leur contact, tout au long du chemin du retour, les miracles se multiplient.   

Un 11 juillet, autour de 660, les reliques de saint Benoît sont solennellement déposées dans l’église du monastère de Fleury, village qui sera connu désormais sous le nom de Saint-Benoît-sur-Loire. Si l’arrivée des reliques est un jour de fête et de joie pour les moines de Fleury, elle témoigne cependant d’une époque troublée pour l’Europe.




Le rayonnement d’un monastère au cœur de la France. 

Comme l’atteste le texte des Miraculi sancti Benedicti, les foules de pèlerins se pressent tout au long du Moyen Âge pour vénérer les reliques du saint dont la puissance est louée autant pour la conception d’un enfant, l’abondance des pluies ou la mise en fuite des envahisseurs vikings. Le monastère connaît son heure de gloire du Xe au XIIe siècle, avec le grand abbé saint Abbon (mort en 1004), un des plus éminents théologiens de son temps. Fleury devient même, de la même manière que Cluny, le centre d’une réforme monastique pour toute la Gaule. Point de référence pour le monde monastique, l’abbaye se trouve aussi au cœur du domaine capétien, et c’est ainsi que le roi de France Philippe Ier (1053-1108), qui avait sans doute participé au financement des travaux de construction de l’abbatiale, demande à y être enterré pour bénéficier, après une vie peu exemplaire, de l’intercession du saint et de la prière des moines.   

Malgré un lent déclin, l’histoire de Saint-Benoît-sur-Loire reste intimement liée à celle de la France : Jeanne d’Arc vient y prier après la victoire d’Orléans en 1429, le cardinal de Richelieu embellit l’église par ses dons au XVIIe siècle, l’érudit Dom Mabillon y consulte la riche bibliothèque de manuscrits. La Révolution française met un terme à plus de mille ans de présence monastique ininterrompue en abolissant, dès le 13 février 1790, les vœux monastiques, considérés comme inutiles et contraires à la « liberté chérie ». Suppression juridique mais aussi matérielle avec la destruction, pierre après pierre, d’un superbe monastère classique, rebâti vers 1720 : le lieu devient en effet une carrière. 




Pour renouer le fil de cette histoire millénaire, il faut attendre l’arrivée de quelques moines pour tenir la paroisse en 1865, puis d’une véritable refondation le 11 octobre 1944, avec un essaim envoyé de la Pierre-qui-Vire (Yonne). Ces frères s’inscrivent dans la filiation du Père Jean-Baptiste Muard (1809-1854). Frappé par la déchristianisation de son diocèse d’Auxerre dès les années 1840, il se sent appelé, en plaçant toute sa confiance dans le Sacré Cœur de Jésus, à évangéliser cette France qui a perdu la foi. Après avoir fondé une congrégation de missionnaires diocésains, il se retire dans la forêt du Morvan, à la Pierre-qui-Vire, comprenant que le plus puissant des apostolats est la prière et le sacrifice. Soixante-dix-ans après sa refondation, la communauté de Saint-Benoît-sur-Loire compte une trentaine de frères, réunis sous une règle et un abbé, pour prier, travailler et vivre la charité fraternelle.     

La Règle de saint Benoît, chemin de vie et de sainteté 

Le plus grand des miracles de saint Benoît ne serait-il pas précisément celui de la fidélité de tant de générations de moines, assidus au service de l’Église par le ministère de la prière, méditant en secret les saintes Écritures, écoutant, accueillant et réconfortant tant de pauvres venus frapper à la porte du monastère et demander l’intercession de saint Benoît ? Sans se résigner aux périodes de déclin et de relâchement, inévitables depuis le péché originel, ils ne cessent de puiser dans l’Esprit la force du renouveau. Car la présence des reliques d’un saint – et quel saint ! – n’est un honneur et un privilège que dans la mesure d’une fidélité, toujours en croissance, à son exemple et à son enseignement.   

Dans une France et une Europe qui ont perdu l’accès à la source de la vraie vie, la Règle de saint Benoît trace un chemin « pour débutants » (chap. 73) pour« retourner par le labeur de l’obéissance à Celui dont nous avait éloigné la lâcheté de la désobéissance » (prologue) pour apprendre à vivre en frères sous le regard bienveillant du Père, à aimer les jeunes et à vénérer les anciens, à se réjouir d’une vie humble, sobre et simple. Un chemin qui n’est, comme le disait Bossuet, que le résumé de tout l’Évangile. Voilà un don sans doute encore plus précieux que de vénérables ossements.   

« Ô Saint Père Benoît, établi maintenant au ciel, pénètre tes serviteurs de ta sainte règle ; fais-les monter par la voie étroite, donne-leur le royaume éternel. » (Hymne des vêpres du 11 juillet)


Un moine bénédictin du monastère de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire



La question de l’authenticité des reliques. 

Les premiers témoins de la translation des reliques de saint Benoît à Fleury sont des livres liturgiques « gaulois » du VIIIe siècle, attestant une fête de la déposition des reliques le 11 juillet, différente de celle de la mort du saint le 21 mars. Ces deux fêtes seront un siècle plus tard célébrées dans tout l’Empire carolingien. Les plus anciennes sources narratives datent du IXe siècle et proviennent de Gaule, de Germanie et même d’Italie. Pour les moines du Moyen Âge, la vérité de cette translation ne faisait donc aucun doute.
Un autre fait remarquable est la connaissance très précise que nous avons de la « vie » mouvementée de ces reliques. L’archéologie a permis de situer les divers emplacements prévus pour les accueillir dans l’abbatiale. Lors des guerres de religion, elles furent mises à l’abri dans le logis abbatial et évitèrent par miracle d’être détruites. Pendant la Révolution française, un courageux paroissien, Simon Gaudry, les cacha chez lui ; une fois achevée la période de troubles, elles trouvèrent place dans la basilique sous la garde de la paroisse et connurent un dernier exil pendant la Seconde Guerre mondiale au carmel du Dorat, près de Limoges. 
La jeune communauté jugea opportun de procéder en 1952-1953 à un examen scientifique des ossements conservés depuis treize siècles. Pour permettre des comparaisons, on fit venir diverses reliques attribuées à saint Benoît en France ou à l’étranger, notamment celles issues du lot conservé à Fleury. L’étude anatomique confirma qu’on était bien en présence du squelette, incomplet, d’un homme âgé de soixante-quinze ans environ, ayant eu une alimentation principalement végétarienne (fait établi grâce à l’examen de la dentition). Dans la mesure où la méthode de datation au carbone 14 exigeait la destruction de certains ossements et se montrait trop peu fiable pour une durée de moins de deux millénaires, on renonça à l’utiliser. Toutefois, une ancienneté d’environ 1400 ans fut jugée « parfaitement admissible » par les experts. Dernière remarque positive : la présence d’un ossement féminin à Fleury, correspondant exactement aux reliques de sa sœur sainte Scholastique, enterrée dans la même tombe que son frère, reliques rapportées lors du même voyage et conservées d’abord au Mans puis à Juvigny (Meuse). Inversement, un élément masculin parmi les reliques de sainte Scholastique à Juvigny rejoint exactement le squelette masculin de Fleury. C’est donc une tradition historique solide, reposant sur des témoignages fondés et confirmés par la recherche scientifique, qui affirme la présence des reliques de saint Benoît de Nursie à Saint-Benoît-sur-Loire depuis le VIIe siècle.


Saint-Benoît-sur-Loire et la Vierge Marie. 

De nombreux commentateurs ont remarqué que saint Benoît ne dit pas un mot dans sa Règle sur la Vierge Marie ; cependant, il incite les moines à réciter tous les jours le Magnificat, le cantique de la Vierge (chapitre 17). L’attitude qu’il recommande au jeune novice, qui doit être attentif aux paroles du maître, rappelle également celle de la mère du Sauveur, qui écoutait la parole de l’ange et méditait tous les événements dans son cœur. Le culte marial n’est donc pas absent de la spiritualité bénédictine, ni de la structure même de l’abbaye de Fleury. Ainsi, les reliques de saint Benoît ont été placées au VIIe siècle dans l’église dédiée à Marie, tandis que la vie de la Sainte Vierge figure sur plusieurs chapiteaux de la célèbre tour-porche du XIe siècle.   

Les commentaires de la Règle de saint Benoît à travers les siècles. 

La Règle de saint Benoît est écrite au VIe siècle. C’est un texte court : 73 chapitres concis. Au fil des siècles, ni les invasions déferlant sur l’Occident médiéval, ni les rivalités internes de l’Église n’ont eu raison de son immense spiritualité. Aucune idéologie ni aucune crise ne réussit à l’ébranler dans l’Église : ni le rationalisme du XVIIIe siècle, ni l’indifférence religieuse du monde actuel.  
Dès le IXe siècle, la Règle connaît un succès européen. Parmi les signes de cet engouement, figurent les multiples « commentaires » dont elle est l’objet (mot tiré du latin commentarius en 1485). Ces « commentaires » forment un genre littéraire pratiqué dès le VIIe siècle parmi les moines. 
Il s’agit d’un procédé pédagogique sous forme d’une explication argumentée de la Règle. Destinés aux jeunes moines pour les inciter à respecter les devoirs de la vie monastique selon les exigences de leur fondateur, les commentaires sont souvent rédigés par les maîtres des novices, prieurs ou abbés. Ils font figure de miroir dans lequel les lecteurs contemplent le modèle « parfait » du moine : saint Benoît. Il serait fastidieux d’en dresser la liste dans laquelle prennent place auteurs anonymes et théologiens prestigieux.
L’œuvre du pape saint Grégoire le Grand (vers 540-604) ouvre la voie à maints ouvrages ultérieurs. Ses Dialogues forment une explication magistrale de laRègle. À cette époque, à l’exception de l’Espagne wisigothique et du monde celtique, les bénédictins servent de modèle à tous les contemplatifs. 
Parfois, des traditions extérieures à celle de saint Benoît se mêlent aux commentaires, comme, par exemple, vers 620, la Règle du Père pour les Vierges, rédigée pour l’abbaye de Faremoutiers, sorte de compromis entre l’idéal monastique selon saint Benoît et celui de saint Colomban, plus souple.
Plus tard, Benoît d’Aniane, grand intellectuel de l’Europe carolingienne, contribue au plein succès de la Règle. Dans les années 820/830, les commentaires se multiplient avec des auteurs illustres comme Smaragde, abbé de Saint-Mihiel (Meuse). 
Ces travaux continuent jusqu’au XVe siècle. Rupert, le chancelier de l’université Jean Gerson, Pierre Bohier, Bernard Ayglier, tous écrivent à propos de la Règle de saint Benoît, qu’ils soient eux-mêmes bénédictins ou non. Après 1450, cette forme littéraire s’étend au-delà des milieux ecclésiastiques grâce à l’invention de l’imprimerie. 
L’apport des moines célestins de Paris mérite d’être souligné pendant la Renaissance. Un commentaire précieux de dom Pierre Bard, confesseur du roi de France Louis XII, date d’avant 1535. Vers 1580-1585, ces dissertations deviennent savantes. Elles balayent sur un mode synchronique les domaines de la théologie.
La majorité des commentaires sont construits non sur un plan thématique ou chronologique, mais sur la structure de la Règle elle-même. Pourtant, ce genre littéraire subit des évolutions à partir de 1480/1500. C’est dans les vingt premières années du XVIe siècle que les commentaires de facture médiévale évoluent et au-delà de 1510, un effort est accompli vers une compréhension synthétique (théologique et biblique) de la Règle. Les commentateurs choisissent une perspective délaissée jusque-là : l’histoire. Sur quelle tradition spirituelle saint Benoît s’appuie-t-il ? L’Église a-t-elle toujours assumé la voie bénédictine ? 
Désormais les auteurs accomplissent un labeur archéologique, exhumant « l’authentique réalité » de saint Benoît, supposé recouverte, au cours des siècles, par des scories vaines et dangereuses couvrant le projet originel du bienheureux moine. Cette inflexion savante devient prégnante à partir de 1660, avec les commentaires érudits de la Règle, en particulier parmi les savants de la congrégation de Saint-Maur.
 

Citation :
Le nombre de commentaires français entre le XVIe et le XVIIe siècle a décuplé 

Le nombre de commentaires français entre le XVIe et le XVIIe siècle a décuplé. De 1480 à 1790, 105 commentaires de la Règle de saint Benoît voient le jour en France et dans les Pays-Bas espagnols, dont 46 % sont demeurés des manuscrits. À l’échelle européenne, le nombre d’éditions imprimées de la Règleet de ses commentaires, rédigés entre 1600 et 1790, s’élève à 433, textes conservés aujourd’hui dans 265 bibliothèques (France non comprise). 
Les auteurs sont des bénédictins, des moines issus des branches de l’arbre bénédictin (feuillants, cisterciens, trappistes, etc.) mais aussi des prêtres séculiers ou des évêques, comme Bossuet.   
Un commentaire daté de l’année 1789, intitulé Dissertation sur la pratique exacte et littérale de la Règle de Saint Benoist et sur les usages primitifs de l’Ordre de Citeaux, est un gros in-folio de 647 pages, conservé dans la bibliothèque de la Trappe de Sept-Fons. 
La Révolution met à mal l’édifice monastique français, déjà ébranlé depuis le milieu du XVIIIe siècle. La suppression des vœux fait disparaître ordres et congrégations de la scène religieuse pendant plusieurs décennies. Il faut attendre le XIXe siècle et le renouveau de l’abbaye de Solesmes, dirigé par dom Prosper Guéranger, pour que les fils de saint Benoît retrouvent un statut officiel. Au final, ces commentaires de la Règle valorisent les outils de sanctification voulus par saint Benoît (humilité, pauvreté, silence), expliquent la mystique comme voie d’union au Christ, avec l’oraison et la contemplation chère aux moines, précisent le droit canon, avec ses dispositions légales règlementant les aspects de la vie quotidienne d’une communauté monastique, comme, par exemple, la réception des novices, l’élection (démocratique) de l’abbé, les relations avec le clergé séculier et, enfin, déterminent les liens entre les bénédictins, l’Église et l’histoire chrétienne, montrant le bien-fondé des bénédictins et la bienveillance permanente des papes et des évêques à son égard. Enfin, les commentateurs affirment que la « philosophie monastique » a contribué à asseoir une forme de suprématie spirituelle des bénédictins. Selon eux, la monarchie française apporta rapidement son soutien à ce « prodigieux monument ». L’histoire a noué un lien harmonieux entre moines et royauté. 
Certains commentaires du XXe siècle jouissent d’une belle renommée, comme celui de dom Paul Delatte, largement traduit et diffusé sur les cinq continents. Plus récemment, des hommes d’Église, comme Mgr Robert Le Gall, actuel archevêque de Toulouse, et ancien abbé bénédictin, ont proposé une explication nettement spirituelle de la Règle de saint Benoît en étroite correspondance avec les attentes de nos contemporains avides d’absolu.



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Sources documentaires


- « Les reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique », Renaissance de Fleury (revue des moines de Saint-Benoît-sur-Loire) n° 235 (septembre 2010).
- « L’abbaye de Fleury, mille ans d’histoire », Renaissance de Fleury (revue des moines de Saint-Benoît-sur-Loire) n° 170 (juin 1994).
- Le culte et les reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique, Publicacions de l’abadia de Montserrat, 1980.
- Dom Adam Antoine, Théologie de la vie monastique d’après quelques grands moines des époques modernes et contemporaines, Ligugé et Paris, 1961.
- Dom Albaréda Anselme, Bibliografia de la Regla Benedictina, Montserrat, 1933.
- Bouyer Louis, La Spiritualité de Cîteaux, Flammarion, 1955.
- Dom Broekaert Jean, Bibliographie de la Règle de Saint-Benoît. Editions latines et traductions imprimées de 1489 à 1929, 1980, 2 t.
- Dom Butler Cuthlert, Le Monachisme bénédictin. Études sur la vie et la Règle bénédictines, J. de Gigord, trad. française par Charles Grolleau, 1924.
- Dom Cottineau Louis-Henri, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, 1939, 3 t.
- Dom Dubois Jacques, Les Ordres monastiques, PUF, coll. Que sais-je ?, 1985.
- Hontoir Camille, « Le texte de la Règle de saint Benoît et sa place dans la littérature cistercienne », dans C.C., 1947, n° 1, p. 199-205.
- Hurel Daniel-Odon, « Les Mauristes, éditeurs des Pères de l’Église au XVIIe siècle », dans Les Pères de l’Église au XVIIe siècle, sous la dir. d’Emmanuel Buy et de Bernard Meunier, Le Cerf, 1993, p. 124 et suivantes.
- Dom Jaspert B., Bibliographie der Regula Benedicti, Hidesheim, 1983.
- Dom Laporte Jean « L’Abbaye de Fleury » dans Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, Letouzey & Ané, 1969, t. 17, col. 441-476.
- Dom Le Bail Anselme, « La Règle de saint Benoît dans l’Ordre de Cîteaux », dans Revue liturgique et monastique, 1930, p. 413-437.
- Dom Leclercq Jean, « Évangile et culture dans la tradition bénédictine », dans Nouvelle Revue théologique, 1972, p. 171-182.
- Id., « Saint Bernard et la Règle de saint Benoît », dans Collection cistercienne, 1973, n° 1, p. 173-185.
- Le Gall Jean-Marie Les Moines au temps des réformes (France, 1480-1560), préface de Nicole Lemaitre, Champ Vallon, 2001.
- Le Goff Jacques, sous la dir. de, Dictionnaire des Ordres religieux, Fayard, 1998.
- Dom Lignerolles Philippe, Petite histoire de la vie monastique des origines à nos jours, Dourgne, Éd. Siloé, 1990.
- Dom Oury Guy-Marie, L’Héritage de saint Benoît. Initiation aux auteurs spirituels de l’Ordre, Solesmes, 1988.
- Id., Les Moines blancs, Paris, Fayard, 1993. - Pêcheur Anne-Marie, Clartés de Saint-Benoît-sur-Loire, Éditions Zodiaque, 1997.
- Benedicti Studia. Annuarium Internationale, St- Ottilien, 1988, p. 145-163.
- Dom Philibert Schmitz, « Benoît (saint). La Règle », dans Dictionnaire de Spiritualité, t. 1, Beauchesne, 1937, col. 1371-1388.
- Id., Histoire de l’Ordre de saint Benoît, Maredsous, 1942-1956.
- Sbalchiero Patrick, « À l’image des anges : liturgie et spiritualité dans la littérature monastique », dans Cahiers du Centre Interdisciplinaire de Recherches en Histoire, Lettres et Langues, n° 17, 1995, p. 131-145.
- Id., « La Règle de saint Benoît au XVIIe siècle », dans Mélanges offerts à Marcel Launay, 2008.
- Id., Histoire de la vie monastique, Desclée de Brouwer, 2008. - Dom Vogüe et Neuville Jean, Saint Benoît. La Règle. Texte et commentaire, Cerf, 1972-1977, SC 181-187, 7 vol.  

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 12:55


 1270 


Saint Louis et le printemps de la France


Cinquième enfant de Louis VIII (+ 1226) et de Blanche de Castille (+ 1252), Louis IX naît le 25 avril 1214. Baptisé à Poissy (actuel département des Yvelines), il devient à douze ans le 44e roi de France. Patron du diocèse aux armées et de sa cathédrale, il est également invoqué comme patron de la France, notamment le 25 août, jour où l’on célèbre l’anniversaire de sa mort. Louis, dit le « Prudhomme », meurt au cours de la dernière croisade à Tunis en 1270, après 43 ans de règne. Il est canonisé par le pape Boniface VIII dès 1297.




Une fois que nous sommes accordés sur les faits de l’histoire, sur leur interprétation, sur le besoin d’en faire mémoire pour disposer du présent, pour préparer le futur, pourquoi s’attarder à cet homme du passé ? Qu’il s’agisse de saint Louis ou d’autres, sur quoi repose notre attachement ? C’est une loi générale : les saints ne sont jamais réductibles à leur époque. Un saint ne se laisse pas figer dans son siècle. S’il est décalé par rapport à notre temps, c’est un décalage vers l’avenir : il nous attend au tournant suivant. Aimable, il nous tend la main, mendiant notre cœur.   

Donnons à nouveau notre affection à saint Louis, roi de France. Essayons de lui ouvrir notre cœur ainsi que nous le faisons pour un ami, lui confiant nos peines, nos joies, l’associant à notre mission, cherchant à le connaître avec bienveillance. À cette condition, il nous livrera quelques secrets de sa sainteté. Car connaître le secret d’un ami, c’est autre chose que de scruter les détails de son existence, à la façon d’un historien. Le secret partagé crée une intimité profonde entre deux êtres. Avec eux, quelque chose de la gravitation du Christ nous entraîne vers Dieu.  
 Dans son ouvrage Saints de France (paru chez Boivin, 1ère édition 1951), Henri Pourrat touche à ce secret avec une rare virtuosité. Il plante le décor :« Avec lui, le royaume entre dans son printemps », et d’ajouter : « En cette aurore du XIIIe siècle, toute la pensée grandit. » Louis IX naît avec Bouvines (27 juillet 1214), l’éclatante victoire de son grand-père Philippe Auguste (+ 1223). Mais la redistribution politique ne vaut pas tant que la floraison printanière d’idées nouvelles. Louis reçoit à sa table deux Docteurs de l’Église, saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin (+ 1274). Cette vitalité de l’esprit, bientôt écrite dans la politique et les mœurs, cette sève neuve, cette fièvre du cœur, cette vague de la pensée coïncident avec le roi saint Louis et lui avec elle. Un pareil printemps soulève l’enthousiasme, le goût de l’aventure et des folles équipées. Quand les feuilles voltigent et que notre mental erre, sous l’ombre nostalgique sécrétée par l’automne, une telle incarnation de la (re)naissance nous gonfle d’espérances nouvelles. Je ne parle pas tant de la saison que de notre société, où la chute des valeurs produit l’odeur des cimetières. Notre époque accueille des esprits émoussés, fades, gavés de politiquement correct. Pouvons-nous connaître, à notre génération, une telle pulsation de l’esprit ? Quelle nouveauté, quelle poussée, quelle grandeur nouvelles tendent nos énergies ? Une fin de race n’attire pas. Un point de croissance ne fascine pas. Les projets qu’on nous présente ne portent même plus de promesses. Il nous reste l’épaisseur maigrichonne du train-train quotidien. Heureusement, l’Évangile reste un prodigieux défi…
  




« Le plus fier chrétien que les païens eussent jamais connu », confie le sire de Joinville, conseiller du roi, à ses Mémoires. Parmi les regards sur saint Louis, on en trouve un qui fait le lien par-dessus les autres, c’est celui sur son christianisme. Au fond et à la cime de ses actions, il y a le chrétien. Son baptême aboutit à la sainteté. Mais il lui fournit d’abord l’unité de sa vie. Ce fameux dénominateur commun qui manque à notre vie sectorisée, Louis le trouve dans son baptême. De l’extérieur, les païens sentent et admirent la cohérence du roi. Ils ne jugent pas d’abord sa sainteté : pour l’estimer, il faut cette aimable confrontation entre les actes et l’Évangile que l’Église seule est habilitée à mettre en place. Mais les incroyants goûtent l’unité de l’homme.« Fier », indique la densité aimable, le rayon noble au parcours tranquille. La fierté éveille l’admiration sans la rechercher. Cette reconnaissance par les païens importe autant que la canonisation par l’Église. Elle chante le regard du païen sur l’homme juste. Elle dit ce à quoi il est sensible. Elle peut le déterminer à chercher « l’Unique ». En ce sens, saint Louis n’est pas seulement un exemple de piété mais un prototype du témoin.   

« Tant qu’il put il choisit de faire la paix » (Henri Pourrat dans Saints de France). Formé aux armes, faiseur de croisade, combattant de première ligne, il n’idéalise pas la guerre. Elle n’est jamais un but en soi. Bien qu’à l’époque il faille gagner sa valeur à coups d’épée, le cœur de Louis IX voit plus loin que le bout de son arme. La guerre fait peut-être la valeur d’un chevalier, mais seule la paix fait le bonheur d’un pays. Il est difficile de trancher au sujet du saint roi : de la paix ou de la justice, on ne sait laquelle il préfère. « Par son amour de la justice, il se fait tant aimer, que, sans être ses sujets » (Henri Pourrat dans Saints de France), des Lorrains et Bourguignons lui demandent de leur faire droit. La postérité lui a fait un trône sous un chêne pour y rendre la justice. Certainement, l’histoire ne se trompe pas, à ceci près que saint Louis s’assoit à même le sol. C’est moins gracieux pour les images, mais cela correspond mieux à son style, absolument royal. Il est vrai aussi que la paix le hante, avec le roi d’Angleterre, avec ses grands barons, avec le sultan d’Égypte. Les deux vertus nous parlent : nous les posons l’une sur l’autre car la justice forme le socle de la paix.



Citation :
La compétence donne des droits que la filiation n’impose pas


À ceux qui croient plus volontiers à la valeur de la naissance qu’à celle des mérites, il réplique comme à son fils Philippe : « Biau fils, vraiment j’aimerais mieux qu’un Écossais vint d’Écosse qui gouvernât bien et loyalement, que tu gouvernasses mal en point et en reproches. » Toujours la même recherche de la justice. La compétence donne des droits que la filiation n’impose pas. On imagine, derrière ces mots de paix, justice et compétence, l’immense liberté du souverain. Quand on a le pouvoir de faire et de défaire pour un peuple tout entier, on s’acharne à faire le bien et à défaire le mal. Et tant pis pour les courtisans payant en flatterie ce qu’ils doivent en bonne monnaie. Seulement voilà : au XIIIe siècle, on fait la différence entre le bien et le mal, entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, entre ce qui unit et ce qui divise, entre le bien personnel et le bien commun. C’est peut-être en cela que l’époque du saint roi élève et dynamise. 

De sa liberté, il est encore question dans ses rapports avec les gens d’Église. Il ne cesse de surprendre. Tandis que la croix et la bannière voguent ensemble, liées comme elles peuvent l’être dans le monde chrétien, on s’attend de la part de saint Louis à une obéissance méticuleuse, servile à force d’être respectueuse. Il n’en est rien. Sa vénération pour le mystère du prêtre ou de l’Église ne lui ôte aucune part de son discernement. Prenons un exemple. Louis fait vœu de conduire une croisade lors d’une grave maladie (presque à sa mort). Guéri, il veut tenir sa promesse ; mais sa mère, Blanche de Castille, ne l’entend pas ainsi. Elle fait intervenir l’évêque de Paris pour s’opposer à son départ. Ce dernier montre que son vœu, fait dans le délire, ne l’oblige pas. « Bon, dit le roi, je ferai donc à votre volonté. » Il rend sa croix à l’évêque. Mais aussitôt : « Et maintenant, suis-je en délire ? Eh bien, c’est maintenant que je vous demande de me donner la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! » Ces libres chevaliers de France n’abdiquent pas leur liberté. La rectitude de leur foi ne la ronge pas. Elle l’amplifie. Est-il meilleur témoin de la liberté évangélique, au croisement du respect et de la responsabilité ?





Sa façon d’être roi le rattache au saint roi David bien mieux qu’une généalogie hasardeuse. Le roi dans la Bible règne en pasteur et père. Il ne suffit pas au pasteur de conduire le peuple. Il s’assimile à lui, il ne fait qu’un avec lui. En Égypte, alors que la famine et la peste poussent à la retraite, on veut obliger le roi épuisé à s’embarquer avec les autres malades. Mais il entend rester le dernier. Un de ses frères, le comte d’Anjou, lui reproche de retarder le mouvement : « Comte d’Anjou, si je vous suis à charge, débarrassez-vous de moi. Mais je n’abandonnerai jamais mon peuple. » Un peu plus tard, fait prisonnier des Sarrazins, il apprend que les riches négocient séparément leur rançon. Aussitôt, il leur interdit ces marchés pour que les pauvres ne restent pas seuls en captivité : « Je prends tout sur moi et veux être chargé de payer du mien propre le rachat de tous. » C’est le roi-pasteur selon le cœur de Dieu. Devant Mansourah, alité mais entendant le feu grégeois déchirer les airs pour tomber sur son armée, il soupirait : « Beau sire Dieu, gardez-moi mes gens ! » Henri Pourrat ajoute : « Le suzerain se doit même de former les cœurs de ses gens. » Le sire de Joinville en est un témoin remarquable. Au roi qui lui demande s’il est préférable d’attraper la lèpre que de commettre un péché mortel, Joinville répond avec sa franchise habituelle qui lui semble préférable d’avoir commis trente péchés mortels que d’être attaqué par la lèpre. C’est qu’il connaît ce qu’est la lèpre. Elle tue mais d’abord elle rogne, elle ronge, elle grignote. Saint Louis le reprend avec douceur mais précision. Il le traite de « hâtif musard ». Charles Péguy ne manque pas de commenter cette scène exemplaire. Il vaut mieux attraper trente fois la lèpre que de commettre un péché mortel. En d’autres circonstances, il éduque le même Joinville à l’humilité, le pressant de laver les pieds des pauvres.   

Tant de traits parlent de son secret qu’il nous faut conclure ici : « Le héros, ni le grand roi n’y eussent pas suffi. Il y fallait le saint. Mais cette leçon, le roi Louis la tient du Christ » (Henri Pourrat dans Saints de France).





Mgr Luc Ravel
Évêques aux armées


Saint Louis, un homme de paix et un réformateur. 
Sacré à Reims le 29 novembre 1226 par l’évêque diocésain Jacques de Bozaches, saint Louis est un homme de paix et un réformateur : il introduit baillis et prévôts (représentants du pouvoir et officiers de justice), conçoit ce qui va devenir le Parlement de Paris et la Cour des comptes, introduit une monnaie unique dans le royaume, crée la présomption d’innocence, interdit l’ordalie et la vendetta, combat l’usage de la torture, lutte contre les guerres privées, etc. En matière profane, Louis agrandit le domaine royal en y agrégeant les comtés de Blois, Chartres, Sancerre et Châteaudun. Il mène des édifications visant à assurer la paix de ses sujets. Dès les années 1220, il fait ériger la forteresse d’Angers, rempart important face à la Bretagne encore indépendante. Vers 1240, il fonde Aigues-Mortes (actuel département du Gard), comme point de départq et d’arrivée de la « route de Jérusalem ». En 1251/52, il fait reconstruire les remparts de Jaffa (Israël) où il ordonne l’érection d’un couvent et d’une église. Peu après, il restaure les fortifications voisines d’Ascalon.   

Saint Louis, un homme charitable et pour la promotion de la culture. 
L’œuvre de Louis est plus importante dans le domaine de la charité et de la culture. En 1248, il demande à l’architecte Eudes de Montreuil de restaurer l’Hôtel-Dieu de Paris. Peu après, il fait édifier l’Hôtel des Audriettes pour l’accueil des veuves. En 1259, il fonde l’Hôtel-Dieu de Pontoise où 13 religieuses augustines prennent en charge les démunis. Il offre 30 000 livres pour la construction de l’Hôtel-Dieu de Vernon (Eure) ; 25 sœurs y assurent accueil et prière. En juin 1260, les travaux d’édification de l’hospice parisien des Quinze-Vingts prennent fin, près de la porte Saint-Honoré. Le roi lui attribue une rente annuelle élevée servant à la prise en charge des aveugles de la cité qui, en contrepartie, prient pour le roi et sa famille. C’est la première fois dans l’histoire de France que les pouvoirs publics assument matériellement un tel handicap. En 1253, il cofonde à Paris avec Robert de Sorbon, son chapelain et confesseur, le collège de Sorbonne, qui allait devenir une prestigieuse université. À l’époque, cette structure modeste est destinée aux maîtres ès arts : quelques dizaines d’étudiants en théologie.  

L’œuvre de saint Louis dans le domaine religieux. 
C’est dans le domaine religieux que saint Louis réalise ses œuvres plus belles. De son vivant, l’art gothique nourrit la terre de France. Il assiste aux chantiers des cathédrales d’Amiens, d’Auxerre, de Beauvais, de Chartres, de Reims, de Rouen et de Paris, qu’il ne cesse d’encourager. Parmi ses fondations monastiques, l’abbaye de Royaumont (« mont royal »), dans l’actuel Val-d’Oise, reste la plus célèbre. Son père, Louis VIII, laisse en héritage une forte somme d’argent pour édifier un monastère non loin de Paris. Saint Louis confie les lieux aux moines cisterciens ; il fera d’ailleurs plusieurs longs séjours à l’abbaye pour partager la vie simple des moines. Dès 1233, il choisit Royaumont pour y faire inhumer les enfants de la famille royale décédés en bas-âge. Trois de ses quatre enfants morts avant lui y reposent. En 1235, après sept années de labeur, le monastère est achevé. Sa renommée s’étend progressivement à tout le royaume et au-delà. Tous les rois capétiens directs, jusqu’à Charles IV le Bel (+ 1328), honorent le lieu de leur présence et de leurs largesses. Un autre lieu tient particulièrement Louis à cœur : la collégiale Notre-Dame de Poissy (Yvelines), où il a été baptisé. Il aime signer certaines lettres par la formule : « Louis de Poissy », ou « Louis, seigneur de Poissy ». Il y séjourne souvent. Fondée par le roi Robert le Pieux vers 1016, cette collégiale est reconstruite entre 1130 et 1160. Elle est aux mains de chanoines. En 1238, saint Louis fonde une messe anniversaire pour ses parents qui y sera célébrée pendant des décennies. En 1250, il y fait édifier une chapelle. Aujourd’hui, les fonds baptismaux de Louis restaurés en 1630 y sont encore visibles, protégés par une grille installée au XIXe siècle par Viollet-le-Duc.   

Saint Louis et la Sainte-Chapelle sur l’île de la Cité. 
Le véritable chef-d’œuvre de saint Louis, c’est la construction de l’Île de la Cité, dont l’histoire débute avec son intérêt pour l’Orient. Le roi participe en effet en personne à la septième (Égypte, accompagné de ses trois frères) et à la huitième croisade (Tunisie). Il est persuadé jusqu’à la fin qu’il parviendra à sauvegarder la Terre Sainte et à évangéliser Juifs et Musulmans avec l’aide de Dieu. Aussi lorsque Baudouin II de Courtenay (+ 1273), cousin de saint Louis et dernier empereur latin de Constantinople, lui demande son aide contre les Grecs en 1237, Louis, défenseur de l’Église latine, est très intéressé. Il l’est davantage encore lorsqu’il apprend que des nobles de Jérusalem veulent vendre la couronne de la Passion du Christ à des étrangers. Baudouin le supplie de ne pas laisser filer cette précieuse relique entre des mains impies. En réponse, Louis envoie deux émissaires en Terre Sainte, porteurs d’une lettre ordonnant que la relique leur soit remise. Après un crochet par la cathédrale Saint-Marc de Venise où elle est exposée, la Sainte Couronne est convoyée par voie de terre jusqu’en France, avec un sauf-conduit de l’empereur germanique Frédéric II (+ 1250). Exposée à Vincennes, elle est ensuite portée jusqu’à la cathédrale Notre-Dame de Paris par Louis et son frère Robert, tous deux pieds nus. De là, elle est transportée dans la chapelle Saint-Nicolas du palais de la Cité. En 1241, Louis achète pour une somme importante d’autres reliques de la Passion : une partie de la Vraie Croix, de la Sainte Éponge et de la Sainte Lance. La chapelle Saint Nicolas est alors jugée trop petite pour contenir de tels joyaux. Louis et ses architectes imaginent alors un nouveau lieu sacré, plus vaste, plus beau. Dans leur esprit, il ne s’agit pas seulement d’architecture, mais aussi de spiritualité car, au XIIIe siècle, les reliques ont une grande importance. On leur reconnaît un pouvoir de guérison et elles font la renommée des lieux de pèlerinage à travers toute l’Europe. Seigneurs et vassaux prêtent par exemple serment sur les reliques de la Passion du Christ. C’est ainsi qu’est construite dès 1242 la Sainte Chapelle, conçue comme un vaste reliquaire non pas destinée aux foules de pèlerins, mais à la famille royale et au clergé. Ses modèles architecturaux sont les chapelles épiscopales de Paris, de Laon et de Noyon et, avant tout, l’archevêché de Reims, lieu du sacre des rois. En 1243, le pape Innocent IV accorde des privilèges à ce lieu, et trois ans plus tard, saint Louis fonde un collège de chanoines pour la garde des reliques et la célébration du culte. Il inaugure lui-même le nouvel édifice le 26 avril 1248, dont le coût total des travaux s’élève à plus de 40 000 livres tournois : une somme énorme à l’époque. La chapelle basse, située au niveau inférieur, est dédiée à la Vierge Marie.     

Éléments biographiques. 
Né le 25 avril 1214, sous le règne de son grand-père Philippe Auguste (+ 1223), Louis devient l’héritier du Trône à l’âge de 4 ans, après la mort de son frère aîné, Philippe. Son père, Louis VIII le Lion (+ 1226), et sa mère Blanche de Castille (+ 1252), lui assurent une éducation princière qui le prépare à ses futurs devoirs publics. Philippe Auguste, premier monarque français à connaître son petit-fils, exerce une influence positive et durable sur le jeune Louis. De la mort de son père (1226) jusqu’à sa majorité (1234), sa mère exerce la régence. Fille d’Alphonse VIII de Castille et d’Aliénor d’Aquitaine, nièce du roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion (+ 1199), Blanche est parfois jugée étrangère aux affaires françaises. Elle donne 12 enfants à son époux, dont le futur saint Louis et la bienheureuse Isabelle de France (+ 1270), fondatrice des Clarisses de Longchamp. Louis est sacré à Reims le 29 novembre 1226. Rapidement, son pouvoir est contesté et sa mère est déconsidérée aux yeux d’une partie de la noblesse. Il va s’imposer comme un souverain déterminé. En 1227, plusieurs barons influents – dont Pierre Mauclerc, duc de Bretagne – se réunissent à Corbeil, près de Paris, et décident de kidnapper le jeune roi pour gouverner en son nom. Ils parviennent à l’encercler à Montlhéry. Mais les Parisiens, alertés de la situation, accourent à son secours et le libèrent. En 1230, Louis (16 ans) prend la tête d’une armée contre le duc de Bretagne qui, quelques mois auparavant, avait prêté hommage à Henri III, roi d’Angleterre. Louis reprend Angers. Puis il repart en campagne en mai 1230 et au printemps 1231 contre les seigneurs insoumis. Il reprend Ancenis et Clisson. Les barons abdiquent à l’exception de Pierre Mauclerc, jusqu’en 1234 ! L’union de Louis et de Marguerite de Provence est célébrée le 27 mai 1234 en la cathédrale de Sens par Mgr Gauthier le Cornu. Le lendemain, la nouvelle épouse est couronnée reine de France. Pourtant, un nouveau soulèvement aristocratique devait soucier Louis IX. Cette fois, les seigneurs du Poitou s’opposent au Trône, avec, à leur tête, Hugues X de Lusignan (+ 1249) dont la femme, Isabelle d’Angoulême (+ 1246), reine consort d’Angleterre (elle a été l’épouse de Jean sans Terre, + 1216), est aussi la mère d’Henri III Plantagenêt, adversaire de Louis à cette époque. En décembre 1241, Hugues de Lusignan s’oppose publiquement au monarque. Une ligue est constituée contre le roi à laquelle Henri III  va adhérer.



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Sources documentaires

- Hélary Xavier, La Dernière croisade, Perrin, 2016.
- Le Goff Jacques, Saint Louis, Gallimard, 1996.
- Monfrin Jacques, Vie de saint Louis, Le Livre de Poche, 2002, Lettres gothiques.
- O’Connell David, Les Propos de saint Louis, Gallimard/Julliard, 1974.
- Richard Jean, Saint Louis : roi de France féodale, soutien de la Terre Sainte, Fayard, 1983.
- Sivéry Gérard, Saint Louis : le roi Louis IX, Tallandier, 2007.

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:01


 1850 


Le Père Chaminade et la rechristianisation de la France


Au début du XIXe siècle, le Père Chaminade, désireux de rechristianiser la France, fonde la Famille Marianiste. Il donne pour mot d'ordre missionnaire à ses disciples les paroles mêmes de Marie aux serviteurs de Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jean 2, 5). De mai 2016 à janvier 2018, les religieux et religieuses fêtent leur bicentenaire. La Famille Marianiste comprend désormais entre 7 000 et 8 000 personnes établies sur les cinq continents dans plus de 30 pays.




Guillaume-Joseph Chaminade est né le 8 avril 1761 à Périgueux (Dordogne). Dernier enfant d’un marchand drapier habitant tout près de la cathédrale, il suit ses études au Collège-Séminaire de Mussidan, avant de faire ses vœux dans la congrégation des prêtres de Saint-Charles de Mussidan, qui prend pour modèle l’évêque italien saint Charles Borromée. Il est ordonné prêtre en 1785.

En 1791, en pleine Révolution, il refuse de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. Il s’installe alors à Bordeaux, pour assurer un ministère clandestin de plusieurs années, au risque de sa vie. En 1797, il doit s’exiler vers l’Espagne où il arrive (à Saragosse en Aragon) le 11 octobre 1797, veille de la fête grandiose de Notre-Dame del Pilar (Notre-Dame du Pilier), le plus grand pèlerinage marial d’Espagne.

Dans son exil, il réfléchit à l’avenir de la foi en France. Il élabore avec d’autres un plan de rechristianisation adapté aux temps nouveaux. Il sait qu’il ne suffira pas de rebâtir des structures, aussi cherche-t-il d’autres moyens et se laisse guider par les « signes des temps ». Convaincu qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger, il s’interroge sur le bien-fondé d’une « congrégation » de chrétiens, « un mouvement », à l’instar des congrégations mariales de Jésuites, pour les aider à être plus forts dans la foi et plus éloquents dans le témoignage. Le dévouement extraordinaire de certains laïcs qui l’ont aidé à poursuivre son ministère pendant les années révolutionnaires, en dépit de tous les risques, lui a aussi permis de comprendre que chaque baptisé peut jouer un rôle dans la mission.
 




Déjà, il songe à demander au Pape l’autorisation d’évangéliser au-delà des structures traditionnelles des paroisses. Ce qu’il appellera plus tard son « inspiration » germe progressivement en lui. On dit qu’un jour, alors qu’il est en prière, il lui est même donné une sorte de « vision » : il voit se rassembler autour du pilier de Marie des jeunes gens de toutes origines venus se mettre à sa disposition pour l’assister dans sa mission.

Dès son retour en France en 1800 à Bordeaux, il rassemble des groupes de jeunes, d’hommes, de femmes, qu’il forme, qu’il guide dans la vie spirituelle pour qu’ils deviennent missionnaires dans leur milieu. C’est la naissance de la « Congrégation » (de son nom complet la Congrégation de l’Immaculée), placée sous la protection de la Vierge Marie. Le Père Chaminade s’installe à la Chapelle de la Madeleine à Bordeaux. Comme certains souhaitent aller plus loin dans leur engagement, il propose en 1808 une forme de vie consacrée dans le monde, qu’il appelle « l'État ».

Ce même été 1808, il entre en relation avec Adèle de Batz de Trenquelléon (1789-1828) qui, près d’Agen (Lot-et-Garonne), a fondé une Association de prière et d’encouragement à la vie chrétienne par correspondance, très proche de l’œuvre de Bordeaux. Cette jeune femme de famille noble souhaite ardemment devenir religieuse.

Toujours à l’écoute de l’Esprit, le Père Chaminade fonde avec elle en 1816 à Agen l’Institut des Filles de Marie : un Institut religieux au service de la congrégation de laïcs. Il rédige les premières constitutions et confie à Marie-Thérèse de Lamourous, son adjointe pour la congrégation et fondatrice des sœurs de la Miséricorde de Bordeaux, le soin de guider les premiers pas du petit groupe d’Agen. Celui-ci se compose de six jeunes filles qui s’installent au « Refuge » le 25 mai 1816. Quinze jours plus tard, les nouvelles sœurs font la connaissance du Père Chaminade.

Un an plus tard, Monsieur Lalanne, congréganiste, fait part au Père Chaminade de son désir de consécration à Dieu. C’est ainsi que naît à Bordeaux le 2 octobre 1817 une nouvelle communauté de religieux : la Société de Marie, qu’on appellera bientôt les Marianistes. Sa première mission est d’être « l’homme qui ne meurt pas », afin d’accompagner les groupes de laïcs qui restent par leur baptême les premiers évangélisateurs. La Règle de vie est la même que celle des sœurs d’Agen, avec les aménagements nécessaires, en particulier à cause de la présence de prêtres. D’autres lieux de mission, notamment dans l’enseignement chrétien, naîtront très vite dans ce monde où tout est à reconstruire.

Dès la fondation, le Père Chaminade donne comme mot d'ordre missionnaire à ses disciples, les paroles mêmes de Marie aux serviteurs de Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2,5). Il a l’idée d’une certaine universalité des œuvres, et également celle de l’adaptabilité des moyens utilisés dans la mission aux besoins des temps et des lieux. Il désire pouvoir s’adresser à « toutes les classes, tous les sexes et tous les âges, mais au jeune âge et aux pauvres surtout » (Lettre du 24 août 1839).
 




Le 16 septembre 1839, le Père s’adresse au pape Grégoire XVI pour demander l’approbation des constitutions des deux Instituts, perçus comme les deux versants d’une même entité. Il conclut sa lettre ainsi : « Ces deux ordres ont pris pour nom distinctif celui de l’auguste Marie : puissent-ils la faire connaître, louer et chérir par toute la terre ! Car je suis intimement convaincu que Notre Seigneur a réservé à sa Sainte Mère la gloire d’être particulièrement le soutien de l’Église dans ces derniers temps. » 

Suite à de graves problèmes financiers engendrés par l’imprudence d’un de ses disciples, et à des comportements qu’il jugeait dénaturant la Société de Marie, le Père Chaminade subit de lourdes épreuves durant les quatre dernières années de sa vie. Son Conseil va même jusqu’à l’exclure. Mais il a la joie, avant de mourir le 22 janvier 1850 à Bordeaux, de voir son successeur et ses assistants l’entourer et se réconcilier avec lui. Sa tombe au cimetière de la Chartreuse est surmontée d’une statue de la Vierge et comporte plusieurs ex-voto de fidèles.

Le 18 octobre 1973, après une étude minutieuse des écrits et des activités du Père Chaminade, le Pape Paul VI le déclare vénérable. Le 3 septembre 2000, il est béatifié sur la place Saint-Pierre de Rome par le pape Jean-Paul II. La Famille marianiste peut ainsi le célébrer dans sa liturgie officielle sur tous les continents, partout où elle est implantée. Sa fête est le 22 janvier, jour de sa mort.




Sœur Marie Laurence Cosnard
Supérieure provinciale des religieuses marianistes


Le Père Chaminade et la Vierge Marie.


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Sources documentaires :

- Gizard Vincent, Petite Vie de Guillaume-Joseph Chaminade, fondateur de la famille Marianiste (1761-1850), Desclée de Brouwer, 1995.
- Goyau Georges, Chaminade, fondateur des Marianistes. Son action religieuse et scolaire, Bloud et Gay, 1914.
- Madueño Manuel, Suivre Jésus, fils de Marie, un parcours de spiritualité marianiste, Éd. Saint-Augustin, 2009.
- Vasey Vincent (s.m.), Guillaume-Joseph Chaminade, un nouveau portrait, Tequi, 2006.

Site internet :
http://www.marianist.org

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:07


 498 


LE BAPTÊME DE CLOVIS À REIMS MARQUE UNE ÉTAPE DÉCISIVE DE L’HISTOIRE DE FRANCE





Après des années de recherche et d’hésitations au contact de grands croyants de l’époque que furent Clotilde, Rémi, Vaast et Geneviève, c’est au sanctuaire de Saint-Martin de Tours que s’opère la conversion personnelle de Clovis au catholicisme, avant son baptême décisif par saint Rémi à Reims le 25 décembre 498. Il ne s’agit certes pas du baptême de la France à proprement parler mais ces événements marquent une étape majeure de notre histoire, un tournant qui a vite conduit, dans la logique romaine, à l’union de l’Église et de l’État.


En 481, Clovis (vers 466-511) devient à 14 ans le roi des Francs saliens, tribu païenne installée par l'empereur Constantin (272-337) et ses successeurs en Belgique seconde, l’actuelle Belgique occidentale. Clovis représente le pouvoir politique romain dans cette Province, c’est-à-dire à Reims et dans les 12 cités qui en dépendent. Tous les combats qu’il mène contre les autres peuples germaniques (les Francs rhénans ou les Alamans par exemple) attestent d’une position politique personnelle originale, puisqu’il se comporte en général romain, au service de Rome, alors que cet Empire s’est disloqué et qu’il n’y a plus d’Empereur d’Occident depuis l’an 476.

Au début de son règne, il épouse Clotilde (sainte, vers 475-vers 545, canonisée vers 560, fêtée le 4 juin), une jeune princesse burgonde d’origine estonienne et de religion catholique. Croyante convaincue, Clotilde cherche dès le début de son mariage à convertir son mari alors que d’autres de ses proches veulent qu’il choisisse l’arianisme (courant de pensée hérétique du nom d'Arius, prêtre d'Alexandrie au début du IVe siècle, visant à approfondir le dogme chrétien de la Trinité). Clovis qui s’interroge sur la religion ne s’oppose pas à ce que les deux premiers enfants que Clotilde lui donne soient baptisés dans le catholicisme ; mais ils meurent l’un après l’autre dans leur jeune âge, ce qui peut s’interpréter alors comme une punition pour avoir délaissé les dieux de sa tribu.



Citation :
Voyant que ses guerriers allaient être battus, il promet d’adopter le Dieu de Clotilde s’il sort vainqueur


Quelques années plus tard, Clovis reçoit un signe au cours de la bataille de Tolbiac (496).  Voyant que ses guerriers allaient être battus, il promet d’adopter le Dieu de Clotilde s’il sort vainqueur (cf compléments). Le cours de la bataille s’inverse : les troupes de Clovis l’emportent ! Mais après cela, il n’y a aucun signe tangible de l’engagement de Clovis dans le catholicisme. Et Clotilde, constatant que les choses n’avancent pas, s’adresse à l’évêque de Reims.

Le grand saint Rémi (vers 437-533, évêque de Reims) échange à son tour avec Clovis et lui donne une série d’arguments théologiques sur la puissance de Jésus-Christ, sans pour autant convaincre son interlocuteur toujours en recherche. C’est encore l’hésitation qui domine quand le roi prend dans son entourage un ermite d’origine germanique, Vedastus Vaast, qui deviendra saint Vaast (+ 540, évêque franc, patron d’Arras, fêté le 6 février). Ils échangent aussi sur les questions religieuses, mais les arguments de saint Vaast ne parviennent pas non plus à séduire assez Clovis pour le conduire à la conversion, pas plus que les quelques échanges qu’il eut avec sainte Geneviève (423-502 ou 512, patronne de Paris et des gendarmes).

Tout change le 11 novembre 498... Après toutes ces rencontres et ces recherches qui se soldaient par des échecs, Clovis se rend dans le sanctuaire de Saint-Martin (316 ou 317-397, évêque de Tours) à Tours. Nous apprenons grâce à un texte inspiré par sainte Geneviève, qu’en ce sanctuaire Clovis est touché par le spectacle des miracles de guérisons de maladies psychosomatiques qu’il peut voir, et qui sont décrites avec beaucoup de soin par les recueils de miracles du sanctuaire (que l’on peut retrouver dans les Monumenta Germaniae Historica). C’est probablement à la vue des guérisons constatées dans la population des mendiants et des malades rassemblés autour du tombeau de saint Martin de Tours, qu’il est définitivement convaincu de la vérité religieuse du catholicisme. Cette foi qui se traduisait par des actes, était capable de convaincre non seulement les individus mais aussi le peuple. Cela a sans doute été un argument capital car nous savons grâce à un autre texte qu’à partir de ce jour-là, Clovis promet de se convertir « sans délai ».





Dès lors, il n’y a plus d’obstacle : Clovis reçoit finalement le baptême catholique de saint Rémi, dans la cathédrale de Reims, le 25 décembre 498 (ou peut-être éventuellement en 499 : la date n’est pas absolument sûre). Clovis a mis six à huit ans à se décider : ce qui montre qu’il s’agit d’une conversion personnelle d’autant plus solide qu’elle a été longuement réfléchie. Pour Clovis, la foi catholique est une foi choisie volontairement en toute connaissance de cause, loin d’être un acte motivé par des considérations politiques.

Ce baptême était attendu depuis très longtemps.  La lettre de saint Avit nous prouve que devant Clovis se tenaient saint Rémi, mais aussi une grande série d’évêques catholiques de Gaule qui avaient pu se déplacer pour assister au baptême. Bien que nombreux, tous les évêques de cette Gaule déjà catholique n’étaient pas présents, ceux des territoires ariens, burgondes et wisigoths étant interdits de déplacement par les rois de ces provinces.

Ce baptême est celui d’une personne, le roi des Francs, accompagné de sa première sœur qui était païenne et de son autre sœur qui était arienne.  Il s’agit ici d’un événement capital qui marque la renonciation au paganisme et la renonciation à l’hérésie arienne. Nous sommes ainsi devant un acte d’une importance majeure qui a des conséquences sur le reste de la population de Gaule. Même si plusieurs territoires sont encore sous contrôle des Burgondes et des Wisigoths, comme le dit Grégoire de Tours, à partir de cet acte, tout le monde en Gaule souhaitait avec ardeur l’arrivée des Francs.

Clovis a été accompagné dans le baptême par sa garde personnelle : 3000 soldats ont ainsi été baptisés avec lui.  Ce baptême personnel dans la cathédrale de Reims (la cathédrale actuelle a été construite à partir du début du XIIIe siècle) était un choix dangereux. Comme il risquait d’être assassiné par son peuple, l’engagement de sa garde personnelle était capital ! Le reste du peuple franc n’a pas été baptisé à Reims. Les Francs se sont convertis au catholicisme de manière progressive, on retrouve la trace de certains de leurs baptêmes au VIe, VIIe et même encore au VIIIesiècle. Le roi est devenu officiellement catholique, attendant que le reste du peuple fasse de même. Il ne s’agit donc pas historiquement du baptême de la France, ce qui serait un anachronisme grossier, et lors de la célébration du 14e centenaire en 1896, une mauvaise analyse de ces questions a d’ailleurs été faite.

Il s’agit bien d’un acte de conversion personnelle et d’un acte de liberté d’un homme, comme en témoignent par des correspondances saint Avit ou saint Rémi de Reims, etc. Un acte profondément original par lequel le roi s’est opposé à son entourage pendant des années, ce qui constitue une preuve de la solidité de sa conversion. Il ne s’agissait pas d’un acte politique comme l'abjuration d'Henri IV (1553-1610) qui aurait dit : « Paris vaut bien une messe » (phrase qui aurait été dite lors des états généraux de 1593 lorsque le roi abjura le protestantisme).





Ce baptême a été un tournant, un cran définitif dans l’évolution du peuple franc : dans la logique romaine et dans l’application du droit romain, le baptême du roi impliquait que l’État devienne lui aussi chrétien, dans la perspective de l’union de l’Église et de l’État, proclamée par Théodose 1er (347-395), empereur romain, par la loi du 8 novembre 392. Clovis baptisé comme roi, déclencha dans cette logique la proclamation d’un État catholique, qui sera finalement appelé « fille aînée de l’Église », lorsque le Pape reçut Louis XII (1462-1515) au XVIe siècle. Derrière ce baptême singulier, les événements s’enchaînent et impliquent des conséquences capitales pour la France et pour l’Europe, avec la romanisation et la christianisation programmées d’un peuple d’origine germanique.




Michel Rouche
Professeur émérite d’histoire médiévale,
spécialiste du Haut Moyen Âge et de l'Antiquité


Compléments

Sources documentaires


Proposition d'engagement




Si vous êtes déjà baptisé, nous vous proposons cette semaine de prendre l’engagement de renouveler les promesses de votre baptême, que ce soit en public devant votre communauté ou en secret dans votre chambre. Nous vous proposons ainsi de dire la prière suivante ou de vous en inspirer :

« Mon Dieu, mon Créateur, mon Sauveur et mon Juge, je ratifie de bon cœur les promesses que je vous ai faîtes à mon baptême, je vous demande sincèrement pardon de les avoir si souvent violées. Je renonce de nouveau à Satan, à ses œuvres et à ses pompes, je promets de m'attacher à Jésus-Christ pour toujours, de vivre et de mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine, en professant toutes les vérités qu'elle enseigne, et en pratiquant toutes les obligations qu'elle impose. »

Si vous n’êtes pas encore baptisé, nous vous invitons à prendre des renseignements sur ce sacrement accessible à tout âge.





Proposition de formation sur la foi




La foi est l’accueil du Dieu qui se révèle en Jésus Christ, et la totale adhésion à ce qu’il nous révèle. Croire est une grâce, mais c’est aussi un acte pleinement humain, raisonnable, libre, qui apporte une lumière surabondante à l’homme en quête du sens ultime de sa vie.
Découvrez la réponse complète de Mgr Denis Biju-Duval.





Proposition de prière




Cette semaine, nous vous proposons de lire et de méditer la prière de saint Jean Eudes sur le baptême « Ô saint et sacré Contrat de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu ! », afin de mieux connaître le Christ et de vivre plus fidèles à la lumière de l'Évangile.


Prière de saint Jean Eudes sur le Baptême proposée par Cotignac 500 :


« Ô saint et sacré Contrat de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu ! »


« Le Fils de Dieu, par un excès inconcevable d'amour, a voulu nous faire entrer dans une société merveilleuse avec Lui et avec son Père, selon ces Paroles de deux grands Apôtres, saint Paul et saint Jean : « Vous avez été appelés en l'alliance du Fils de Dieu » (1Co 1,9), et « Nous sommes en société avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1Jn 1, 3). Or, c'est par le contrat que nous avons fait avec Dieu en notre baptême, que nous sommes entrés dans cette sainte Alliance. Alliance la plus noble, la plus étroite et la plus avantageuse qui puisse être. Alliance non pas seulement d'un ami avec son ami, d'un frère avec son frère, d'une épouse avec son époux ; mais d'un membre avec son Chef, qui est la plus intime de toutes les alliances. Alliance et union si excellentes, que l'union des sarments avec le cep de la vigne, de la greffe avec l'arbre sur lequel elle est entrée, et des membres d'un corps humain avec leur tête, n'est que l'ombre et la figure.
Ô alliance admirable !
Ô grandeur très sublime de la religion chrétienne !
Ô sainteté, ô dignité inexplicable du baptême !
Ô saint et sacré Contrat de Dieu avec l'homme et de l'homme avec Dieu !
Ô incompréhensible bonté de Dieu !
Ô inconcevable bonheur de l'homme !
Oh ! Combien l'homme est-il relevé et glorifié par cette Alliance ! Amen. »


Prions : Dieu qui a choisi le prêtre saint Jean Eudes pour qu'il annonce l'incomparable richesse du Christ, accorde-nous de suivre son exemple et ses enseignements, afin de mieux le connaître et de vivre plus fidèles à la lumière de l'Évangile. Par Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:11


 397 


SAINT MARTIN, UN HOMME DE FEU AU SERVICE DE L’ÉVANGÉLISATION





Tout le monde connaît saint Martin de Tours (vers 316-397), ce soldat de l’Empire romain qui a donné la moitié de son manteau à un pauvre et qui est devenu l’un des patrons de la France. En 2016, la coïncidence du jubilé de la miséricorde et du 1700e anniversaire de la naissance présumée de saint Martin sur le territoire de l’actuelle Hongrie nous invite à redécouvrir cette grande figure de sainteté et sa postérité spirituelle dans la lumière de la miséricorde divine. Un tel rapprochement n’est pas artificiel, puisqu’en Orient saint Martin est désigné comme « le Miséricordieux ».


Une année anniversaire. Cette année est aussi l’occasion de célébrer le 40e anniversaire de la communauté Saint-Martin. Fondée en 1976 par Mgr Jean-François Guérin, il s’agit d’une association cléricale de droit Pontifical, au service des évêques et de leurs diocèses pour exercer le ministère en communauté. Cette association de prêtres et de diacres séculiers s’efforce de vivre l’idéal de saint Martin pour le service pastoral des diocèses.

Sens du Jubilé. La démarche jubilaire ne relève pas d’une nostalgie du passé ou d’une vaine curiosité historique, mais d’un intérêt spirituel et apostolique. La mémoire chrétienne n’entend pas reconstruire l’histoire. Elle s’actualise donc sans cesse, puisant dans l’exemple de la vie des saints la conviction que tout baptisé est appelé à la sainteté selon sa grâce propre.





Un homme de caractère.  Faire mémoire de la naissance de saint Martin, c’est évoquer une destinée humaine, d’un soldat intrépide acceptant de déposer les armes de l’Empire pour endosser les armes de la lumière : le glaive de la Parole s’est substitué au sabre militaire. Sulpice Sévère, son disciple et biographe, écrit : « Tout en lui, son caractère, ses propos et sa conduite, sa religion même sont d’un soldat. Avec une fermeté parfaite, il restait semblable à celui qu’il avait été auparavant. » Martin est un homme au caractère trempé assumant avec courage et persévérance ses responsabilités. Sa formation militaire le prépare à mener toutes sortes de combats spirituels : contre Satan, contre les cultes idolâtriques et contre les hérésies insidieuses. Une lettre à Bassula (belle-mère de Sulpice Sévère) rapporte cette prière : « C’est un lourd combat que nous menons, Seigneur… En voilà assez des batailles que j’ai livrées jusqu’à ce jour. Mais si tu m’enjoins de rester en faction devant ton camp pour continuer, je ne me dérobe pas… Tant que tu m’en donneras l’ordre, je servirai sous tes enseignes. Mon courage demeure victorieux des années et ne sait point céder à la vieillesse. » Je ne me dérobe pas ! Telle est la vérité et la virilité de Martin tout au long de sa vie terrestre, jusqu’à son trépas où dans une ultime prière il s’adresse à Dieu en ces termes : « Je ne refuse pas le travail. Que ta volonté soit faite. »

Un moine missionnaire saisi par l’amour du Christ. En évoquant la vie de saint Martin, nous nous approchons aussi d’un chrétien irrésistiblement attiré par le feu d’amour qui habite le Cœur du Christ. Le secret de Martin se trouve dans ce « buisson ardent » qui illumine son existence sans la consumer, qui la marque au fer rouge, la conquiert et la conforme à celle de Jésus-Christ, vérité définitive de sa vie. C’est son rapport au Seigneur qui le garde et le préserve, le rendant étranger aux gloires humaines. L’amitié avec le Seigneur le pousse à embrasser la vie avec la confiance du croyant sachant que ce qui est impossible à l’homme l’est pour Dieu. Martin est un homme brûlé intérieurement par le feu de l’Esprit.





Un évangélisateur au service des pauvres. Cette flamme d’amour l’anime intérieurement pendant ces temps de solitude à Ligugé ou à Marmoutier où il est habité par un immense désir de Dieu. « Les yeux et les mains toujours tendus vers le ciel, l’âme invincible, il priait sans relâche » (Lettre à Bassula). Cette vive flamme rayonne de son ermitage et éclaire les chrétiens et les païens auxquels il annonce l’Evangile, comme un débordement de son cœur. Il évangélise par contagion d’amour. Sa solitude avec Dieu, telle une terre fertile, ne l’isole pas, mais engendre en lui une profonde communion avec tous et une réelle compassion envers les pauvres. Cette vive flamme réchauffe les pauvres tant à Amiens qu’à Tours par sa tendre charité : « Il n’y avait que le Christ sur ses lèvres, que la bonté, la paix, la miséricorde en son cœur. Qui donc fut affligé sans qu’il fût affligé aussi ? Qui a péri qu’il n’en ait gémi ? » (Lettre à Bassula).

La charité sacerdotale de Martin reste un très beau symbole. « Ce jour-là, raconte Sulpice Sévère dans sa Vita Martini, fut troublée la solitude du Bienheureux Martin. » Avant même son arrivée à la sacristie, Martin rencontre un pauvre. Il demande à son archidiacre de faire le nécessaire, mais « le pauvre en question, voyant que l’archidiacre tardait à lui donner une tunique, fit irruption dans la sacristie ». Martin va donc donner son vêtement. En réalité, le trouble n’atteint guère le saint évêque. À la différence de l’archidiacre, c’est « sans nullement s’émouvoir » que Martin perçoit cet événement. Il rencontre Dieu dans la personne du pauvre. Ayant donné son propre vêtement, c’est en pauvre que Martin s’avance dans l’église pour offrir le sacrifice à Dieu. À la différence de l’acte de charité accompli à la porte d’Amiens (le demi-manteau offert au pauvre), Martin n’aide plus seulement le démuni ; il le rejoint dans son dénuement. Il ne se contente pas de vêtir le Christ de son manteau, il l’imite et le suit dans le dépouillement de la Croix. Sulpice Sévère rapporte l’apparition d’un globe de feu jaillissant alors de la tête du saint « avec un rayonnement lumineux, comme une très longue chevelure de flammes », signe de sa grande charité pastorale.

Le manteau partagé d’Amiens le poursuit tout au long de sa vie, devenant le manteau de foi et de charité dont l’évêque de Tours recouvre son pays.

Un apôtre visionnaire.  Apôtre des campagnes gallo-romaines, saint Martin exhale un parfum nouveau. Moine, évêque et missionnaire itinérant dans une société en transition, Martin est animé d’un tel zèle qu’il devient un modèle pastoral. Dans une ère de grands changements, il est inventif. Tandis que l’Empire romain sombre, l’Occident naissant est progressivement pris en charge par une Église qui, aujourd’hui encore, doit affronter une mutation socio-culturelle majeure.



Citation :
Il vit, comme saint Paul, l’Apôtre des nations, un ministère itinérant au service du Christ


Le partage de la vie contemplative et évangélisatrice.  L’inventivité pastorale de Martin repose sur un socle simple mais pertinent : une vie évangélique des clercs servant d’animation villageoise, future modèle des paroisses actuelles. Martin a une intuition : l’Évangile est à la croisée de tous les chemins. Rien ne lui est plus étranger que l’esprit de clocher. Il vit, comme saint Paul, l’Apôtre des nations, un ministère itinérant au service du Christ. Chacune de ses expéditions évoque un « raid apostolique ». Sa force d’action rapide, pour employer la terminologie militaire, c’est une troupe de moines avec qui il partage la vie contemplative. La force du témoignage en est certainement hier comme aujourd’hui la clef de voûte : « L'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins » (Paul VI, encyclique Evangelii Nuntiandi, 41). Martin, devenu évêque, garde l’âme contemplative et missionnaire. Il est convaincu que tout ministre ordonné doit être un « spécialiste de la promotion de la rencontre de l'homme avec Dieu... expert dans la vie spirituelle » (Benoit XVI, Homélie à la cathédrale Saint-Jean de Varsovie, 25 mai 2006). Ce monachisme apostolique, substitut du martyr lorsque cessent les persécutions, rappelle au chrétien qu’il doit attester son attachement à la vérité par toute sa personne et le don de sa vie.

La charité jusqu’au bout. Enfin, la flamme de l’Esprit habitant le cœur de saint Martin irradie avec tendresse et fermeté ses frères de communauté. On le constate à Candes-Saint-Martin (Indre-et-Loire), lorsque déjà très âgé, il réconcilie ses frères divisés au prix de sa propre vie. Pour lui, la charité est sans prix. Martin connaît sa pauvreté. Il sait qu’il ne peut rien sans l’Esprit, qu’il n’est rien sans l’élan d’amour du Père et du Fils. Il est conscient qu’il reçoit tout de Dieu et que sa fécondité apostolique consiste à se laisser guider par l’Esprit, feu divin. Il sait que l’amour est tout. Il ne cherche pas d’assurances terrestres ou de titres honorifiques poussant à placer l’homme avant Dieu ; dans sa vie « humble et pauvre », il ne demande pour lui-même rien hormis ses besoins réels, et ne recherche jamais l’attachement des personnes qui lui sont confiées. Son style de vie, simple et essentiel, toujours disponible, le rend crédible aux yeux de tous et proche des humbles, dans une charité pastorale rendant libre et attentif aux autres. Serviteur de la vie, il marche au pas des pauvres ; il s’enrichit de leur fréquentation. C’est un homme de paix et de réconciliation, un signe et un instrument de la miséricorde de Dieu, attentif à diffuser le bien avec passion et compassion. Cet « homme de Dieu » – comme l’appelle Sulpice Sévère – n’est-il pas d’une brûlante actualité ?





Don Paul Préaux
Modérateur général de la communauté
Saint-Martin


Compléments

Sources documentaires


Proposition d'engagement





Je participe à la réconciliation de mes frères


En cette année de la miséricorde et à l’image de saint Martin qui a participé à la réconciliation de ses frères, je récite une neuvaine pour la réconciliation de…




Proposition de formation sur la foi





Que dit la Doctrine sociale de l'Église ?


La Doctrine sociale de l’Église (DSE) est un trésor bien trop méconnu, qui propose une vision réfléchie de la société ainsi que des objectifs, des principes, des valeurs et des réflexions indispensables pour la mettre réellement au service de la personne humaine.

Découvrez la réponse complète de Joel Thoraval.





Proposition de prière




Ensemble, récitons la prière du pèlerin pour « l’Année Saint Martin 2016 ».
« Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. »




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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:15


 1652 


NOTRE-DAME DE LAGHET : « CŒUR SPIRITUEL » DE L'ÉGLISE DE NICE





Dans un vallon calme, proche du littoral, entre Nice et Monaco, se dresse un éperon rocheux : « Laghet »  (« le lieu aigu », ou plus probablement « le petit point d’eau ») : c'est là que Marie a fait sentir la puissance de son intercession auprès de son Fils au XVIIe siècle.


La résurrection d’un lieu. Depuis au moins le XVe siècle, une petite chapelle existait déjà dans le village de Laghet, mais elle était tombée en ruine. Un prêtre de la paroisse d'Èze (Alpes-Maritimes) qui desservait le village de la Trinité (à 6,5km de Laghet), Don Jacques Fighiera, la fait réparer à ses frais vers 1629.
Les gens du voisinage viennent y prier. La famille Fighiera possède alors une belle statue en bois polychrome de la Vierge Marie avec l'Enfant Jésus tenant le livre des évangiles, sculptée dans un tronc de sorbier par un artiste parisien : Pierre Moïse. Un peintre local, Jean Rocca, la décore d'une robe couleur pourpre et d'un manteau bleu ciel semé d'étoiles.
Don Jacques Fighiera la fait porter en procession à Laghet par les pénitents blancs d'Èze le 24 juin 1652.
Aujourd'hui encore, les paroissiens d'Èze viennent en pèlerinage à Laghet, à pied ou en voiture, le dimanche le plus proche du 24 juin.  


Les « prodiges » de Laghet. En 1652, plusieurs « prodiges » ont lieu : Hyacinthe Casanova, habitant de Monaco atteint de la lèpre, il est guéri en invoquant Notre-Dame de Laghet ; Gian Gôme, monégasque elle aussi, effectue une neuvaine de visites à Laghet les jours de fête pour obtenir la libération de son fils enlevé par les pirates barbaresques et réduit en esclavage en Afrique du Nord : son fils revient ! Marie Aicard, une habitante de la Turbie (Alpes-Maritimes), est très perturbée, épileptique, possédée du démon. Quand Don Fighiera prie pour elle à Laghet, la voilà délivrée.




La reconnaissance officielle du culte à Notre-Dame de Laghet. Le bruit de ces « prodiges » s'étant répandu, les pèlerins affluent de toute la région niçoise, de la principauté de Monaco, de la Ligurie (république de Gênes) et de la Provence.
La duchesse de Savoie, Christine de France (fille du roi Henri IV et sœur de Louis XIII), régente pour son fils mineur Charles-Emmanuel II, est informée et décide de faire des dons au sanctuaire.
L'évêque de Nice, Mgr Didier de Palletis, appliquant les décisions du concile de Trente, ordonne une enquête sur les événements de Laghet. Une commission composée du vicaire général, de religieux théologiens, d'un médecin et d'un notaire examine les récits des témoins et les attestations des guérisons.
Vingt-deux miracles sont reconnus ; l'évêque approuve officiellement le culte à Notre-Dame de Laghet le 26 décembre 1653.


Les Niçois et Laghet. À l’époque, la ville de Nice décide de placer une statue de Notre-Dame de Laghet sur chaque porte de la cité et s'associe avec enthousiasme au premier pèlerinage officiel présidé par l'évêque (avril 1654).
Tous : évêque, clergé, autorités, confréries de pénitents et peuple chrétien, montent à pied à Laghet parcourant ensemble les 15 km qui les séparent du sanctuaire.
Les consuls offrent 100 écus d'or pour apporter l'eau d'une source à la fontaine installée sur la place du sanctuaire, comme en témoigne une belle inscription latine.
Le sanctuaire est ainsi le témoin de l'histoire du comté de Nice, qui a fait partie des États de Savoie de 1388 à 1860, mais qui a souvent été envahi par les Français, les Espagnols ou les Autrichiens lors des guerres entre la France et la maison d'Autriche, pendant lesquelles les États de Savoie étaient alliés à l'une ou à l'autre...
Les inscriptions mentionnant les indulgences accordées par les évêques de Nice dans le cloître sont écrites en italien avant 1860 (langue officielle, alors que les habitants parlaient niçois), en français depuis.
 




L’aménagement de l’église. Au milieu du XVIIe siècle, l'évêque décide la construction d'une église plus grande pour accueillir des fidèles toujours plus nombreux. Grâce aux dons qui affluent, le bâtiment est construit en peu de temps et inauguré le 21 novembre 1656. Il est bâti dans le même style baroque « nisso-ligure » que les églises niçoises contemporaines : l'église du Gesù, la cathédrale Sainte-Réparate, l'église de l'Escarène…
Dans le contexte de la Contre-Réforme, nos yeux sont guidés vers le retable du chœur, lieu où l'univers céleste (évoqué par les anges qui peuplent les voûtes et les arcs) rejoint le monde terrestre. Au centre du retable, Notre-Dame nous présente Jésus qui tient le livre des évangiles, avec l'inscription (en latin) : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (allusion à la parole du Christ au sujet de la loi divine, selon Matthieu V, 17).
Surtout, elle nous invite à regarder vers le tabernacle, au centre, lieu de la Présence réelle du Christ ressuscité.
L'Esprit-Saint en gloire a été disposé en 1964 au-dessus de la statue de Notre-Dame, en lieu et place d'une figure du Père céleste, peu conforme à la tradition iconographique chrétienne.





La présence des Pères Carmes.  Pour desservir le nouveau sanctuaire, Mgr Provana de Leyni, évêque de Nice et ancien provincial des Carmes, fait venir de Turin des Carmes déchaux (carmes réformés par sainte Thèrèse d'Avila et saint Jean de la Croix) en 1674. Pendant plus de deux siècles (jusqu'en 1903), les Pères Carmes vont animer ce lieu.
L'église est dédiée à Notre Dame du Mont Carmel (dont la fête patronale est le 16 juillet), un autel latéral est dédié à sainte Thérèse d'Avila et l'autre à saint Joseph pour qui le Carmel a une grande dévotion.
Le 15 octobre, a lieu le grand pèlerinage d'automne. L'emblème du Carmel (une montagne stylisée surmontée d'une croix avec trois étoiles, représentant les trois vertus théologales : foi, espérance et charité, ou les trois vœux monastiques : chasteté, pauvreté, obéissance) se retrouve sur l'autel majeur, dans le cloître et dans l'ancienne salle capitulaire (devenue salle de réfectoire).
Le vitrail au-dessus du chœur représente saint Simon Stock recevant le scapulaire des mains de la Vierge Marie le 16 juillet 1251.
 

L’histoire de France conditionne l’histoire de Laghet. La Révolution française a causé de grands dommages au sanctuaire. Comme les Pères Carmes avaient fui avant l'arrivée des soldats en 1792, c'est un employé du sanctuaire, Denis Lanteri, fils d'un berger de Tende et marié avec une fille de la Turbie, qui sauve la statue de la Vierge du pillage en la cachant dans sa maison pendant les années de la Terreur. En 1796 ou 1797, la statue est ramenée triomphalement à Laghet et le culte peut reprendre au sanctuaire avec des prêtres diocésains. En 1814, le congrès de Vienne rend le comté de Nice à la maison de Savoie (royaume de Piémont-Sardaigne) et les Pères Carmes reviennent deux ans plus tard.  
En 1855, le Piémont gouverné par le ministre Cavour adopte une politique anticléricale. La « loi d'incamération », qui retirait la personnalité juridique aux congrégations ne présentant pas d’utilité sociale, confisque les biens des ordres religieux au profit de l'État piémontais. Les Carmes peuvent rester sur place à titre précaire, mais le sanctuaire devient propriété de l'État piémontais.      
       
En 1860, le comté de Nice est réuni à la France, en récompense de son rôle dans l’unité italienne,  après un vote largement positif de la population. Mgr Sola, évêque de Nice, avait conseillé de voter « oui », ce qui lui vaudra la Légion d'honneur remise par Napoléon III lors de sa visite à Nice. Le sanctuaire devient propriété de l'État français. Des manœuvres visent à faire partir les Pères Carmes piémontais qui sont alors remplacés par des Carmes français... Il faudra l'intervention de Rome pour obliger un chanoine niçois qui avait racheté les bâtiments à l'État dans une vente aux enchères à les restituer aux Pères Carmes. Mais l'interdiction des congrégations religieuses « non reconnues » par le gouvernement anticlérical d’Émile Combes conduit à l'expulsion des Pères Carmes et à la fermeture du sanctuaire en 1903. Peu de temps auparavant, la statue de Notre-Dame de Laghet, dite aussi Notre-Dame des Prodiges, était cependant couronnée le 19 avril 1900 par Mgr Lecot, cardinal archevêque de Bordeaux.  
Le chanoine Dalbera, originaire de Cantaron (Alpes-Maritimes), organise une souscription pour racheter à l'État le monastère confisqué. Mgr Chapon, évêque de Nice, érige Laghet en paroisse et obtient  la réouverture de l'église pour le culte en 1907. Il installe un petit séminaire. Plusieurs anciens élèves, mobilisés en 1914, meurent au « champ d'honneur » : leurs noms sont inscrits sur le monument aux morts dans le cloître, à côté de ceux des habitants de Laghet. Mgr Rémond transfère le petit séminaire à Cannes en 1930, le sanctuaire devient un lieu de retraites spirituelles et continue d'accueillir les pèlerins. Après les fêtes du tricentenaire en 1952, l’église est restaurée à partir de 1964 par son recteur, le Père Pierre Silvy.


Le fonctionnement du sanctuaire aujourd’hui. En 1978, le diocèse appelle les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre.
À Laghet, elles chantent les offices de la Liturgie des Heures et se relaient pour l'adoration eucharistique et le chapelet de l'après-midi.
Elles assurent aussi l'accueil des pèlerins, l'hôtellerie et la restauration, en collaboration avec les prêtres et sous l'autorité du recteur nommé par l'évêque. Le sanctuaire organise également des rassemblements diocésains, des rencontres des prêtres avec l'évêque, des recollections et des sessions ; il accueille des groupes de jeunes (retraites de communion ou de confirmation) ou des scouts qui peuvent camper dans le vallon, etc.
Il y a toujours un prêtre au bureau d'accueil pour confesser, bénir médailles et chapelets, recevoir les confidences, répondre aux questions...
Les croyants continuent à apporter des ex-voto, témoigner des grâces reçues et certains demandent à se préparer au baptême ou à la confirmation.
Le séminaire diocésain, rouvert par Mgr Bonfils, y a fonctionné de 2002 à 2013 avec le Père Gautheron puis le Père Ruiz comme supérieurs.
Une vingtaine de prêtres de Nice et de Monaco y ont été formés (ainsi qu'un de Vintimille).
Depuis 2013, les séminaristes sont à Aix-en-Provence.  
Aujourd’hui, l'État est toujours propriétaire de l'église et du cloître, classés monuments historiques.
Dans les années 1980, les bâtiments sont restaurés grâce à l'action des Pères Silvy et Lanza, recteurs, avec l'aide de la ville de Nice, de la principauté de Monaco et des collectivités locales.
L'esplanade est couverte par une tente métallique (architecte : Bernard Camous).
Les chandeliers et les pupitres de la chapelle ont été réalisés par Jean-Pierre Augier, artiste établi à Levens.
La DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) a restauré récemment le cloître. Les bâtiments qui entourent l'église et le domaine sont propriété de l'association diocésaine de Nice.





Qui sont les pèlerins à Laghet ? Ils sont plus de 100 000 par an, et viennent de la région niçoise, de la principauté de Monaco, de l'Italie voisine (diocèses de Vintimille San Remo et d'Albenga - Imperia) et même de Gênes. Saint François-Marie de Camporosso (1804-1866), Frère capucin très populaire à Gênes, avait été guéri enfant grâce à Notre-Dame de Laghet et portait toujours sur lui une image de Notre-Dame de Laghet qu'il faisait embrasser lorsqu'il parcourait les rues de Gênes et les quais du port, comme Frère quêteur. En 1866, le choléra s'étant déclaré à Gênes, il offrit sa vie. Après sa mort le 17 septembre, l'épidémie cessa aussitôt. Notons aussi que le pape saint Jean XXIII, alors nonce apostolique en France, présida les célébrations des 300 ans de Laghet en 1952.

Le sanctuaire est ainsi un lieu de rencontres entre Français, Italiens et Monégasques, mais accueille aussi des pèlerins venus de partout... Notre Dame continue à y faire sentir la tendresse de Dieu pour tous ceux qui s'adressent à elle, et qu'elle adresse à son divin Fils.




Père Jean-Marie Tschann
Recteur du sanctuaire de
Notre-Dame de Laghet


Compléments

Sources documentaires


Proposition d'engagement pour la semaine du Père Jean-Marie Tschann :





Priez au moins une dizaine de chapelet tous les jours


Cette semaine, nous vous proposons de prier au moins une dizaine de chapelet tous les jours : pour les vocations sacerdotales et religieuses, pour les chrétiens d'Orient, pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde, pour les victimes du terrorisme et tous ceux qui souffrent. Prions aussi pour la France et l'avenir de la planète : que les États mettent en pratique les décisions de la Conférence de Paris pour limiter le réchauffement climatique...


Proposition de formation sur la foi





Quelles sont les étapes de la vie mystique selon sainte Thérèse d’Avila ?


Pour que nous nous ouvrions à sa présence qui nous habite et veut nous révéler notre vrai désir – aimer – Dieu nous conduit à travers l’expérience de sept traversées successives où il nous rend progressivement plus libres pour aimer et communier à son désir de sauver tous les hommes.

Découvrez la réponse complète du Père Denis Marie Ghesquières.





Proposition de prière




Voici une prière mariale à Notre Dame de Laghet, récitée par ceux qui ont l’espoir d’obtenir la guérison ou le réconfort après une maladie ou un accident de la vie.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:19


 1884 


MONTLIGEON : LIEU D’ESPÉRANCE CHRÉTIENNE EN LA VIE ÉTERNELLE





Né vers la fin du XIXe siècle grâce à la détermination d’un jeune curé de paroisse, le sanctuaire marial de Montligeon (Normandie) a aujourd’hui encore la vocation d’accueillir les pèlerins qui souhaitent prier pour les défunts et pour tous ceux qui souffrent dans leur travail.


La naissance de l’œuvre de Montligeon. Le sanctuaire de Notre-Dame de Montligeon a une histoire qui s’ancre dans le double désir d’un jeune curé de paroisse de la fin du XIXe siècle.
En pleine Révolution industrielle, sévit l’exode rural : beaucoup de villageois choisissent de quitter leur petit village de la Chapelle-Montligeon (Orne) pour chercher du travail en ville.
L’Abbé Paul Buguet (1843-1918) cherche alors à les « retenir », en créant tour à tour plusieurs manufactures, mais sans succès. Jusqu’au jour où il fonde une imprimerie, au service d’un deuxième désir qui le presse depuis si longtemps : prier et faire prier pour les défunts, en particulier les âmes du Purgatoire les plus abandonnées.
L’abbé a une grande dévotion à la Vierge Marie, et une grande confiance en son intercession puissante pour les agonisants et les âmes du Purgatoire. Selon lui, c’est du « donnant-donnant » : en faisant prier pour ces âmes, leur intercession reconnaissante aidera à favoriser l’emploi local. Nous sommes ainsi au cœur de la communion des saints, où les liens invisibles entre l’Église de la Terre et celle du Ciel interagissent.
Le 4 octobre 1884, Mgr François-Marie Trégaro, évêque de Séez, donne son approbation à la fondation d'une association : l’œuvre de Montligeon est née !





La création de « l’Œuvre Expiatoire pour la délivrance des âmes délaissées du Purgatoire ».  Appelée aujourd’hui « Fraternité Notre-Dame de Montligeon », cette œuvre donne la possibilité d’inscrire un vivant ou un défunt à la « messe perpétuelle », célébrée quotidiennement au sanctuaire et dans d’autres endroits du monde entier.
Rapidement, elle prend un essor considérable. Grâce aux nombreux voyages à l’étranger de l’abbé Buguet, le sanctuaire devient en effet le centre de pèlerinages mondiaux en faveur de la prière pour les défunts. Pour ne pas perdre le contact avec ses fidèles, l’abbé a aussi l’idée de faire imprimer des tracts et des images dans l’imprimerie qu’il a fondée pour l’occasion.
En 1893, le Pape Léon XIII l’érige en archiconfrérie et, en 1895, il lui accorde le titre-privilège d’« Archiconfrérie Prima-Primaria », ce qui fait d’elle l’œuvre Mère de toutes les associations dédiées aux âmes du Purgatoire.
Dès 1892, l’afflux de pèlerins, que ne peut plus contenir l’église paroissiale Saint-Pierre datant de la Renaissance, est à l’origine de la construction d’un édifice plus grand, Notre-Dame de Montligeon, consacrée le 28 août 1928 et érigée en basilique mineure par le pape Pie XI le lendemain.
 




L’accueil des pèlerins. Aujourd’hui, la dimension d’accueil a été largement développée au sanctuaire de Montligeon par les recteurs successifs. Plusieurs groupes rejoignent fréquemment le sanctuaire, afin de confier leurs défunts à la miséricorde de Dieu, par l’intercession de Notre-Dame Libératrice, vocable sous lequel la Vierge Marie est invoquée.
Les pèlerinages sont particulièrement importants en novembre, mois traditionnellement consacré au souvenir des défunts.
Parmi les groupes à venir, nombreux sont les jeunes en vue de leur préparation à la profession de foi ou à la confirmation, des « équipes-deuil » de diocèses différents, ou des pèlerins venant parfois de très loin.
Le sanctuaire a alors une mission de rappel de l’espérance chrétienne en la vie éternelle.
Sont aussi accueillies des personnes individuelles, qui, pour plusieurs d’entre elles, traversent un deuil. Il leur est possible de se joindre à la liturgie du sanctuaire (offices, messes, chapelets, adoration, confessions) et de rencontrer un prêtre (membre de la communauté Saint-Martin) ou une sœur (membre de la Nouvelle-Alliance).  





Un lieu d’espérance en la vie éternelle.  Ce sanctuaire spécialement consacré à la prière pour les défunts est bien un lieu de grâce et de réconfort. Notre monde d’aujourd’hui renie hélas bien souvent les réalités de l’Au-Delà, alors que le cœur de notre foi est bien cette résurrection du Christ, gage de la nôtre : « Si le Christ n’est pas Ressuscité, vaine est notre foi ! » (1 Corinthiens XV, 14). Telle est notre espérance, telle est notre joie ! N’oublions jamais de prier pour tous nos défunts, ils ont besoin de notre aide !    

La vocation sociale du sanctuaire.  Pour terminer, mentionnons la dimension sociale concernant le travail que le sanctuaire essaie de poursuivre, en s’inscrivant dans le souci que l’Abbé Buguet avait en cherchant à donner du travail à ses villageois.
L’imprimerie fondée par l’Abbé n’existe plus, mais les locaux demeurent au sein du sanctuaire.
Ils servent aujourd’hui pour une partie à accueillir des artisans qui s’engagent à travailler avec un esprit de charité, en s’aidant les uns les autres. Ces travailleurs sont accompagnés par un chapelain du sanctuaire qui leur rappelle l’éclairage de la foi chrétienne sur la valeur et le sens du travail, vu comme une participation à l’œuvre de Dieu.
En parallèle, le sanctuaire de Montligeon propose des formations de doctrine sociale de l’Église, ainsi que l’accompagnement de mères de famille dans la valorisation de leur travail souvent peu reconnu.  
Ainsi, prier pour les défunts, et pour tous ceux qui souffrent dans leur travail, telle est la mission de ce sanctuaire normand de Montligeon. Belle mission, vaste mission !




Don Alban Dyèvre
Chapelain du sanctuaire de Montligeon


Compléments

Sources documentaires


Proposition d'engagement pour la semaine de Don Alban Dyèvre :





Je passe une Porte Sainte pour une âme du Purgatoire


L’Église nous donne la possibilité, pendant cette année jubilaire de la Miséricorde, de franchir une Porte Sainte pour un vivant (soi-même) ou pour un défunt. Cette semaine, nous vous proposons de passer une Porte Sainte afin d’implorer la Miséricorde du Seigneur pour une âme du Purgatoire en particulier, afin qu’elle soit complètement purifiée de tous les péchés qui auraient pu se trouver en elle au moment de la mort.


Proposition de formation sur la foi





Jésus est-il vraiment ressuscité ?


Sans la Résurrection du Christ, la naissance de l’Église est inexplicable pour l’historien. Aucune hypothèse ne parvient à justifier le changement radical qui s’opère chez les disciples désespérés après la mort de leur maître ni la constance du témoignage qu’ils donneront jusqu’à la mort.

Découvrez la réponse complète de Bernard Legras.





Proposition de prière




Pour tous nos frères et sœurs qui se sont endormis dans l’espérance de la vie éternelle, nous vous proposons cette semaine de réciter avec nous la prière suivante à Notre-Dame Libératrice.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:34


 1008 


Notre Dame du Saint-Cordon, plus de 1000 ans de grâces





Depuis plus de 1000 ans, Notre Dame du Saint-Cordon est vénérée à Valenciennes (Hauts-de-France) comme protectrice de la ville qu’elle a sauvée à plusieurs reprises de terribles épidémies.


Le temps des épreuves.En l'an 1008, une terrible peste vient éprouver Valenciennes (département du Nord).
La ville perd en quelques jours 7 000 à 8 000 de ses habitants.
Aucune famille n’est épargnée. L'effroi se répand dans la cité.
Nuit et jour, la chapelle de Neufbourg que Charlemagne venu à Valenciennes avait dédiée à Marie ainsi que d’autres églises se remplissent de priants. Ils supplient la mère de Dieu de se souvenir que la miséricorde est le plus beau fleuron de sa couronne.


L’ermite Bertholin. Un peu à l’extérieur, au sud de la ville, vit un saint ermite à qui la tradition donne le nom de Bertholin. Il habite une pauvre cabane bâtie près d’une fontaine qui a depuis pris le nom de Notre-Dame de Fontenelle.
Cet ermite voue sa vie à la méditation et passe de longues heures au pied de la statue de Marie, pour laquelle il a une dévotion toute filiale. Sa sainteté attire souvent à lui de nombreux visiteurs venus de la ville. Devant les malheurs des Valenciennois, il redouble de prières, ouvrant plus grand encore son cœur à la Vierge Marie. Celle-ci lui apparaît alors et lui dit : « Va trouver mon peuple de Valenciennes. La nuit qui précédera la fête de ma nativité, mon peuple saura que ses vœux seront exaucés. Que les habitants se rendent alors sur les murailles de la ville, là ils y verront des merveilles. »
Nous sommes le dernier jour du mois d’août de l’an 1008. Le saint ermite s’adresse alors au comte Herman, Haute Autorité de la cité, et lui fait part de la promesse de Marie. Quand les habitants apprennent cette nouvelle, ils prient plus encore.


L’apparition de la Vierge Marie. Le 7 septembre 1008, à la tombée de la nuit, le comte, le magistrat et une foule considérable se pressent ainsi sur les remparts de la ville, les yeux fixés vers le ciel.
Soudain, les ténèbres font place à la lumière ; et au milieu de celle-ci, devant plus de 15 000 témoins, apparaît, immobile au-dessus de la chapelle bâtie par Charlemagne, une Reine entourée d’une auréole aussi étincelante que douce, accompagnée d’anges.
Elle tient à la main un immense cordon écarlate. Un ange en prend une extrémité et fait le tour de la ville dans la circonférence de deux lieues, en laissant tomber sur son passage le précieux cordon qui bientôt environne la cité comme une ceinture protectrice.
Le circuit terminé, la vision s’évanouit. À cet instant même, la contagion cesse et ceux qui étaient atteints par la peste furent guéris.





Le Saint-Cordon. En reconnaissance pour l’immense bienfait reçu, au nom et avec la population de Valenciennes, les autorités de la cité s’engagent par vœu à suivre chaque année le tracé du Saint-Cordon en une procession le 8 septembre ou le deuxième dimanche de septembre.
Et depuis maintenant plus de dix siècles, les Valenciennois n’ont jamais manqué à cet engagement de « faire le Tour du Saint-Cordon » (aujourd’hui 17 km), suivi d’une neuvaine de prières.
En 1292, la municipalité offre même un cierge de 600 livres pour remercier Marie de ses grâces renouvelées. La continuité d’un pèlerinage sur une telle période est unique dans l’histoire de la chrétienté.


1000 ans de fierté locale. Dès cette époque et de génération en génération depuis 1 000 ans, une confrérie dite des « Royés de Notre-Dame du Saint-Cordon » est la gardienne de cette « fierté de Valenciennes ». Elle continue d’assurer et d’entourer toujours d'une grande solennité cette manifestation, même dans les circonstances les plus critiques qui ont jalonné l’histoire de la ville nordique.  

Les grâces répétées de la Vierge Marie. Sensible aux témoignages de confiance et de piété du peuple de Valenciennes, la Vierge du Saint-Cordon ne cessa d’y répondre, continuant d’intercéder pour les fidèles qui l’invoquent isolément ou pour la population entière. Vingt-cinq fois, relatent les chroniqueurs, Marie sembla jeter encore autour de la cité valenciennoise « comme un Cordon protecteur devant lequel tout mal contagieux s’éloignait à vue d’œil » ; notamment en 1291, 1515, 1555, 1665, quand les épidémies sévirent avec violence. Une invasion est également évitée en 1477. Ces dates mémorables demeurent inscrites dans les annales, mais sont aussi gravées dans les cœurs reconnaissants des Valenciennois.  

La tourmente révolutionnaire. Malheureusement, la Révolution est très agitée à Valenciennes. En 1794, de nombreux prêtres et religieux sont arrêtés, tandis que douze religieuses du couvent des Ursulines sont guillotinées en octobre (elles seront béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV, leur fête est le 23 octobre) ; les églises de la ville sont pillées.
Qu’advint-il du Saint-Cordon ? Aucun des Valenciennois survivant à la tourmente de 1793 n’a jamais affirmé l’avoir vu détruire, ni même savoir ce qu’il est devenu.
On présume qu’un religieux l’aurait soigneusement caché afin de le soustraire à une profanation, et qu’il serait mort en gardant le secret. D’aucuns pensent qu’il est toujours dans le sous-sol valenciennois…



Citation :
Leur confiance s’est montrée digne de la foi de leurs ancêtres, et Marie les a de nouveau comblés de sa bonté 


La statue de Notre-Dame du Saint-Cordon. En 1804, le premier curé de la paroisse Notre-Dame après le Concordat, Maître Guillaume Lallemand, natif de Valenciennes, n’a rien de plus cher que de raviver au cœur de ses ouailles la dévotion envers la Sainte Vierge.
La châsse renfermant le Saint-Cordon ayant disparu pendant la Révolution, le pasteur fait sculpter une belle statue de la Vierge dans l’attitude qui était la sienne quand elle vint délivrer Valenciennes de la contagion. Cette statue fut réalisée par Pierre-Joseph Gillet et décorée par un élève de Louis Watteau, le peintre Macarez. Elle repose sur un socle, dont les quatre faces sont ornées de médaillons retraçant le miracle de l’an 1008. Un sourire maternel illumine le visage de Marie, et ses bras ouverts nous invitent à l’amour filial. Elle tient une tresse (cordon) écarlate que les anges reçoivent de ses mains. À ses pieds, est agenouillé l’ermite Bertholin.
Cette statue devint « miraculeuse », quand au cours du XIXe siècle, des maladies épidémiques affligèrent de nouveau les Valenciennois. Pour être délivrés, ils eurent recours au moyen employé par leurs pères : processions, neuvaines et pèlerinages en l’honneur de Notre Dame du Saint-Cordon. Leur confiance s’est montrée digne de la foi de leurs ancêtres, et Marie les a de nouveau comblés de sa bonté.
Pour abriter la statue miraculeuse dans un sanctuaire digne de leur Patronne bien aimée, les habitants de Valenciennes construisent en 1864 une église qui fut élevée au rang de Basilique Mineure, en remplacement de Notre-Dame la Grande, détruite pendant la Révolution.
En 1892, Notre Dame du Saint-Cordon devient officiellement la patronne de la ville.
Le 7 juin 1897, au nom du Pape Léon XIII, l’archevêque de Cambrai couronne la statue miraculeuse d’un diadème d’or, don des fidèles valenciennois. Elle fut alors revêtue d’un riche manteau et on lui mit en mains l’insigne de la dignité royale : un sceptre de vermeil.
 

Notre Dame du Saint-Cordon au XXe siècle. Notre Dame protégea également les Valenciennois au cours du XXe siècle. À partir du 31 juillet 1944, lors du « Grand retour », la statue est portée triomphalement de paroisse en paroisse dans tout l’arrondissement de Valenciennes. Elle est ensuite ramenée en ville le 2 septembre 1944, au moment précis où commencent à défiler les premiers chars alliés de la Libération.
Notre Dame du Saint-Cordon fut ainsi présente à la délivrance de la cité.
 




Depuis l’an 2000, le miracle du Saint-Cordon à Valenciennes continue. En 2008, le millénaire des apparitions et 1 000 ans de fidélité entre le cœur de Notre Dame du Saint-Cordon et le cœur de son peuple de Valenciennes et d’ailleurs ont été fêtés avec une immense ferveur (la statue a même été portée jusqu’à Lourdes).
Car elle est celle qui guérit de toutes les pestes d’aujourd’hui ! Elle est celle qui parle à chacun : aux croyants et aux non croyants, à ceux qui sont touchés par la tradition, à ceux qui ont la foi du charbonnier, à ceux qui participent à des  groupes de prière comme à ceux qui prient dans le secret, aux jeunes, aux moins jeunes, aux plus âgés, à ceux qui sont malades et handicapés, aux actifs, aux représentants de l’autorité dans la cité comme aux plus démunis.
Le Tour et la Neuvaine, où se vivent des rencontres et des temps d’Église très forts, sont aussi pour les enfants et pour leurs aînés l’occasion d’un nouveau « départ spirituel » : c’est le miracle continu du Saint-Cordon.
Chaque année, début septembre, comme leurs aïeux, ce sont près de 3 000 personnes qui participent à la messe précédant le Tour du Saint-Cordon ; d’autres pèlerins, ceux du « Pélé des Enfants », du « Pélé Jeunes », du « Pélé Adultes » s’y joignent pour l’un des plus anciens pèlerinages de France. Et quand Marie « visite » en procession les quartiers intérieurs et périphériques de Valenciennes, elle y est vénérée parce qu’elle apporte à chacun consolation et bénédiction, elle qui est aimée par toutes les générations !





Édith Godin
Coordinatrice du conseil du sanctuaire de Notre-Dame du Saint-Cordon,
d’après les écrits du chanoine Giraud


Compléments

Sources documentaires


Proposition d'engagement pour la semaine d'Édith Godin :




Je visite une personne âgée, malade ou seule


Nous vous proposons cette semaine de visiter une personne âgée, malade ou seule, à l’exemple de la Vierge Marie qui est venue visiter les Valenciennois à plusieurs reprises pour les réconforter et les soulager dans leurs difficultés.


Proposition de formation sur la foi




Dieu amour, que fais-tu contre la souffrance des hommes ?


Dieu n’a aucune complicité avec la souffrance et le mal. Il nous appelle à les combattre ou, face à l’inéluctable, à trouver, avec son aide et à l’exemple du Christ, le chemin d’un dépassement fécond.

Découvrez la réponse complète du Père Stan Rougier.





Proposition de prière



Pour obtenir protection et se préserver de tous fléaux, nous vous proposons cette semaine de réciter avec nous la prière dite « des Royés ».



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:38


 1879 


BIENHEUREUX ANTOINE CHEVRIER, « L’AMI DES PAUVRES »





Créateur de l’institut séculier du Prado à Lyon, le Père Antoine Chevrier (1826-1879) a vécu toute sa vie au service des pauvres, puisant dans l’Évangile la force d’écouter, de suivre et de faire aimer Jésus-Christ.


Aux côtés des plus pauvres. Octobre 1879. Dans « la Guillotière », quartier alors le plus misérable de Lyon, plus de 10 000 personnes suivent la dépouille d’un prêtre, le Père Antoine Chevrier, né le 17 avril 1826 dans la même ville. Sur le trottoir, quelqu’un s’étonne d’une telle foule : « Mais c’est le père Chevrier, un ami des pauvres ! »
Toute sa vie de prêtre (il est ordonné à 24 ans en 1850), il l’a passée dans la Guillotière au côté des petits et des humbles, des hommes déracinés venus du Dauphiné, de la Creuse ou d’ailleurs. Ils travaillent depuis l’aube jusqu’à la nuit tombée ; ils dorment dans des « garnis » et des taudis ; ils cherchent à se distraire dans des cafés malfamés.
Lyon entre dans l’ère industrielle et s’étend. La conscience ouvrière s’éveille en ce nouveau monde en gestation et sans boussole. Parfois la révolte gronde.
Antoine Chevrier, lui, va son chemin, cherchant passionnément quelques petites lumières dans les cœurs au-delà de la misère ou du péché. Il veut que l’Espérance se lève dans le monde des déshérités et surtout que, parmi eux, des jeunes puissent consacrer leur vie à faire connaître le Christ au milieu des pauvres.


Une expérience fondatrice. Quelle était donc la source où Antoine Chevrier puisait la force d’aller de l’avant pour faire connaître le message de l’Espérance ? Ce fut une expérience mystique, la nuit de Noël 1856 ; celle-ci fut le véritable pivot de sa vie. Antoine Chevrier se recueille devant la crèche, dans le silence de l’église Saint-André dont il était le desservant. Soudain, la pauvreté de l’Envoyé de Dieu le saisit, l’enveloppe, le remplit d’une lumière si bouleversante que, pour lui, se confondent la crèche de Bethléem et la pauvreté des enfants des rues de la « Guille » :
Dieu vient nous parler ! Et de quelle manière étrange, par un enfant à la paille ! Quelle merveille ! Il vient donc pour les pauvres de la « Guille », jusque dans la profondeur de leur misère.
Une décision s’impose en son cœur de prêtre, de messager de la Parole de Dieu : « J’irai au milieu d’eux, je vivrai leur vie et ils verront ce que c’est qu’un prêtre. » Dès lors sa vie fut fixée et libre, de la liberté de l’Évangile !


Une œuvre. Le voici par les rues, avec les enfants. Il devient en 1857 compagnon d’un chrétien engagé dans ce milieu populaire, Camille Rambaud (1822-1902) qui est en train de bâtir « la Cité de l’Enfant-Jésus ». Il y est heureux. Mais bientôt insatisfait :
« Je n’ai pas assez de temps pour parler de Jésus », se plaint-il. Il cherche ailleurs. Il entend parler d’un bal mal famé qui est à vendre, lieu de débauche appelé « Le Prado ». Il tremble, mais a l’audace de l’acheter grâce au soutien financier d’amis.
Bientôt avec des moyens dérisoires et toujours précaires, il accueille des enfants des rues, ou qui travaillent dans des « fabriques ».
Durant six mois, avec quelques jeunes femmes qui deviendront plus tard des consacrées, il leur enseigne à lire, à écrire, et à écouter l’Évangile. Il nourrit même, au secret de son âme, l’espoir de trouver de futurs prêtres familiers des pauvres, capables de les comprendre, de les aimer et de leur parler au cœur.





Ah, l’Évangile !Sa boussole à lui c’est l’Évangile, cet Évangile qui a fait de lui un homme libre : 18 000 pages écrites de méditations sur la vie de Jésus, bien qu’il n’ait jamais écrit de traité systématique. Il est passionné. « Connaître Jésus-Christ c’est tout, le reste n’est rien. » Sa vie est brûlante.
Chaque jour, il prie Dieu pour recevoir son Esprit : « Celui qui a l’Esprit de Dieu a un grand trésor. C’est dans l’oraison qu’on apprend tout. Qu’on laisse faire Dieu. »
La Vierge Marie tient une grande place ; chaque jour il médite et commente en public les mystères du Rosaire afin de contempler la vie de Jésus. Pour Antoine Chevrier, le Christ est au centre et il écarte toute incantation moralisante qui pourrait désespérer les pauvres gens accablés de misère ou de fatigue. Attaché à la personne de Jésus, séduit par lui comme le fut saint Paul, il le prend pour seul maître. « Aimer comme Jésus l’a fait », deviendra la devise qu’il affichera dans l’ancienne salle de bal devenue chapelle :
« Aimez-vous comme je vous ai aimés ». En lui brûle le feu de l’Évangile.
De temps en temps, il se rend dans une petite grange à Saint-Fons, à quelques kilomètres de Lyon.
Devant la crèche pour les animaux, il médite la vie de Jésus.
Il voudrait que l’Évangile devienne pour tous une maison accueillante que l’on aime visiter et où l’on goûte le bonheur de « demeurer longuement ».
À son exemple, quelques jeunes s’attachent à l’Évangile au point de désirer être prêtres. Là, dans cette grange, il les réunit. Ils sont 12 ; nous sommes en 1866, il y a 150 ans.





Une image sur un mur. Notre temps demande des images. Lui vient à l’idée de fixer sur les murs de la grange de Saint-Fons « le tableau » de sa pensée :
à l’image du Christ, le prêtre est un homme animé de charité, pauvre et crucifié.
C’est dans l’amour que la pauvreté et la croix prennent sens et donnent vie.
Le langage de ces inscriptions sur les murs est abrupt, saisissant, mais tout est illuminé de la charité présente au manifesté au tabernacle, « aboutissement de l’incarnation ».
Un « tableau » comme une icône qui vous dévisage, vous interroge, vous appelle à suivre Jésus.
 

Une fécondité.  Quelques mois avant sa mort le 2 octobre 1879, le Père Chevrier traverse une épreuve crucifiante. Plusieurs des quelques prêtres qu’il a formés le quittent pour la mission lointaine ou le monastère.
Dans une lettre, il signe « un pauvre délaissé sur la croix ».
Ce n’était pas encore l’heure de la fécondité. Les fruits vont tarder, mais ils sont venus, non sans de multiples épreuves.
Aujourd’hui, les 1 200 prêtres du Prado sont présents dans une quarantaine de pays du monde et la famille du Prado connaît des diacres, des sœurs, un Institut féminin du Prado, des laïcs consacrés, et des laïcs familiers de la grâce du Père Chevrier.
 

Un charisme pour notre temps. Le charisme du Prado, c’est suivre Jésus au plus près de son Évangile et de la vie des pauvres. C’est vivre du mystère de l’incarnation, c’est laisser le Christ « passer en nous » pour lui permettre de naître dans la vie des pauvres. Ainsi, jusque sur des visages défigurés de misère, peuvent se révéler à nos yeux des lumières et des reflets de l’Évangile.
« Notre cœur et notre prière seront comme un creuset où l’Évangile et la vie des hommes longuement médités se rencontrent et s’éclairent mutuellement. » Au contact de l’Évangile et de la vie des pauvres, les Pradosiens et Pradosiennes en leurs fraternités acquièrent un « tour de main », un savoir vivre qui peut, au gré de la grâce, ouvrir le chemin vers Dieu.
    




Marie, pour aller à Jésus Dans son désir de toujours mieux connaitre Jésus-Christ, chemin vers le Père, et afin de le faire connaître et aimer par tous, le Père Chevrier priait et faisait prier Marie à l’aide du chapelet :
« Le chapelet, c’est le livre de tout le monde : c’est le livre du prêtre et du peuple ; c’est le livre de l’aveugle ; c’est le livre du vieillard dont l’œil se ferme aux choses de ce monde ; c’est le livre du savant et de l’ignorant ; c’est le livre de celui qui souffre… ».
Il disait aussi : « Le Rosaire a été établi pour nous rappeler la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ. »
C’est ainsi que chaque soir, dans la chapelle du Prado, entouré d’une foule de gens très humbles, il commentait à voix haute les mystères du Rosaire pour faire découvrir qui était vraiment Jésus-Christ.



Vers une canonisation.. Enterré dans la chapelle du siège du Prado, le Père Chevrier a été béatifié par saint Jean-Paul II lors de sa visite à Lyon le 4 octobre 1986 en présence d’une foule de 350 000 personnes.
Un procès de canonisation est en cours.





Gilles Gracineau
Prêtre du Prado, curé de paroisse sur le
Plateau de Millevaches (Limousin)


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions pour la semaine de :
Gilles Gracineau, Prêtre du Prado, curé de paroisse sur le Plateau de Millevaches (Limousin) :



Proposition d'engagement





« L’étude » de Jésus-Christ dans l’Évangile


Chaque jour ou chaque semaine, je me mets à l’écoute devant quelques versets de l’Évangile, avec la certitude que Dieu cherche à me parler. Je demande donc d’abord que la lumière de l’Esprit Saint me rende gratuit, disponible et réceptif devant cette Parole qui m’est adressée aujourd’hui.

Je lis lentement le texte choisi pour comprendre, j’imagine concrètement la scène, puis je goûte chaque mot, chaque détail. Enfin, crayon en main, je « recueille » ce que je découvre. Je suis surtout réceptif à ce qui m’est révélé de la personne de Jésus-Christ : ses actions, ses paroles, ses attitudes. Qu’est-ce que Jésus vient ici me dire sur Dieu, sur notre vie, sur le monde ?

Je me reconnais, moi et mon entourage, dans les réactions des autres personnages autour de Jésus. En quoi me parlent-elles de nos relations avec Jésus-Christ aujourd’hui ? J’écoute ses appels. Je cherche comment répondre pour que cette Parole prenne chair en moi dans les circonstances actuelles. Je termine par une prière personnelle toute simple : un merci surtout.

Bien sûr, je peux faire cette lecture avec d’autres : le groupe s’enrichit des lumières que chacun a perçues.



Proposition de formation sur la foi





Y-a-t-il des contradictions entre les Évangiles ?


Non, et les différences qui existent dans les récits des quatre Évangiles ne remettent pas en cause leur véracité historique : elles sont au contraire un élément de crédibilité, elles invitent à creuser la Parole de Dieu et à découvrir combien elle est riche et vivante.

Découvrez la réponse complète de Régis Burnet.





Proposition de prière




Pour mieux écouter, comprendre et méditer la Parole du Christ, je prie avec le Bienheureux Antoine Chevrier.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:46


 1546 


PIERRE FAVRE, UN SAINT PORTEUR D’ESPÉRANCE





« Le grand Pierre Favre… », c’est ainsi que François de Sales présentait son compatriote dans L’introduction à la vie dévote (édition 1619). Tous deux étaient Savoyards (faut-il rappeler que c’est en 1860 seulement que le Duché de Savoie fut rattaché à la France ?)


Une enfance proche du Seigneur. Pierre Favre (1506-1546) est né en Haute-Savoie, au hameau du Villaret, entre Saint-Jean-de-Sixt et le Grand-Bornand. Il grandit dans la ferme de ses parents. Petit berger, enfant très sensible et impressionnable, il est dévoré par la passion d’apprendre et d’étudier. En Europe, la Renaissance bat son plein : un bouillonnement un peu pareil au nôtre…* Le petit pâtre, avec l’appui de son oncle prieur à la Chartreuse du Reposoir (actuel Carmel, classée Monument Historique), part pour Paris en 1525. Il y poursuit de brillantes études au Collège Sainte-Barbe où il se lie d’amitié avec un Navarrais de son âge, François Xavier, et bientôt avec un « vieil » étudiant de 36 ans, Ignace de Loyola qui vient compléter des études et dont Pierre Favre accepte d’être le répétiteur. Ils partagent « la même chambrée, la même table et la même bourse », écrit Pierre Favre dans son Mémorial. De ce groupe d’« amis dans le Seigneur », comme ils s’appelaient, il est le premier à être ordonné prêtre. Et c’est à Pierre Favre qu’Ignace, en son absence, confie ce petit groupe, noyau de la future Compagnie de Jésus…

Éternel pèlerin. Pierre Favre parcourt l’Europe gagnée par les idées de Luther pour tenter d’instaurer un dialogue. Le Pape l’envoie en Germanie… Mais Ignace prend le relais quand il lui demande de fonder la Compagnie de Jésus en Espagne et au Portugal. De retour d’une mission en Espagne, en chemin vers Trente où se tenait le Concile, il meurt d’épuisement à 40 ans. Il venait de faire cette confidence à l’un de ses frères, Simon Rodriguez : « Je suis de nouveau rappelé d’Espagne pour aller au Concile de Trente. S’il n’y avait cet appel du Pape, on pourrait à bon droit me trouver bien inconstant dans mes travaux après tant de pérégrinations diverses en pays étrangers. Pour ma part, si je ne voyais en tout cela l’obéissance, je ne pourrais me consoler : toujours partir au moment où j’aurais plus de raison de rester sur place ! »





Pierre Favre et le Pape actuel. Le pape François déclare Pierre Favre « saint » le jour de son propre anniversaire : le 17 décembre 2013, près de quatre siècles après Ignace de Loyola et François Xavier. Pourquoi cet intérêt du nouveau Pape ? La proximité de Pierre Favre avec des gens des plus divers et notamment les plus pauvres en fait, pour le Souverain pontife, un modèle privilégié : « Le dialogue avec tous, même les plus lointains ; un discernement intérieur toujours en éveil, le fait d’être homme de grandes et fortes décisions, capable d’être si doux… », c’est ainsi que le décrit le Pape.

L’espérance en exemple. En quoi Pierre Favre peut-il nous aider à vivre en chrétiens heureux et ouverts aux défis de notre siècle ? Lui suffirait-il d’avoir vécu dans une Renaissance effervescente comme notre époque pour être donné en exemple ? Non, car le fréquenter peut nous apprendre comment trouver cette stabilité et ce repos du cœur qui nous manquent tant de nos jours. Nous le voyons en effet passer d’une inquiétude anxieuse, celle d’un homme pour qui la liberté ne paraît qu’une source de catastrophes, à l’audace radieuse de celui qui a entendu l’appel de la vie et y répond de tout son être. Cette sensibilité extrême en voie de guérison, qui fut la sienne, cet émoi incertain mais joyeux, est-ce encore de l’angoisse ? Peut-être lui préférerons-nous le terme d’espérance qui se fit jour peu à peu dans toutes les démarches apostoliques de cet éternel pèlerin ? Ou le terme de « repos du cœur » ? Effectivement Favre découvrit que le repos promis par Jésus dans l’Évangile (Matthieu 11, 28-29) est moins une interruption dans la « peine » qu’une stabilisation, un arrêt de l’agitation et du trouble, une sorte de certitude que l’on est là où l’on doit être et où on est le mieux : parce que c’est là qu’il est, lui, pour nous.

Écoutons-le plutôt :
« Un tourment ne me quitte pas depuis mes premiers contacts avec l’Allemagne : la crainte de sa totale défection, cet esprit de doute qui, de tant de manières jusqu’ici, m’a persécuté, tâchant par tous les moyens de m’amener à désespérer de faire du fruit et à abandonner le poste qui m’a été confié en Rhénanie… » (M. 329)
 

Citation :
« Efforce-toi plutôt de devenir l’instrument du bon esprit »

« Ne te fie pas à ces mauvais esprits d’après lesquels tout se terminera mal, tout se présente mal, ou qui soulignent ce qui va mal. Esprits mauvais, ils dépeignent à l’image de ce qu’ils sont la situation qu’ils veulent et souhaitent aggraver encore. Efforce-toi plutôt de devenir l’instrument du bon esprit : il te montre la situation et la conjoncture telles qu’il les souhaite et comme il est prêt à les faire évoluer avec ton aide… » (M. 158)

Qui ne voit qu’il est urgent de se laisser gagner par cette attitude de Pierre Favre dans cet enchevêtrement de conflits répercutés aujourd’hui en Europe ? Si nous n’y prenons garde, nous nous laissons déporter du côté obscur et écraser par des forces du mal dont il n’est pas aisé de s’émanciper. En témoigne un tic médiatique récent : le retour du mot glaçant : « sidération ».

*La Renaissance, autour de 1500, c’était l’invention de l’imprimerie, la découverte de l’Amérique, la révolution cosmologique de Copernic… et par-dessus tout cela, ou par en-dessous, l’émergence du projet radical de la liberté individuelle. Cela s’étendit sur près de 300 ans.

Et, de nos jours, l’internet, la mondialisation… Plus qu’une Renaissance, c’est une mutation anthropologique que nous vivons. L’espérance de vie d’une Française est de 84 ans : quel changement par rapport au mariage, à l’enfantement, à l’héritage. Nous ne sommes plus les mêmes par rapport à la douleur, grâce aux anesthésies qui chamboulent la morale. Les nouvelles technologies métamorphosent notre identité spatiotemporelle, donc notre rapport à la loi… Avec cette différence flagrante : la vitesse des changements. Ainsi il a fallu 10 ans pour que notre planète soit interconnectée !








Pierre Ferrière s.j.
Prêtre du Prado, curé de paroisse sur le
Plateau de Millevaches (Limousin)


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions pour la semaine de :
Pierre Ferrière s.j., Auteur de Prier 15 jours avec Pierre Favre :



Proposition d'engagement



http://www.freepik.com/free-photo/old-paper-texture_945837.html , portrait de Pierre Favre By Grentidez ,
logo jésuite By Moranski (Own work) [Public domain or Public domain], via Wikimedia Commons.

Je pars à la rencontre de Pierre Favre


Un article de la revue Christus (04/1998) évoquait naguère nos fragilités sociétales : un processus sans cesse croissant d’individualisation avec l’émergence progressive d’un « je sans nous » qui en est le corollaire ; une horloge sociale -indiquant ce que chacun doit faire à tel ou tel âge- détraquée : quand de nos jours se termine l’adolescence ? Une vie familiale en recomposition périodique ; un effondrement des systèmes de croyance qui encadraient l’existence…

Et voici qu’en aval nous en payons le prix : une grande précarité psychologique : les enveloppes qui protégeaient l’individu traditionnel ayant disparu, nous nous retrouvons plongés dans cette « société dépressive » que ponctuent des soupirs : « Ce n’est pas une vie ! » On a bien tenté de « médicaliser l’existentiel » par un recours aux somnifères, tranquillisants, antidépresseurs… Un recours aussi à ces liens de secte ou de drogue donnant cette identité forte qui nous décharge de la responsabilité d’être. En vain. Le « burn-out » guette, cette « maladie du siècle » !

C’est ici que Pierre Favre peut nous remettre les pieds à l’étrier et nous assurer une bonne assiette, en évitant tous ces emballements qui risquent de nous désarçonner. N’est-il pas, lui aussi, et par tempérament, en constante effervescence ?
Cette semaine nous vous proposons de vous plonger dans la vie de ce saint afin de comprendre son chemin et de trouver un nouvel élan d’espérance.



Proposition de formation sur la foi





Qu'est ce que la théologie de la libération ?


La théologie de la libération est née en Amérique Latine en 1968, pour promouvoir l’engagement au côté des pauvres. L’Église a réagi contre ses dérives marxistes, mais insiste aujourd’hui sur ses aspects positifs et rappelle que la compassion pour les pauvres est la mesure de notre foi au Dieu incarné.

Découvrez la réponse complète du cardinal Gerhard Müller.





Proposition de prière




Pour grandir en courage au travail, récitons cette semaine la prière suivante, d’après le Mémorial de Pierre Favre N° 154 et 158.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:50


 IXe siècle 


ROCAMADOUR, UN ESCALIER VERS LE CIEL





Il y a quelques jours le 31 octobre, bien loin de sa base habituelle, la statue de Notre Dame de Rocamadour faisait une entrée triomphale dans le port des Sables d’Olonne. En cette veille de la fête de toussaint et alors que dans quelques jours allait s’élancer la course du Vendée Globe, la Vierge Marie sous les traits de Notre Dame de Rocamadour, étoile de la mer, venait montrer a tous ceux qui le cherchent, le chemin, celui qui conduit au travers de ce monde jusqu’en la demeure de son Fils.


Un site exceptionnel. La première surprise de Rocamadour (Lot), c’est le site lui-même. Un endroit improbable, un entassement minéral toujours à deux doigts de perdre l'équilibre. Un vieux dicton qualifie notamment cet amoncellement : « Des églises sur les maisons, du château sur les églises. » Ici, c'est la falaise qui a la préséance sur toute construction humaine. Bienveillante ou menaçante, danger ou protection, le site lui doit sans doute son nom : la « rocca majour », la « roche majeure ». Contre toute logique, les bâtiments principaux, ceux  des sanctuaires, n’ont pas été déposés au sommet de cette énorme muraille naturelle mais sur une étroite terrasse située à mi-hauteur. La cité religieuse s’agrippe littéralement à la paroi du canyon de l’Alzou, à la verticale absolue d'un village qui, lui, a la particularité de s'être organisé autour d'une seule rue !
   
Les origines de Rocamadour. Elles sont assez mystérieuses car très anciennes et ne sont plus documentées par aucune archive subsistante à cause des guerres dites « de religion » du XVIe siècle. Rien ne nous permet plus de connaître les raisons qui poussèrent des pèlerins, au moins à partir du IXe siècle, à venir, parfois de fort loin, pour prier dans ce paysage solitaire et difficile d'accès. Outre les lieux, seule nous reste la légende, habituellement le moyen de rapporter une réalité qu’on ne comprend plus. Le site ne s’est pas organisé en un jour, il est le produit d’une histoire. Qui est arrivé le premier ? Sans doute un ermite, puis d'autres à sa suite, ou simultanément. L’endroit, appelé « Val ténébreux » était tout ce qu'ils pouvaient désirer pour mener leur vie de prière et de solitude : un espace immense à l'abri des regards, une rivière et des grottes creusées dans une falaise bien exposée à la lumière. Une cloche du VIe siècle nous donne un premier repère historique. L’érémitisme a été la première forme de vie consacrée ; et des disciples s’étant regroupés autour des ermites, elle a évoluée en monachisme (du grec : « monos », seul, solitaire). Les premiers monastères ont ainsi été des regroupements d'ermitages, ce qui est encore la caractéristique des abbayes de Chartreux.


Une attractivité croissante. Les Bénédictins, qui prirent la suite des ermites, entreprennent les premières grandes campagnes de construction, et organisent le paysage autant qu'ils le peuvent dans le but d’accueillir des pèlerins de plus en plus nombreux. Ces derniers affluent de plus belle à partir de 1166, suite à la découverte d’un corps « miraculeusement » intact, qu'on a alors supposé être celui d'un ermite nommé Amadour (du latin « Amator »). Robert de Thorigny, abbé du Mont Saint-Michel à partir de 1154, en rapporte les circonstances à l'occasion du pèlerinage d’Henri II Plantagenet (1133-1189), roi d’Angleterre et seigneur d’Aquitaine depuis son mariage avec la duchesse Aliénor :  « L’an de l’Incarnation 1166, un habitant du pays, étant à ses derniers moments, commanda aux siens, sans doute par une inspiration de Dieu, d’ensevelir son cadavre à l’entrée de l’oratoire. En creusant la terre, on trouva le corps d’Amadour, bien entier ; on le plaça dans l’église, près de l’autel, et on le montra ainsi, dans son entier, aux pèlerins. Là, se font par la bienheureuse Marie, des miracles sans nombre. »





La construction du site. La réputation de Rocamadour se répand alors fort loin et le pèlerinage commence à prendre rang parmi les grands lieux spirituels du Moyen Âge. Une campagne de construction ambitieuse lui donne dans les grandes lignes l’aspect qu’on lui voit aujourd’hui. Le grand escalier, véritable lieu d’ascension spirituelle et de mortification (jusqu’à une époque récente, tous les pèlerins le gravissaient à genoux), conduit les pèlerins de la ville basse au parvis. Ils découvrent alors un vaste espace dégagé entouré de sept églises ou chapelles, la plus grande étant la basilique Saint-Sauveur, l'ancienne église abbatiale, et la plus importante, la chapelle où est conservée depuis huit siècles la statue de la Vierge de Rocamadour. La plupart des bâtiments ont été construits aux XIe et XIIe siècle, sous l’abbatiat de Géraud d’Escorailles, abbé de Saint-Martin de Tulle (1152-1188). Ils ont été plus ou moins restaurés lors de la campagne de sauvetage du milieu du XIXe siècle.  

La Vierge Marie et Rocamadour. Dès son origine, ce site est dédié au culte marial. Il y eut d'abord un petit oratoire : une humble grotte qui, après avoir été le refuge probable d'un ermite, est devenue le cœur de la cité religieuse. Écrasé par des éboulements de la falaise dans laquelle il s’insère et qui le surplombe, cet oratoire a été plusieurs fois reconstruit (notamment après un incendie en 1476) et agrandi, jusqu'à devenir la chapelle Notre-Dame, ou « chapelle miraculeuse », de style gothique flamboyant. La statue qu'elle contient est une vierge noire du XIIe siècle, constituée de deux pièces de bois de noyer: Marie elle-même, aux mains tendues et au léger sourire, et l'Enfant-Jésus, assis sur son genou gauche. Elle est particulièrement vénérée le 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge. Le Livre des miracles (1172), récit de 126 grâces obtenues par l'intercession de Notre Dame de Rocamadour, est un éclairage saisissant sur la foi de ce « beau XIIe siècle » qu'on a coutume de considérer comme l'âge d'or de la chrétienté. C'est en quelque sorte une œuvre publicitaire, dont le but est d'attirer vers le sanctuaire un nombre grandissant de pèlerins, mais par un souci d'objectivité et de discernement assez exceptionnel pour l'époque, il ne retient que des cas dûment exposés devant notaire.


Un lieu spirituel pour les plus grands. Rocamadour situé aux confins du comté de Toulouse (puis des territoires directs du roi de France) et du duché d’Aquitaine devient un enjeu spirituel entre les monarchies française et anglaise. Vinrent à Rocamadour tous les rois de France du XIIe siècle jusqu'à Louis XI (en particulier saint Louis, ses frères, sa mère, Blanche de Castille en 1244), Henri II d'Angleterre (1159 -1170) qui vint remercier de sa guérison d’une maladie grave, Aliénor d’Aquitaine, Alphonse III de Portugal, des saints comme saint Dominique (1219) et saint Antoine de Padoue (vers 1224), Christophe de Romagne, compagnon de saint François d’Assise, Raymond Lulle, le navigateur Jacques Cartier…
Notre Dame de Rocamadour a été présente aussi dans tout le mouvement de « reconquête » de l’Espagne sur les Maures. Ainsi en 1212, son étendard était déployé à la célèbre bataille de Las Navas de Tolosa. Mieux, c’est la vue de cet étendard qui aurait redonné le courage aux troupes chrétiennes inférieures en nombre de repartir à l’assaut et d’obtenir la victoire.  

Le déclin du sanctuaire. Le sanctuaire a aussi  traversé des moments difficiles. Au XIIe siècle, il est pillé par le fils d’Henri II Plantagenêt, Henri au Court-Mantel, qui cherche des richesses pour poursuivre la guerre qu’il mène à son père. Rocamadour, qui entre-temps s'est fortifié, traverse la Guerre de Cent ans (XIVe et XVe siècles) à peu près sans encombre. Mais comme le Limousin et le Quercy sont devenus des champs de bataille, les pèlerins, découragés de venir, se font rares. Le pèlerinage connaît alors un certain déclin.  

Les « Grands pardons » de Rocamadour. En 1317, le pape quercynois Jean XXII érige l’abbaye de Tulle en évêché. Les moines sont remplacés par des chanoines qui assurent le service du pèlerinage jusqu’à la Révolution. En 1428, Charles VII, encore petit « roi de Bourges », en grand danger de perdre son royaume, demande au pape Martin V d’accorder des indulgences particulières aux pèlerins de Rocamadour et prie pour être sacré à Reims. Quelques mois plus tard, démarrait le temps de l’épopée de Jeanne d’Arc. Ainsi, naît la tradition des « Grands pardons » de Rocamadour. À cette époque, se répand la légende sans fondement historique identifiant  saint Amadour au collecteur d’impôts Zachée de l’évangile. En 1562, Rocamadour est pillé par un chef de bande nommé Bessonies, au service du chef protestant le prince de Condé.





La renaissance de Rocamadour. Le pèlerinage n’est pas à proprement parler une étape sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, mais, pour les marcheurs de Dieu, il a toujours représenté un détour de prière et de repos dont l'attractivité ne se dément pas. Ici, comme au XIIe siècle, la Vierge Marie assise en majesté attend les visiteurs et offre son Fils au monde (plus d’un touriste se transforme alors, ne serait-ce que pour quelques instants, en pèlerin. N’est-ce pas un miracle sans cesse renouvelé ?). Elle est à la fois la Reine de la paix, et celle qui délivre les prisonniers repentis ou injustement enchainés. La renaissance de Rocamadour s’est accomplie au XIXe siècle. C’est d’abord un prêtre diocésain de Paris, l’abbé Caillau, qui fait bâtir l’édifice appelé « château », pour servir de résidence aux missionnaires diocésains, parmi lesquels le bienheureux Pierre Bonhomme (1803-1861), natif de Gramat près de Rocamadour, fondateur de la congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Calvaire qui assurent toujours l’accueil. L’abbé Caillau s’attache surtout à la rénovation spirituelle du pèlerinage, qui se poursuit sans faiblir sous les évêques Mgr d’Hautpoul, Mgr Bardou et Mgr Grimardias. Le maître-d’œuvre et concepteur principal des restaurations fut un prêtre de Montauban formé à l’École du célèbre Viollet-le-Duc, l’abbé Chevalt (1817-1876).  

Et aujourd’hui ? L’afflux des visiteurs n'a pas cessé, bien au contraire. Aux pèlerins, se mêlent des touristes : actuellement plus d’un million et demi de visiteurs chaque année. Plusieurs personnalités de premier plan sont liées à l'histoire récente de Rocamadour : Edmond Michelet, résistant, ministre du Général De Gaulle, qui venait chaque année en pèlerinage à pied depuis Brive avec sa famille. Autre exemple, le compositeur Francis Poulenc, auteur de la célèbre litanie de la Vierge noire de Rocamadour, qui doit au site lotois presque toute l'inspiration de sa musique religieuse. Ainsi depuis toujours, les pèlerins, puissants ou misérables, célèbres ou anonymes, gravissent les escaliers reliant le bas de la ville aux sanctuaires de Rocamadour, en une démarche de pénitence que certains parfois accomplissent encore à genoux, gardant « l’espérance ferme comme le roc ».





Abbé Michel CAMBON
Recteur du sanctuaire de Rocamadour


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions que l'Abbé Michel Cambon a faites le samedi 19 novembre 2016.


Proposition d'engagement




Je pars en pèlerinage à Rocamadour


Pour ceux qui le peuvent, nous vous proposons de venir en pèlerinage à Rocamadour afin de sentir la grâce de la Vierge Marie. Et pour ceux qui ne le peuvent pas, nous vous invitons à vous unir par la prière dans la communion des saints à la foule des pèlerins de Rocamadour passés et présents.


Proposition de formation sur la foi





Pourquoi faut-il des sacrements entre le Christ et nous ?


Le Christ nous a sauvés une fois pour toutes par sa mort et sa résurrection. Les sacrements de l’Église ne rajoutent rien à ce qu’il a fait pour nous, mais ils font parvenir le salut jusqu’à nous. Ils font pénétrer la vie toute neuve de la grâce dans notre histoire personnelle en vue de notre guérison.

Découvrez la réponse complète du Père Michel Gitton.





Proposition de prière




Pour ceux qui souffrent en ce monde et pour tous ceux qui nous sont chers, récitons cette semaine la prière suivante à Notre Dame de Rocamadour.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:53


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VERS LE 13E CENTENAIRE DE LA MORT D’ODILE : UNE FEMME GÉNIALE AUX COULEURS DU CIEL ET DE LA TERRE !





Au VIIe siècle, dans sa fureur condamnant à mort Odile, sa fille née aveugle, cependant sauvée par l’amour maternel de Bereswinda, Adalric, duc d’Alsace, était loin de se douter qu’un jour le destin exceptionnel de sa fille traverserait l’histoire et deviendrait un message de foi, d’espérance et de charité pour le XXIe siècle.


Odile, sentinelle d’avenir et expression du génie féminin. Née vers 660 au château de Hohenbourg (Altodunum en celte, sur la commune d’Ottrott, Bas-Rhin) dans la montagne vosgienne, rejetée par son père et éloignée au monastère de Palma (sans doute aujourd’hui Baume-les-Dames, dans le Doubs), Odile reçoit le baptême des mains de l’évêque Erhard de Ratisbonne, à l’âge de 12 ans. Elle ouvre alors les yeux et voit pour la première fois depuis sa naissance la splendeur de la vie. Elle reçoit donc le nom d’Odile, « fille de Lumière ». Plus tard réconciliée avec son père, elle devient plus tard abbesse d’un monastère fondé à Hohenbourg, en lieu et place du château, où elle meurt en 720.

Aujourd’hui, le Mont Saint-Odile poursuit inexorablement sa vocation de « fille de Lumière » en cette terre foulée chaque jour par des pèlerins et des touristes.
 
L’eau de la source reconnue miraculeuse, abreuvant l’assoiffé et purifiant le regard de celui qui s’y lave le visage, cette eau venant des profondeurs ou de la nuée, porte en elle le mystère de la terre et du ciel, le mystère de la vie qui, par le baptême, s’ouvre sur l’Éternité.
Pour les êtres de cœur, la montagne de Sainte-Odile est l’objet d’une découverte bouleversante, le ferment d’une conversion à la vie de l’esprit, à la signification du monde. Goethe y percevait les pulsations de la terre alsacienne, cette terre burinée par des drames terribles mais nourrie par l’espérance chrétienne et par cette foi stimulante qui affirme la présence de Dieu. Elle est manifeste dans l’adoration perpétuelle qui s’y déroule depuis huit décennies.





Mais qu’est-ce que le Mont Sainte-Odile ? Mille choses diverses, mais une seule est capable de les rassembler toutes : le message de vie toujours actuel délivré par l’abbesse des lieux, une prophétie d’amour et de lumière.

Par sa naissance, alors qu’elle est aveugle, Odile rappelle que toute vie humaine, même la plus handicapée, a du prix aux yeux de Dieu et vaut la peine d’être vécue.
Par l’abandon qu’elle subit, sa mère la confie à une nourrice pour qu’elle échappe à la mort, elle dénonce l’injustice faite à tous ces innocents, victimes des conflits entre parents et qui se voient ballottés d’un lieu à un autre.
 
Par son baptême, alors qu’elle grandit au milieu de religieuses à Palma, elle annonce la vie donnée par Dieu. Cette vie plus forte que la mort qui offre la perspective de revoir dans la clarté du Ciel le visage de ceux que nous aimons.
Par sa vie à Palma, elle invite à mépriser les vanités du monde et à se consacrer librement au Christ.

Par sa lettre à son frère Hugues qu’elle aimait sans l’avoir vu, elle chante le prix des liens du sang qui ne peuvent être détruits ni par le ressentiment, ni par la haine.
Par son retour risqué dans la maison d’Adalric, son père, elle invite à faire le premier pas vers ceux qui nous offensent.

Par sa vie de servante à Hohenbourg, elle trace le chemin de la joie qui consiste à se satisfaire de sa situation et de se réjouir de ce que la vie offre.
Par son souci des pauvres, elle annonce cette terre nouvelle où sera rendu au centuple tout le bien que nous leur faisons ici-bas et l’amour de prédilection de Dieu pour les exclus de la vie Par sa pénitence et son jeûne à la mort d’Adalric, son père, elle affirme sa foi en la miséricorde de Dieu qui seul sauve de la mort ceux qui s’y sont endormis.

Par sa vie fraternelle au milieu des Sœurs de sa communauté, elle donne un signe fort de ce monde nouveau où l’amour est vainqueur de la mort.
Par sa charité, elle enseigne la joie véritable qui naît du don.
Par sa confiance en la toute-puissance de Dieu, elle plante le signe de la victoire du Bien sur le Mal.
Par le choix de la règle canoniale et non monastique, elle offre la douceur de Dieu à sa communauté servante de sa gloire.  
Par sa vénération de Jean-Baptiste qui lui était apparu et qui lui indiqua l’endroit où devait s’élever une chapelle, elle chante sa foi en la communion des saints.
Par la construction d’une église, elle atteste de la présence du règne de Dieu en ce lieu qui lui appartient.
Par la consécration du couvent de Hohenbourg (Bas-Rhin) à la Mère de Dieu, elle s’en remet à la prière de Notre-Dame, à sa protection et prend la Mère de Dieu comme modèle de vie.

Par son souci des animaux, elle prend soin de l’œuvre de la création voulue par Dieu qui sauve l’homme et les bêtes.
Par son témoignage de vie qui valut à ses nièces d’être séduites par son idéal de vie puis de la rejoindre au couvent, elle rend gloire à son Maître et Seigneur.

Par sa prière qui obtint de Dieu la multiplication d’une mesure de vin qui venait à manquer, elle manifeste sa confiance en la providence.
Par son amour pour le Christ présent dans l’eucharistie, elle invite à l’adorer et à l’aimer plus que tout, maintenant et à l’heure de la mort.
Par sa mort confiante, elle embrasse le Ressuscité qui rendra nos pauvres corps mortels semblables à son corps glorieux. Oui, l’Évangile proclamé par Odile est crédible, elle l’a vécu en plénitude ! Une inscription gravée sur le fronton d’entrée du sanctuaire, au-dessus d’une statue de la sainte, résume : « Ici fleurit jadis la sainte abbesse Odile et toujours elle règne en Mère de l’Alsace. »





Le Mont Sainte-Odile, le miracle de la foi. Aujourd’hui encore, l’Évangile est annoncé au Mont Sainte-Odile et les personnes emportent cette bonne nouvelle dans le pèlerinage de leur vie. Depuis des siècles, la messe est célébrée quotidiennement en ce lieu et depuis 1931, l’adoration eucharistique vécue nuit et jour y est pratiquée. Les pèlerins sont confiants, conscients que l’union au Christ dans le pain eucharistique transforme leur vie et la façonne. Ici on se réjouit et on pleure ; il y a des larmes d’espoir, de désir ardent, d’accablement… Chacun peut prendre conscience qu’il est au Mont Sainte-Odile tout proche de Jésus Christ, du Père tout-puissant et miséricordieux. Sous le regard de la Vierge Marie, chacun se sent accepté sans condition. Là aussi réside le miracle d’un lieu de grâces : les personnes sont ouvertes à la transcendance de Dieu et ressentent au plus profond d’elles-mêmes que Terre et Ciel se rejoignent.

Cette expérience ne peut être ni achetée, ni arrangée. Le plus souvent, elle est le fruit d’un long cheminement intérieur, d’un temps de préparation, d’une concentration sur l’essentiel, d’un abandon des petits soucis du quotidien et d’une ouverture de soi à Dieu. Voilà ce qui se produit quand des personnes vont en pèlerinage et, en quelque sorte, « prient avec les pieds ». À chaque pas, ils abandonnent progressivement « la normalité » pour basculer dans le rythme de la prière. Beaucoup de ces pèlerins viennent au Mont Sainte-Odile, en raison de son isolement dans les collines vosgiennes et de la beauté de la nature environnante, pour se plonger dans la paix de Dieu.



   


Ici, les murs portent en eux l’atmosphère si particulière à ce « haut lieu de la prière et de la charité, site prestigieux de l’Alsace, qui a vu arriver au long des siècles tant de visiteurs et de pèlerins, saisis par la beauté unique de son panorama grandiose, et intérieurement régénérés par son atmosphère spirituelle tonifiante » (saint Jean-Paul II, lors de sa visite le 11 octobre 1988). Le pèlerin revient toujours en ces lieux. C’est en vain qu’on s’attend ici à un évènement miraculeux spectaculaire ; cependant, il se produit dans le secret, le véritable miracle de la foi quand Odile nous accueille. Son exemple rappelle à la mémoire humaine que tout homme est une histoire sacrée. Sa vie ne peut pas seulement être définie par l’activité, les capacités, les aptitudes, le sens de l’organisation et le mérite. La vie de tout homme a été voulue par Dieu ; elle doit s’ordonner et se réaliser en vue de Dieu.  
La véritable histoire du Mont Sainte-Odile est celle d’une relation capitale, celle de Dieu avec l’homme à travers la splendeur du cœur d’une femme, sentinelle d’avenir, toujours prête à secourir son peuple. Oui, montons à la « Maison Odilienne de Dieu », nous y serons accueillis par… Odile. Et, comme jadis elle frappa de son bâton le roc pour en faire jaillir la source d’eau vive, ainsi elle cognera de sa crosse d’abbesse nos cœurs, pour y faire sourdre le filet de charité qui réconfortera le cœur.





Père Patrick Koehler
Recteur du sanctuaire du Mont Sainte-Odile


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions que le Père Patrick Koehler a faites le samedi 26 novembre 2016.


Proposition d'engagement




Je découvre l’action de Dieu dans l’actualité du jour


Cette semaine nous vous proposons de prendre l'engagement suivant :
J’ouvre mes yeux aux merveilles de l’amour de Dieu et je découvre son action dans l’actualité du jour.



Proposition de formation sur la foi





La souffrance contredit-elle la tendresse de Dieu ?


On ne voit pas toujours spontanément comment les deux peuvent se concilier mais si Dieu avait voulu délibérément le mal et sa souffrance, on ne pourrait pas croire à sa tendresse.

Découvrez la réponse complète du Père Michel Gitton.





Proposition de prière




Récitons ensemble une prière à sainte Odile.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 13:58


 1700 


MARGUERITE BOURGEOYS, FEMME D’AUDACE, DE FOI ET DE PRIÈRE





Redécouvrons ensemble le parcours de Marguerite Bourgeoys, l’une des plus grandes saintes du Nouveau-Monde qui a mis sa vie au service de l’Évangile et de ses frères les plus démunis en qui elle voyait le Christ.


Une enfance ordinaire Née le 17 avril 1620 en la ville de Troyes (Aube), Marguerite est la septième des treize enfants d’Abraham Bourgeoys et de Guillemette Garnier. L’ont précédée deux frères, trois sœurs et un autre enfant mort en bas âge. Les cloches n’ont pas sonné pour son baptême en l’église Saint Jean-au-Marché, ce même jour, car c’est le Vendredi Saint, mais à une époque où le quart des nourrissons meure avant l’âge d’un an, on baptise le plus tôt possible.  

Artisan, le père de Marguerite confectionne des chandelles. Sa boutique où il vend ses bougies et les différents produits de sa fabrication occupe le rez-de-chaussée de la maison familiale. Il a également une charge à la monnaie de Troyes pendant les foires de Champagne qui s’y tiennent deux fois par an. Son épouse vient d’une famille de tisserands. Dans la classe sociale de Marguerite, tous les membres de la famille jouent un rôle économique. Filles et garçons apprennent non seulement les techniques du métier paternel mais aussi la lecture, l’écriture et la comptabilité nécessaires au fonctionnement de la petite entreprise familiale.


Un engagement qui a « ciselé une vie entière ».  Le 7 octobre 1640, quand Marguerite quitte la maison pour aller participer à la procession de Notre-Dame Rosaire, célébration traditionnelle à Troyes en octobre, elle ne soupçonne pas qu’à son retour, sa vie aura changé pour toujours. Elle a 20 ans et le temps est venu pour elle de songer à ce qu’elle fera de sa vie d’adulte ; elle envisage probablement d’accepter une demande en mariage. On peut encore avoir de belles journées chaudes et lumineuses au début d’octobre en Champagne, et la foule qui se presse à la procession, ce dimanche-là, laisse supposer un soleil radieux. « Il y avait tant de monde, nous dit Marguerite, que la procession a débordé l’enceinte du monastère des Dominicains où elle s’était formée. »                  

Marguerite se décrit à cette époque comme « bien légère » et ajoute que cette caractéristique la rendait très populaire auprès des autres filles. Elle reconnaît, elle-même, qu’elle aime être élégante : parure et bijoux très jolis, assortiment de bagues, des boucles d’oreilles ornées d’émail, des ceintures de velours brodés de perles ou de pierres et des boucles de métal serties de pierres précieuses ou de motifs d’or.



Citation :
Sa vie témoignera de l’authenticité et de la profondeur de cette expérience


Elle continue : « On traversa une rue et on repassa devant le portail de Notre-Dame où il y a, au-dessus de la porte, une image de pierre. Et, en jetant la vue pour la regarder, je la trouvai très belle et, en même temps, je me trouvai si touchée et si changée que je ne me connaissais plus. » Sa vie témoignera de l’authenticité et de la profondeur de cette expérience de grâce non plus dans la solitude mais au milieu de la foule. Évidemment, rien de tout cela ne lui apparaît sur le moment. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’à cet instant, elle s’est donnée à Dieu.  

Le compte-rendu que rédige Marguerite de ce moment-clé de sa vie met en lumière deux éléments importants : l’expérience de sa conversion spirituelle et une expérience d’inspiration mariale et c’est par l’intermédiaire d’une statue que cette expérience l’a saisie. Lorsque l’évènement se produit, elle devait être en train de réciter le Rosaire, cette prière où la méditation sur les moments de la vie de Marie accompagne la répétition de la salutation de Gabriel à Marie, lors de l’Annonciation, et d’Elisabeth à la Visitation. On peut prouver que, tout au long de sa vie, sa dévotion mariale est positive, dynamique et vivifiante. Marguerite se sent à la fois envahie et embrasée par l’amour de Dieu. Elle nous en laisse une trace écrite : « Mais le véritable amour est celui d’amant qui se trouve rarement, car toute chose ne le touche : ni le bien, ni le mal, il donne la (sa) vie avec plaisir pour la chose aimée. Il ne connaît point ses intérêts, ni même ses besoins. La maladie et la santé lui sont indifférentes ; la prospérité ou l’adversité, la mort ou la vie ; la consolation ou la sècheresse lui sont égales. » Au cours des années qui viennent, un défi attend Marguerite : trouver le moyen d’incarner cet amour.  

Son premier geste est de s’inscrire à la Congrégation externe de Troyes, association de jeunes filles pieuses et charitables vouées à l’enseignement aux enfants des quartiers pauvres. La directrice des congréganistes est alors mère Louise de Chomedey de Sainte-Marie, sœur de Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondatrice et responsable de ce poste avancé de la Nouvelle France. C’est là qu’elle apprendra, en 1642, la fondation de Ville-Marie (la future Montréal) en Canada, et qu’elle perçoit un premier appel à la vie missionnaire.  

Cet appel se précise en 1652, lors d’une rencontre avec le sieur Chomedey de Maisonneuve, en quête d’une institutrice laïque pour instruire gratuitement les enfants français et indiens. La Vierge elle-même lui apparaît et confirme sa vocation : « Va, je ne t’abandonnerai pas », lui dit-elle. Embarquant sur un voilier misérable où éclate la peste, Marguerite arrive en Nouvelle-France en avril 1653. Elle s’occupe d’abord de l’intendance et encadre la vie spirituelle des colons.





Elle fonde la Congrégation de Notre Dame. Le 30 avril 1658, Monsieur Chomedey de Maisonneuve donne à Marguerite l’étable de pierres de la commune où elle commence son œuvre d’éducatrice. Elle y ouvre des classes, puis un pensionnat pour les enfants des colons, adopte de jeunes Iroquoises et fonde une congrégation pour les jeunes filles : la Congrégation de Notre Dame, bientôt reconnue par lettres patentes de Louis XIV en 1671.

C’est la première enseignante de Montréal. Elle a trouvé une formule merveilleusement adaptée au nouveau pays. Ses filles font des vœux, mais restent « séculières », c’est-à-dire qu’elles « ne sont point cloîtrées », à l’instar de Notre Dame : « La Sainte Vierge, écrit-elle, n’a point été cloîtrée mais elle a gardé la solitude intérieure partout, elle n’a jamais refusé de se trouver où la charité ou la nécessité avaient besoin de secours. » Plusieurs fois retournée en France pour chercher des consœurs, elle développe son charisme d’éducation libératrice et accueille notamment les Filles du Roy, orphelines envoyées par Louis XIV pour contribuer au peuplement de la colonie. L’œuvre prend son essor dans tout le Canada et Marguerite reçoit le surnom de « Mère de la Colonie ».


Une femme simple et forte. Marguerite Bourgeoys a « tout le caractère de la femme forte de l’Évangile ». Femme d’affaires et d’organisation, elle propose une « vie simple et sans façon », une vie laborieuse comme celle des apôtres, qui devaient « travailler pour n’être à charge à personne », « une petite vie simple et proportionnée » à sa condition de pauvre fille. Elle veut que sa communauté suive Jésus « dans sa vie étrette », pauvre et humble (…) car « plus je Le suivrai sans crainte, plus Il me protègera ; et plus je ferai sa volonté, plus Il me témoignera son amour ». Au plus fort des épreuves spirituelles, elle écrit : « Je n’ai pourtant jamais douté de la miséricorde de Dieu et j’espèrerai en lui quand je me verrai un pied dans les enfers. »  

Retirée en 1693, Marguerite a la joie de voir sa Congrégation reconnue par le Pape en 1698 et écrit son autobiographie. Sœur Marguerite du Saint-Sacrement meurt le 12 janvier 1700 à Ville-Marie, après avoir demandé au Seigneur de prendre la place d’une jeune sœur très malade. Béatifiée le 12 novembre 1950 par le pape Pie XII, elle est ensuite canonisée le 31 octobre 1982 à Rome par Jean-Paul II : c’est la première sainte du Canada. Sa fête est célébrée le 12 janvier.





Sœur Dominique Sabas
Congrégation de Notre-Dame


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions que sœur Dominique SABAS a faites le samedi 3 décembre 2016.


Proposition d'engagement





Participez à la retraite en ligne :


Suite au succès des retraites en ligne Source d’eau vive et Au cœur de ce monde, offertes depuis 2015 sur le site web de la Congrégation de Notre-Dame, sœur Marie Azzarello et sœur Rachel Gaudreau sont de retour ! Au cœur de cette année de la Miséricorde qui s’achève, elles nous invitent avec La Miséricorde, une chance pour la vie à prendre le temps de goûter la tendresse miséricordieuse de Dieu dans notre vie.

La nouvelle retraite en ligne lancée dès le 25 septembre est offerte sur une période de cinq semaines. La retraite complétée demeure sur le site web de la Congrégation de Notre-Dame de façon permanente. Les retraitants peuvent ainsi y revenir ou la vivre pendant la période qui leur convient le mieux. Les participants ont toujours la possibilité d’écrire à Sœur Marie ou à Sœur Rachel s’ils le désirent. Des écrits et des réflexions de Marie et de Rachel, du pape François et d’autres auteurs nous invitent dans La Miséricorde, une chance pour la vie à regarder dans nos vies et à contempler Dieu qui, tout comme le vigneron du figuier apparemment stérile (Lc 13, 1-9), veut nous donner une autre chance de porter du fruit. Des mandalas créés par Rachel enrichissent aussi notre réflexion. Le mot mandala signifie « cercle ».

Entrer dans le cercle d’un mandala inspiré de la Parole de Dieu peut nourrir la contemplation et nous aider à retrouver accès à notre fécondité pour répondre plus adéquatement à notre mission.

Bonne retraite !





Proposition de formation sur la foi





Comment authentifier une guérison miraculeuse ?


Pour être reconnues miraculeuses, les guérisons inexpliquées survenues dans un contexte de foi doivent être authentifiées - d’emblée et indissociablement - à partir d’une approche médicale (raison) et d’une approche spirituelle (foi). Car la guérison miraculeuse est bien plus qu’une guérison médicale.

Découvrez la réponse complète de Patrick Theillier.





Proposition de prière





Ensemble, prions cette semaine par l'intercession de sainte Marguerite Bourgeoys pour nos malades et nos pays.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 14:02


 1098 


CÎTEAUX : NOUVELLE PENTECÔTE SUR L’EUROPE





Créée à la fin du XIe siècle par saint Robert de Molesmes pour mieux faire vivre la Règle de saint Benoît, l’abbaye de Cîteaux a participé à l’essor de la famille cistercienne dans le monde. Elle rassemble aujourd’hui 25 moines sur place.


Une (r)évolution monastique Dieu a créé un homme qui a rêvé, préparé, organisé un nouveau monastère : saint Robert de Molesmes (1028-1111).
Son projet : redonner à la Règle de saint Benoît ses couleurs d’origine, après son affadissement chez les Clunisiens.
En 1098, Cîteaux (Côte-d’Or) est ainsi son troisième essai, après les abbayes de Saint-Michel de Tonnerre (Yonne) et de Molesmes (Côte-d’Or). L’habit noir des Clunisiens est remplacé par un vêtement blanc à scapulaire noir. C’est la naissance des Cisterciens.


Une question de Salut. À Cîteaux, il s’agit de vivre dans la fidélité aux promesses de la Règle. Saint Robert va quitter son abbaye florissante, installer la communauté à Cîteaux, puis laisser à ses deux successeurs le soin d’incarner durablement son intuition lorsque le Pape le renvoie reprendre la direction de Molesmes :

- Saint Albéric, deuxième abbé, 1099-1108. Il déplace Cîteaux à l’emplacement actuel au croisement de deux routes médiévales majeures, 25 km au sud de Dijon. Il lui donne les traits distinctifs dont la reconnaissance par Rome ainsi que l’exemption (indépendance par rapport à l’évêque local).

- Saint Étienne Harding, troisième abbé, 1109-1134. Il est le responsable de la première « industrie » de Cîteaux : le scriptorium (atelier de copie de manuscrits), réputé pour la qualité du texte biblique, objet de recherches critiques innovantes et de ses illustrations. Il accueille Bernard de Fontaines et ses compagnons, les forme au noviciat de Cîteaux, puis il envoie Bernard fonder Clairvaux (Aube). Ce dernier deviendra ainsi le saint Docteur de l’Église, Bernard de Clairvaux, qui assure encore aujourd’hui aux Cisterciens un rayonnement dans toute l’Europe.  





Voici l’Œuvre de nos trois saints fondateurs :


1. Rééquilibrer la vie monastique par le retour à la Règle dans sa pureté originelle.

Cela passe par :
 
- Une prière commune à l’église de ceux qui cherchent Dieu : « On ne préfèrera rien à l’œuvre de Dieu » (Règle de saint Benoît (RB) 43, 3).
- Une prière personnelle autour de la Lectio Divina pour goûter la Parole de Dieu au quotidien : « On réservera certaines (heures) à la lecture » (RB 48, 1).
- Vivre du travail de ses mains pour être « vraiment moines » (RB 48, 1.Cool et donc prophétiques. Les moines cisterciens sont à l’origine de grandes transformations du travail agricole et industriel au Moyen-Âge (granges, viticulture, moulins hydrauliques, foulons, forges, engrais).
- Une vie communautaire (RB 1, 2) pour une joyeuse ascèse qui libère pour aimer Dieu.  

2. Un retour au désert dans un monachisme simplifié (1099-1113)
 
Le désert médiéval c’est… la forêt, qui représente plus de la moitié de la superficie de la France. Son but est d’être assez à l’écart pour préserver un seul à seul avec Dieu.
Le désert permet d’écouter le silence. Comme on peut voir les étoiles en plein jour, en descendant dans un puits, on peut « voir » Dieu en faisant silence dans son cœur.
Le désert permet de renforcer le besoin d’entraide mutuelle pour vivre dans des conditions difficiles.
Le désert permet de nouer des relations fraternelles forgées dans les épreuves, de susciter un corps solidaire : celui du Christ.
Le désert permet d’être tout à Dieu, libre des obligations sociales, des droits et devoirs de la vassalité, du souci de paraître…  


Leurs choix sont une réaction à de nouvelles réalités :

- Travail manuel, surtout agricole et/ou de transformation (versus noblesse / écoles / villes)
- Équilibre de vie : travail, prière liturgique et personnelle (versus priants exclusifs – 1er Ordre)
- Retrait du Temps (versus activité paroissiale)
- Retrait / silence / contemplation (versus prédication / Parole / action)
- Vie cachée au creux des vallons perdus (versus collines)
- Austérité - simplicité - « pauvreté apostolique » (versus moines rentiers)
- Moines de chœur et frères lais, non clercs ni oblats (versus moines et ouvriers)
- Confédération d’abbayes autonomes (versus abbaye + filiales)  


3. Une fraternité dans l’amour   (1113-1153). Comment vivre l’expansion ?  
 
Saint Bernard (1090-1153) : la merveilleuse surprise (1112-1153). Bernard de Fontaines entre à Cîteaux en 1112. Trois ans plus tard, il est envoyé à Clairvaux près des sources de l’Aube pour y fonder la troisième communauté cistercienne. Les chrétiens y affluent, y compris le père et les cinq frères de Bernard par lui convertis. Bernard fonde 72 monastères, répandus dans toute l'Europe. En 1151, 500 abbayes cisterciennes existent déjà. À elle seule, Clairvaux compte 700 moines ; de l’abbaye sortiront un pape (Eugène III), 15 cardinaux et de nombreux évêques. Bernard, mort en 1153 à l’âge de 63 ans, est canonisé le 18 janvier 1174 par Alexandre III. Son succès est tel qu’on nomme parfois les Cisterciens les Bernardins. Saint Bernard est également à l’origine d’un renouveau de la piété mariale. Il a été déclaré Docteur de l'Église par Pie VIII en 1830. On le fête le 20 août.





La Charte de Charité Essentiellement œuvre de saint Étienne Harding, elle exprime la volonté de s’aimer entre Frères partout dans le monde (1119-1154). Il s’agit d’assurer la fraternité entre les communautés malgré leur dispersion géographique, grâce à l’exemple la Règle de saint Benoît, reconnu de tous. Les moyens pour mettre en œuvre cet amour sont les suivants :

- La rencontre annuelle des abbés de chaque communauté pour définir la législation de l’Ordre.
- L’entraide des abbés pour leur vie spirituelle par la prière et l’entraide.
- La capacité à se reprendre mutuellement, corriger, sanctionner des comportements déplacés.
- La visite annuelle des monastères par leur maison fondatrice pour encourager, aider, corriger l’évolution des « Maisons Filles ».
- L’entraide en personnel et en moyens matériels en cas de besoin.  


En à peine plus de 50 ans, l’idée devient projet ; puis comme un feu de ronces, 500 maisons de prière apparaissent, de la Lituanie au Portugal et de la Norvège à la Sicile.





Un moine
de l’abbaye de Cîteaux


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions pour la semaine d'un moine de l’abbaye de Cîteaux
:



Proposition d'engagement





Je découvre l'abbaye de Cîteaux


Cîteaux, c’est un site internet; une abbaye historique à visiter , avec   une communauté  bien vivante ; une hôtellerie pour vos retraites.  
Cîteaux, c’est aussi des propositions spécifiques dont  Les Aventuriers du Bonheur : stages d’une semaine pour les hommes et les femmes de 18 à 35 ans qui souhaitent apprendre à vivre au rythme des moines.
Cette semaine, nous vous proposons ainsi, selon vos capacités et vos disponibilités, de vous renseigner plus en détail sur cette abbaye et si possible de la visiter.



Proposition de formation sur la foi





Un Dieu Trinité, qu'est-ce que ça change pour nous ici-bas ?


Reconnaître en Dieu la Trinité, ce n’est pas jeter un regard indiscret sur le secret de Dieu, c’est découvrir son vrai Visage et comprendre comment nous pouvons nous insérer dans sa vie. La Trinité illumine jusqu’à notre amour humain ici-bas, qui se doit d’être ouvert au tiers.

Découvrez la réponse complète du Père Nathanaël Pujos.





Proposition de prière





Ensemble, prions le Salve Regina. Cette prière est une véritable hymne nationale des Cisterciens, à la suite de l’école de saint Bernard.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 14:05


 1091 


À FONTGOMBAULT : NOTRE-DAME DU BIEN-MOURIR





N’est-il pas curieux d’invoquer Notre-Dame sous le vocable de Notre-Dame du Bien-Mourir ? Tel est pourtant, depuis plus de deux siècles, le titre dont elle a voulu être honorée à Fontgombault (Indre), en ce monastère du Bas-Berry fondé par Pierre de l’Étoile en 1091.


La fondation de l’abbaye. L’histoire de Fontgombault est étroitement liée au monachisme : le nom même du village vient de l’ermite Gombaud, mort en 1023, qui se retira pendant des décennies au bord de la Creuse, utilisant une source d’eau potable (font, source en vieux français). Son successeur Pierre de l’Étoile est à la fin du XIe siècle le maître d’une petite colonie d’ermites installée sur la rive gauche de la Creuse, dont on voit encore aujourd’hui les grottes ; mais il décide en 1091 de fonder une abbaye sur la rive droite, sous la Règle de saint Benoît. L’église abbatiale de ce nouveau monastère, en croix latine et de style roman, longue de 80 mètres, fut placée sous le double patronage de Notre-Dame dans le mystère de son Assomption, et de saint Julien, premier évêque du Mans, qui était déjà cher aux ermites, puisqu’ils lui avaient dédié leur première chapelle, Notre-Dame des Grottes.




La Vierge Marie et Fontgombault. Peut-être la Vierge était-elle représentée sur les vitraux de l’abbatiale ; mais il est peu probable que les moines, qui se rattachaient à un courant assez austère du monachisme, illustré par les cisterciens en particulier, aient voulu orner leur grande église de fresques.
La seule représentation de la Mère de Dieu qui nous soit parvenue de ce temps est une Vierge de pierre calcaire du XIIe siècle, d’un bon mètre de haut, représentée en majesté et tenant l’Enfant divin sur ses genoux, comme les sculpteurs romans aimaient à la figurer.
À la fois Reine des fidèles et trône de la Sagesse, elle est entourée de deux anges qui rappellent sa dignité ; l’un d’eux tient une banderole sur laquelle figurait sans doute quelque parole de l’Écriture qui se référait à elle, mais que le temps a effacée ; l’autre un livre ouvert.
De sa main droite, la Vierge soutient la main de son Fils levée pour bénir, comme pour l’encourager à répandre ses bienfaits de grâce.



Notre-Dame de la Porte. Longtemps, elle a été Notre-Dame de la Porte : Vierge murale, elle se trouvait à l’extérieur de l’abbatiale, encastrée au-dessus du portail Nord, qui donne sur l’enclos monastique, et au-delà sur le village et les champs. À ses pieds sont passées les processions, elle a entendu les longues litanies, et aussi sans doute l’in paradisum, la merveilleuse antienne grégorienne que l’on chante pour accompagner les défunts jusqu’à leur dernière demeure terrestre. L’âge roman aimait ainsi à confier à la protection de Marie les portes de ses églises, symboles du passage vers l’au-delà. Dans l’abbatiale toute proche de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne), c’est sur le mur intérieur, au revers du grand porche, que le peintre l’a représentée, entourée aussi de deux anges. À Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret), autre célèbre sanctuaire monastique de la région ligérienne, on a retrouvé récemment une Vierge de même type, trônant parmi les Apôtres au centre d’un portail resté mystérieusement inachevé.  

Le fruit et la Vierge. À Fontgombault, une autre particularité attire l’attention : la Mère tient dans sa main un fruit, qui renvoie symboliquement au fruit du paradis : mais désormais, la Vierge, nouvelle Eve, nous le tend pour notre Salut, et non pour notre condamnation. En toute vérité, c’est l’Enfant qu’elle nous présente qui est ce fruit, « le fruit de ses entrailles » qui nous donne la vraie connaissance du bien et du mal. Un distique latin l’a bien exprimé :  

« Laeva gerit natum, gestat tua dextera malum Mali per natum tollitur omne malum. »  
« Votre main gauche tient le Nouveau-né, votre droite présente la pomme ; Par le Nouveau-né, tout le mal de la pomme a été retiré. »
 

Ces vers accompagnent la Vierge de Benoîte-Vaux (Meuse), en Lorraine ; il suffit, pour l’adapter à la Vierge de Fontgombault, d’inverser les côtés droit et gauche. Dans un de ses sermons saint Bernard s’adressa ainsi à Adam : « Que disais-tu, Adam ? “La femme que vous m’avez donnée m’a donné du fruit de l’arbre, et j’ai mangé”. Ce sont là de mauvaises paroles. Mais la Sagesse vainc le mal. […] Change-donc ces mots d’excuse pervers en paroles d’action de grâces, et dis : “Seigneur, la femme que vous m’avez donnée m’a donné du Fruit de l’arbre de vie, et j’ai mangé ; et c’est devenu plus doux que miel à ma bouche, parce qu’en lui, vous m’avez donné la vie” ».
 


Citation :
Toute grâce qui nous vient du Christ, nous vient par sa Mère

Mais on remarque aussi que l’Enfant lui-même tient dans sa main gauche un fruit, comme sa Mère : c’est un symbole traditionnel de la médiation universelle de la Mère de Dieu. Cela signifie que toute grâce qui nous vient du Christ, nous vient par sa Mère. Avant les précisions des théologiens, et en particulier de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, décédé il y a trois cents ans, nos pères du XIIe siècle avaient déjà compris cette doctrine si féconde.  

Un passé tourmenté. Bien des heurs et malheurs de la chrétienté ont trouvé écho dans l’antique abbatiale de Pierre de l’Étoile. La Vierge en a été le témoin, compatissante et toujours miséricordieuse. Ainsi au XIVe siècle, lors de la guerre de Cent Ans, l’abbatiale est transformée en fort, et subit un premier incendie. En 1372, Du Guesclin et ses Bretons la libèrent de l’occupation anglaise. Plus tragiquement, en 1569, l’abbaye est pillée par les troupes protestantes, qui brûlent presque tous les bâtiments. La statue de Notre-Dame échappe pourtant à leurs mains, malgré la ruine de la grande nef.  

Il fallut encore d’autres heures sombres avant qu’elle retrouvât sa place dans la vénération des fidèles. Déjà au milieu du XVIIIe siècle, les moines avaient disparu, victimes de la commende et de l’esprit des « Lumières ». L’abbaye avait en effet été sécularisée au profit des Prêtres de la Mission, fils de saint Vincent de Paul. Vendue à la Révolution comme Bien national, l’église fut vouée à servir de carrière de pierre. Bientôt, une main sacrilège viendra inscrire ses graffiti impies sur les colonnes de son sanctuaire : Numquam Deo ! (« Qu’il ne soit plus jamais à Dieu ! »).





La naissance de Notre-Dame du Bien-Mourir. Au temps de la Révolution, un malheureux osa s’attaquer à la vénérable statue pour la mettre à bas. Mal lui en prit : il fit une grave chute, dont il mourut peu après. Justice de Dieu ? Certes, mais justice qui, sans supprimer la souffrance, sait la transformer en amour : Notre-Dame obtint son repentir et sa conversion. Aussi, fut-elle désormais invoquée sous le titre de Notre-Dame du Bien-Mourir.
Bien souvent, on vint des paroisses voisines lui recommander des agonisants, et par son intercession, de nombreuses grâces de mort chrétienne ont été obtenues, ainsi que des guérisons réputées miraculeuses.
 

Le renouveau de l’abbaye. La communauté de Trappistes qui s’installa en 1849 dans l’antique abbaye entreprit de restaurer l’église, en commençant par le sanctuaire, puis dans la dernière décennie du XIXe siècle, la nef elle-même. Les fidèles de la contrée témoignèrent une grande dévotion envers la Vierge du Bien-Mourir, des pèlerinages fréquents vinrent lui rendre hommage, et en 1869, le curé de Fontgombault demanda à l’archevêque de Bourges d’ériger dans sa paroisse une Confrérie de la Bonne-Mort, sous le titre de Notre-Dame du Bien-Mourir.
En 1874, il en obtint l’affiliation à l’Association de la Bonne-Mort, établie à Rome dans la maison des Pères Jésuites, ce qui la fit bénéficier de nombreuses grâces (indulgences pour les confrères ou applicables aux défunts). Cette confrérie connut un grand succès, comptant jusqu’à 20 000 associés. Les Trappistes, qui avaient fait classer l’église au titre des monuments historiques dès 1862 et créé une distillerie de kirsch en 1899, sont cependant expulsés par les lois anti-congrégations de 1904 ; les bâtiments sont heureusement sauvés par l’avocat Louis Bonjean (mort de blessures de guerre en 1914), qui s’en sert pour des œuvres sociales.
L’abbaye devient ensuite hôpital militaire, puis le séminaire diocésain pendant quelques décennies.  




Fontgombault aujourd’hui La vie monastique a repris à Fontgombault en 1948, grâce à un essaim monastique venu de Solesmes ; signe de son dynamisme, l’abbaye a ensuite fondé quatre abbayes filles à la fin du XXe siècle.
La statue de Notre-Dame du Bien-Mourir, restaurée, a alors été installée dans le bas-côté Sud, où elle reçoit les hommages des fidèles et des moines, spécialement le 15 août, jour de la fête patronale de l’église. Le petit autel construit dans la nef au niveau de la statue a été consacré en 1954 sous le titre de Marie-Médiatrice.
En 1991, pour le neuvième centenaire de la fondation du monastère, la statue a été solennellement couronnée par Monseigneur Nowak, évêque de Czestochowa en Pologne.





Un moine
de l'abbaye de Fontgombault


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions qu'un moine de l'abbaye de Fontgombault a faites le samedi 17 décembre 2016.:


Proposition d'engagement





Je (re)lis le « Traité de la vraie dévotion » de saint Louis-Marie Grignion de Montfort


Cette semaine, nous vous proposons de lire ou relire le « Traité de la vraie dévotion » de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dont nous célébrons cette année le troisième centenaire de la mort. Au terme d’une préparation sérieuse, se consacrer à la Vierge, dans son esprit, pour « faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus Christ, avec Jésus Christ, en Jésus et pour Jésus ».




Proposition de formation sur la foi





Quelle importance reconnaître aux apparitions de Marie à l'Ile Bouchard ?


En 1947, à l’ÎIe Bouchard, la Vierge Marie est intervenue à un moment dont on a oublié à quel point il était critique en France. N’oublions pas que la Mère de Dieu demeure attentive et disponible.

Découvrez la réponse complète du Père Bernard Peyrous.





Proposition de prière





Les fidèles sont invités à adresser la prière suivante à la Vierge de Fontgombault..



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 14:09


 1680 


LA VIE CHRÉTIENNE À L’ÉCOLE DE LA VIERGE MARIE SELON SAINT JEAN EUDES





Premier prêtre à célébrer une messe en l’honneur du Cœur de Marie, Jean Eudes (1601-1680) défend la place de la Vierge Marie dans la vie et la dévotion chrétiennes, sans rien occulter à celle de Jésus-Christ.


« Nous ne devons pas séparer ce que Dieu a uni si parfaitement. Qui voit Jésus voit Marie, qui aime Jésus aime Marie. Celui-là n’est pas vraiment chrétien qui n’a pas de dévotion à la Mère de Jésus-Christ et de tous les chrétiens » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

« Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même, elle n’est rien : son Fils est tout en elle » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 338, Lecture 50).

Dans la tension de ces deux citations, nous pouvons saisir le souci de saint Jean Eudes (SJE) (prêtre normand, 1601-1680) : donner une place à la Vierge Marie dans la vie et la dévotion chrétiennes, n’occulter en rien la place de Jésus-Christ.

Voilà la clé de la dévotion mariale chez Jean Eudes. Oui, Marie a une place importante, mais c’est à cause de son union à son Fils. « Elle n’est rien sans son Fils qui est tout en elle. » Cette considération doit nous interpeler dans notre pratique. Quand nous méditons le chapelet, nous ne contemplons pas la vie de Marie, mais les étapes et les mystères de la vie du Christ, dont Marie a été témoin et auxquels elle a été unie. Pour saint Jean Eudes, la dévotion mariale est contemplation de l’union indissociable du Christ et de Marie. « Son Fils Jésus est tout en elle : il est son être, il est sa vie, sa sainteté, sa gloire.  Il faut le remercier et nous offrir à lui pour qu’il nous fasse participants de l’amour qu’elle lui a porté » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

Nous avons donc à contempler et respecter cette union : être de Marie – être de Jésus, vie de Marie – vie de Jésus, sainteté de Marie – sainteté de Jésus, gloire de Marie – gloire de Jésus.



1. Sources scripturaires

Avec Luc, nous découvrons une femme banale, une jeune fille promise. Ce qui retient notre attention, c’est son « OUI » (Luc 1,38). À partir de ce « OUI », elle est unie au Christ. Elle le porte. Comme toute mère elle le portera toujours, jusqu’à avoir son cœur transpercé d’un glaive de douleur quand ce Fils mourra. À la Visitation, qu’est-ce que reconnaît Elisabeth ? « Comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Sauveur vienne jusqu’à moi » (Luc 1,43). Sous l’action de l’Esprit, Elisabeth authentifie l’union de Marie qui porte Jésus.



Citation :
Marie favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ


À la crèche, la mère et l’enfant sont très proches. Mais Marie n’est pas propriétaire du don de Dieu. Aux bergers, aux mages, elle donne son fils à contempler, à reconnaître comme signe de l’œuvre de Salut de notre Dieu. Au Temple, elle laisse Syméon, cet inconnu, prendre l’enfant et lui-même en devenir porteur. Dès la naissance de Jésus, Marie découvre qu’elle doit communier à son offrande. Marie partage son union ; elle favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ. Cette part sacrificielle de sa vie en union au sacrifice du Christ, Marie l’expérimente peu à peu. C’est la leçon que nous pouvons retenir du pèlerinage au Temple quand Jésus eut douze ans (Luc 2,41-50). Elle doit apprendre que c’est au Temple, au lieu même du sacrifice, que son Fils doit être, dans l’accomplissement de la mission donnée par son Père. Et Marie doit y être aussi.

C’est ainsi que nous pouvons comprendre aussi l’épisode qui nous est rapporté de la rencontre de Jésus et de sa Mère alors qu’il est sur les routes (Matthieu XII, 46-50 ; Marc III, 31-35 ; Luc VIII, 19-21). Souvent, ces passages sont interprétés comme sévères vis-à-vis de Marie quand Jésus interroge : « Qui est ma mère ? » Mais la réponse du Seigneur est bien un éloge : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est ma mère. » Il n’y a pas de plus beau compliment fait à la Vierge Marie dans tout l’Évangile ! C’est bien elle qui fait la volonté de Dieu. Marie est bien celle par excellence qui communie à la volonté de Dieu, comme son Fils. Dans cette union totale avec le Fils, elle a souvent dit les paroles de Gethsémani : « Non pas ma volonté Seigneur, mais la tienne » (Luc 22,42).

Et c’est à partir de ces méditations de l’union du Christ et de Marie, que saint Jean Eudes a été conduit à contempler leur intimité. Et tout naturellement, il la situe dans le Cœur.





2. Saint Jean Eudes nous donne la fête du Cœur de Marie
L’image du Cœur pour dire l’union entre deux êtres nous paraît naturelle et banale. Mais au temps de Jean Eudes, cela demeure inédit. Le saint est bien le premier à célébrer une messe en l’honneur du Cœur de Marie. Il y contemple l’union parfaite de Jésus et de Marie. Ils n’ont qu’un Cœur. « C’est le Cœur de la Fille unique et bien-aimée du Père éternel ; c’est le cœur de la Mère de Dieu ; c’est le cœur de l’Épouse du Saint-Esprit ; c’est le cœur de la Mère très bonne de tous les fidèles. C’est un cœur tout embrasé de l’amour de Dieu, tout enflammé de charité envers nous » (OC VII p.461, Lect 53).

Dès que saint Jean Eudes contemple l’unité du Cœur de Jésus et Marie, nous basculons dans l’élan de l’amour de Dieu. Quand il décrit l’amour qui unit Jésus et Marie, il le situe dans le cœur de chacun d’eux. Et ce qu’il y découvre, c’est que ce cœur n’aime pas que Jésus, ou qu’il n’aime pas que Marie, il est « tout enflammé de charité envers nous ».

Dans l’Évangile de Jean, au chapitre 2, nous voici à Cana. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. Regardons Marie. Elle se préoccupe de la situation, elle est charité pour les mariés. Et se faisant, elle ne met pas le projecteur sur elle, mais sur son Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5). Saint Jean Eudes décrit ce mouvement : un amour qui unit Jésus et Marie, qui est ouvert sur l’amour pour tous les hommes et permet qu’ils rencontrent le Christ.

Cette dynamique culmine à la Croix. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. « Jésus dit à sa Mère : « Femme voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » »  (Jean 19, 26-27). Tout est dit. Tout est vécu. L’amour culmine dans ce don. Jésus est donné. Marie aussi. De Mère du Christ, elle devient Mère des hommes. Son amour pour son Fils devient amour pour nous. Le Cœur de Marie, c’est le cœur de la Mère du Christ qui aime tous les hommes, avec un cœur de Mère. « Le Cœur de Marie est tout amour pour Dieu, car il n’a jamais rien aimé que Dieu seul […]. Il est tout amour, parce que la Vierge Marie  a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Il est tout amour parce qu’il a toujours voulu ce que Dieu voulait. […] Le Cœur de Marie est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c’est Dieu qu’elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime son Fils. Car elle sait qu’il est notre chef et que nous sommes ses membres » (Œuvres complètes, vol. VIII, p. 114, Lecture 53).

Voilà qui donne le vertige. Car si nous contemplons ce que Dieu a fait en Marie, nous sommes conduits à prendre conscience de ce qu’il a fait pour nous et, dans le même mouvement, à reconnaître combien nous lui en sommes redevables ! Nous pourrions fuir, nous estimer indignes de tels bienfaits. C’est à cause de ce risque qu’il y a le Carême. Il nous prépare à vivre la grandeur du don que Dieu nous fait et que nous célébrons à Pâques. Et c’est pour que nous ne fuyions pas que SJE lance cet appel : « Vous tous qui avez soif, venez boire à cette source. Hâtez-vous ! Pourquoi différez-vous d’un seul moment ? Vous craignez de faire du tort à votre Sauveur si vous vous adressez au Cœur de sa Mère ? Mais ne savez-vous pas que Marie n’est rien, n’a rien, ne peut rien que de Jésus, par Jésus et en Jésus ? Que c’est Jésus qui est tout, peut tout, et fait tout en elle ? Ne savez-vous pas que non seulement Jésus est résidant et demeurant continuellement dans le Cœur de Marie, mais qu’il est lui-même le Cœur de son Cœur, et qu’ainsi venir au Cœur de Marie, c’est venir à Jésus » (Œuvres Complètes, vol. VI, p. 148, Lecture 52).

Alors n’ayons pas peur. Comme Jean y a été invité au pied de la Croix, prenons Marie chez nous (Jean 19,27). C’est aussi l’expérience de Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, car l’enfant qu’elle porte, vient de l’Esprit Saint » (Matthieu 1,20). Nous voici dans notre troisième moment auquel nous invite saint Jean Eudes : vivre avec Marie.  



3.   La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie

Le Cœur de Marie nous est donné pour devenir le nôtre, le siège du même amour, la force du même accueil de la volonté de Dieu, la capacité de la même offrande de notre vie. Mettons-nous à l’école de l’amour débordant de ce Cœur. « Ce Cœur admirable est l’exemplaire et le modèle de nos cœurs, et la perfection consiste à faire en sorte qu’ils soient autant d’images vives du saint Cœur de Marie » (Œuvres Complètes, vol. VIII, p. 431, Lecture 52). Saint Jean Eudes parle de Marie comme le prototype du chrétien puisque le Cœur de Marie est le modèle de notre cœur. Si nous nous référions au Cœur de Jésus seul, il paraîtrait normal qu’il soit la perfection de l’amour. Il est Dieu. Mais dans le Cœur de Marie, nous puisons le grand encouragement qu’un cœur humain puisse aimer de la sorte. Nous croisons ici toute la dynamique de la vie chrétienne prêchée par Saint Jean Eudes. Il s’agit de « former Jésus en nous », de nous laisser configurer au Christ pour aller jusqu’à « continuer la vie de Jésus ». Voilà le programme. Impossible à remplir sans suivre l’exemple encourageant de Marie, sans être habité de l’amour de Dieu.





Pour le dire autrement, c’est en considérant l’œuvre de Dieu en Marie que nous pouvons comprendre notre vocation. C’est en contemplant son expérience que nous pouvons découvrir comment nous aussi, comme Marie, nous pouvons être accueil de la Parole qui nous est dite de la part du Seigneur et faire la Volonté de Dieu. « Qui sont ma mère, mes frères et mes sœurs ? Ce sont ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique » (Luc 8,21). C’est bien en ce sens de notre vocation baptismale que nous devons laisser Marie être notre Mère, celle qui nous éduque, nous conduit sur le chemin de sa vie de communion à son Fils. Marie, peu à peu, fait que, comme elle, nous portions le Christ au monde.

Notre cœur doit avoir une double orientation : aimer Dieu comme Marie à Cana qui va trouver son Fils, comme Marie du pèlerinage au Temple qui n’a de cesse de retrouver son Fils ; et aimer tous les hommes comme Marie de Cana qui se préoccupe de la situation, comme Marie de la Croix qui devient la mère de Jean, de nous tous.

À nous d’aller de l’avant dans cette lancée. Nous devons être à l’école du Cœur de Marie dont saint Jean Eudes décrit l’activité débordante :

« Ô très douce et très pieuse Vierge Marie, vous qui regardez des yeux de votre bonté tant de misère et tant de misérables, dont toute la terre est remplie ; tant de pauvres, tant de veuves, tant d’orphelins, tant de malades en toutes manières, tant de captifs et de prisonniers, tant d’hommes qui sont traversés et persécutés par la malice des hommes, tant d’indéfendus qui sont opprimés par la violence de ceux qui sont au-dessus d’eux, tant de voyageurs et de pèlerins qui sont au milieu des périls, sur mer et sur terre, tant d’ouvriers évangéliques qui sont exposés à mille dangers pour sauver des âmes qui se perdent, tant d’esprits affligés, tant de cœurs angoissés, tant d’âmes travaillées de diverses tentations … »
(Œuvres Complètes, vol. VII, p. 32, Lecture 57).

À l’école de la Vierge Marie, c’est bien vers eux tous que nous devons orienter notre regard pour apporter, comme elle, la guérison par l’amour de son Fils.

Entendons pour nous-mêmes la réponse de Jésus : « Heureuse celle qui t’a nourri de son lait. – Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc 11, 27-28). Vivons de cette béatitude vécue par Marie.





Père Laurent Tournier
Eudiste


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions que le Père Laurent Tournier a faites le samedi 24 décembre 2016.:


Proposition d'engagement





Je prends des moments de halte pour me tourner avec Jésus vers le Père


À l’école de Jean Eudes, nous pouvons chercher à mettre plus encore notre vie chrétienne en conformité avec celle du Christ. Dans nos journées, nous pouvons prendre des moments de halte pour nous tourner avec Jésus vers le Père. Nous pouvons aussi choisir une pause plus longue d’un week-end ou d’une semaine, seul en couple ou en famille (par exemple au centre spirituel eudiste :




Proposition de formation sur la foi





Jésus a-t-il vraiment existé ?


La certitude historique de l’existence de Jésus n’a jamais été sérieusement mise en question depuis 2000 ans et elle est attestée par des faits et de multiples sources antiques, chrétiennes, juives ou profanes.

La réponse complète de Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain.





Proposition de prière





Je prie avec saint Jean Eudes pour apprendre à recevoir le Christ.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 14:12


 1622 


SAINT FRANÇOIS DE SALES, UN ÉVÊQUE ÉVANGÉLISATEUR ET CHARITABLE AU SERVICE DES PAUVRES





François est né le 21 août 1567 au château de Sales, à Thorens-Glières, près d'Annecy. Pendant sa grossesse, sa mère le consacre au Seigneur lors du passage du Saint-Suaire dans sa paroisse. Sa naissance a lieu prématurément le septième mois, mettant en danger sa vie et celle de sa mère. Aîné de six enfants, il refusera le métier de sénateur que lui choisit son père pour se consacrer aux plus pauvres en devenant prêtre puis évêque.

Son père, François de Boisy et sa mère, Françoise de Sionnaz mènent une vie chrétienne exemplaire et offrent une atmosphère humaine épanouissante pour la croissance de leurs enfants. François de Boisy est homme d’un jugement résolu, ferme dans ses décisions, bienveillant avec ses sujets et ennemi déclaré du protestantisme qui prend alors son essor dans la région. Sa femme est d’une piété profonde, généreuse, noble d’esprit, modeste, aimable et très proche de son fils François.

La date exacte de son baptême est contestée. Il est en effet probable que sa naissance prématurée ait précipité les choses, mais les solennités rituelles ont lieu le 28 août 1567 en l’église de Thorens. La jeunesse de François se déroule dans un village appelé Brens, endroit d'une beauté exquise. Entre trois et cinq ans, il reçoit sa première formation chrétienne de sa mère et de Françoise Duret, son premier professeur.


De 1573 à 1575, François est instruit à La Roche, à une courte distance de Thorens. Il poursuit ensuite sa formation à Annecy jusqu’en 1578. Il reçoit la communion et la confirmation des mains de Mgr Ange Giustiniani à l’âge de huit ans. Dès ses premières années, il se révèle être un garçon attentif, calme, réfléchi et peu intéressé par les jeux. Les années passant, il montre une curiosité étonnante pour les mystères de la foi et consacre de plus en plus de temps aux prières quotidiennes, à la lecture des livres de piété et la visite des églises. L’Eucharistie devient le centre de sa vie. Sa vocation à la prêtrise se dessine en douceur. Il reçoit la tonsure le 20 septembre 1578 par Mgr Gallois Regard (1512-1582), évêque de Bagnorea dans le Latium, revenu en Savoie.

À partir de 1582, François de Sales part poursuivre ses études au collège à Paris, avant de suivre quatre ans d'études classiques au collège des jésuites de Clermont. Il y devient un homme de la Renaissance sur le plan intellectuel et obtient un baccalauréat en arts. Par obéissance à la volonté de son père qui voudrait le voir devenir magistrat, il acquiert les compétences attendues de la noblesse. Il commence ses études de philosophie en octobre 1585. Au cours de ces années, il trouve plaisir à explorer la théologie dogmatique, positive, et morale ; l'Écriture Sainte, la patrologie et la politique. D’un tempérament colérique, il essaie de changer cette nature et acquiert de la douceur après de longs efforts sur lui-même depuis ses vingt ans.


Citation :
Un jour, il entre dans une église, prie devant une statue de Marie et retrouve soudainement la paix


À l'âge de dix-neuf ans, François de Sales traverse une grande crise, qui s’étend sur six longues semaines de décembre 1586 à janvier 1587. Il est tenté par le désespoir en raison de l'influence des luthériens et du pessimisme pré-janséniste. Il craint d’être prédestiné à l'enfer par un jugement infaillible de Dieu. Mais un jour, il entre dans une église, prie devant une statue de Marie en récitant le memorare et retrouve soudainement la paix.

Son père souhaite que son aîné suive une carrière dans le service d’État. Ainsi, après son retour à Annecy en 1588, il est envoyé à l'université de Padoue pour étudier le droit. Là aussi, il trouve le temps d'étudier la théologie. François est un fin observateur de la vie et des gens. À Milan, il visite le tombeau de saint Charles Borromée et cela confirme son désir d'être saint. Se plaçant sous la direction spirituelle d’Anthony Possevin, jésuite, il rédige une règle pour sa vie, renouvelle sa promesse de chasteté, et récite l'office divin. Le 5 septembre 1591, il reçoit son doctorat en droit civil et droit canon.

À son retour de Padoue, son père pense faire de lui un sénateur et suggère qu'il contracte un mariage avec une femme riche et belle appelée Françoise Suchet. Mais le jeune homme reste ferme dans sa décision de devenir prêtre. Il est ordonné le 18 décembre 1593 à l’âge de 26 ans. Il entreprend alors une mission difficile : partir à la rencontre des calvinistes dans le Chablais (ancienne possession du comté de Savoie) pour essayer de les ramener à la foi catholique. Le 14 septembre 1594, il part avec son cousin Louis de Sales. Là, il va connaître beaucoup d’épreuves : des oppositions de toutes sortes, y compris des tentatives d’attenter à sa vie. Il va y répondre par la prière, la pénitence, la prédication, l'écriture, le débat public avec les ministres calvinistes. Sa persévérance est victorieuse, il ramène tout le quartier à la foi catholique !

Dans le Chablais, il introduit une méthode novatrice : présenter d'une manière simple et directe la doctrine de la foi et une critique de l'enseignement des réformateurs par des brochures distribuées à la population pendant deux ans. Il contribue à la création d'un collège sous la direction des jésuites, un groupe de prêtres séculiers suivant la règle de l’Oratoire et une auberge de jeunesse à Thonon. Le 15 mars 1599, le pape Clément VIII le confirme coadjuteur de l’évêque de Genève, Mgr de Granier.

Après la mort de Claude de Granier, François est consacré évêque de Genève à Thorens le 8 décembre 1602 par Mgr Vespasien Gribaldi, archevêque émérite de Vienne et métropolitain de Genève. La cathédrale Saint-Pierre de Genève étant occupée par les protestants calvinistes depuis 1535, c’est à Annecy que siège François : il ne mettra jamais les pieds dans sa cathédrale. L’évêque est un bon berger. Il se soucie autant des riches que des pauvres, mais avec une préférence particulière pour ces derniers. Il porte en lui l'esprit de l'humanisme chrétien et prend des initiatives pour la formation du clergé et pour la formation spirituelle des jeunes. Une confrérie des laïcs est créée dans le but d'enseigner la doctrine chrétienne. Pendant sa vie, il prêche plus de 4000 sermons. C’est un prédicateur au verbe puissant et plein de charme, qui parle à la fois comme un père et un enseignant. Il accompagne en tant que directeur spirituel un certain nombre de personnes.




Les livres les plus connus de François de Sales sont : Introduction à la vie dévote et le Traité sur l'Amour de Dieu. Les deux sont considérés comme des classiques spirituels. Il a fondé l'ordre contemplatif de la Visitation avec sainte Jeanne de Chantal (1572-1641) le 6 juin 1610 qui met en valeur les vertus illustrées lors la visite de Marie à sa cousine Élisabeth : l’humilité, la piété et la charité mutuelle (environ 150 monastères). La Vierge Marie est en effet un modèle important pour lui.

Proche des rois Henri IV et Louis XIII, saint François de Sales meurt à l'âge de 55 ans d'une hémorragie cérébrale à Lyon le 28 décembre 1622. Il a été béatifié en 1662 puis canonisé le 19 avril 1665 par le pape Alexandre VII. Il a été déclaré docteur de l'Église le 16 novembre 1877 par le pape Pie IX. Pie XI l’a quant à lui proclamé le patron céleste de tous les journalistes et écrivains le 26 janvier 1923. En plus de ces deux titres, Saint François de Sales est l'apôtre du Chablais et le saint « Gentleman ». Diverses congrégations religieuses ont été fondées sous son patronage.




Père Viju MATHEW
Curé de la paroisse Saint-François de Sales, Thorens-Glières


Compléments

Sources documentaires


Les 3 propositions que le père Viju Mathew a fait le samedi 14 mai 2016.:


Proposition d'engagement




Comme saint François de Sales, nous vous proposons cette semaine de faire œuvre de charité envers plus pauvre que vous. Par la prière, l’écoute ou le service, mettez votre cœur en union avec celui qui en a particulièrement besoin et répondez par la charité et la bonté qui caractérisaient celui que l’on a surnommé le « docteur de l’amour ». « Rien par force, tout par amour », telle était la devise qui a guidé toute sa vie saint François de Sales.


Proposition de formation sur la foi





Que dit la Doctrine sociale de l'Église ?


La Doctrine sociale de l’Église (DSE) est un trésor bien trop méconnu, qui propose une vision réfléchie de la société ainsi que des objectifs, des principes, des valeurs et des réflexions indispensables pour la mettre réellement au service de la personne humaine.

Découvrez la réponse complète de Joël Thoraval, président national du Secours Catholique de 1998 à 2004.






Proposition de prière




Cette semaine, nous vous proposons aussi de réciter et de méditer avec nous la prière à saint Joseph de saint François de Sales que nous fêtons aujourd'hui.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 14:24


 2013 


FRÈRE PIERRE-MARIE : CREUSER UNE OASIS DE PRIÈRE DANS LE DÉSERT DES VILLES





Au milieu des années 1970, le Frère Pierre-Marie (1934-2013) a fondé une Fraternité monastique pour creuser une oasis de prière dans le désert des villes.


Les sources d’une vocation. Pierre Delfieux naît le 4 décembre 1934, à Campuac (Aveyron), dans une famille de six enfants. La maison familiale se trouve face à l’église où il fait sa première communion à six ans. Chaque matin, il va servir la messe avant d’aller à l’école communale.

Le maître lui remet un jour, en guise de prix, un livre racontant « la vie d’un officier qui est devenu curé ». Le jeune Pierre est fasciné par le visage de l’homme imprimé sur la couverture et le cœur rouge brodé sur sa poitrine. C’est le début d’une longue amitié spirituelle avec Charles de Foucauld.

À 17 ans, une retraite dans un centre marial s’avère décisive : il prend conscience de l’amour dont il est aimé, et choisit de répondre à l’appel qu’il a entendu lors de sa première communion. Après son baccalauréat, il entre au grand séminaire de Rodez (Aveyron). Il est envoyé pour finir sa théologie à l’Institut Catholique de Toulouse, puis pour des études de philosophie et de sciences sociales, à Paris, à la Sorbonne. Il est ordonné prêtre dans la cathédrale de Rodez, le 29 juin 1961, et nommé vicaire de la cathédrale.



Sur les pas du Christ. En 1965, il intègre à la demande du futur Cardinal Lustiger qui la dirige, l’équipe d’aumôniers d’étudiants du Centre Richelieu. La vie de l’aumônerie est intense et les initiatives nombreuses. Mgr Guy Gaucher se souvient d’un week-end d’étudiants, organisé par le P. Delfieux pour les anglicistes, qui, avec 600 étudiants, battit tous les records de participation !

Des pèlerinages sont organisés, à Chartres bien sûr, mais aussi en Italie, en Espagne, en Terre Sainte…
Le P. Delfieux y découvre l’importance que peut avoir pour la vie de foi un pèlerinage sur les pas de Jésus ; très attaché à cette terre, il continuera d’y guider régulièrement des pèlerinages pour les Frères et Sœurs de Jérusalem et les laïcs proches des Fraternités.
En ces années 1960, il découvre aussi le désert et devient, au Centre Richelieu, le spécialiste des méharées (randonnées organisées dans le désert à dos de dromadaire) au Sahara, vers Tamanrasset (Algérie) et les lieux habités par le P. de Foucauld.



Un ermite dans le désert  Aussi, quand au bout de sept ans de cet apostolat marqué par les bouleversements introduits par Mai 68, il lui est proposé de prendre une année sabbatique, il ne résiste pas à l’appel du désert et part d’abord à Béni-Abbès (Algérie), dans la communauté des Petits frères de Jésus, puis à l’Assekrem, dans le massif du Hoggar.
Le P. Delfieux y construit de ses mains un ermitage, auquel il donne le nom de Bethléem et où il passe une première année, puis une seconde, avec la seule compagnie des pierres et des étoiles. Avec, dit-il, ce qui suffit : « La Bible et le Saint-Sacrement. »



Un moine dans la ville.  Peu à peu, s’organise en lui ce qui n’était encore que des aspirations : mener une vie fraternelle, dans le partage de la liturgie, pour l’annonce de l’Évangile.

Une conviction s’impose : le vrai désert aujourd’hui se trouve dans les villes. C’est là qu’il faut aller creuser des oasis de prière. Sa décision est prise : en juin 1974, il quitte l’Assekrem et va confier au Cardinal Marty, rouergat d’origine comme lui et, à ce moment-là, archevêque de Paris, son désir : devenir moine dans la ville.



La fondation de la première Fraternité. Ce désir rencontrant l’intuition du Cardinal, la fondation peut naître. Une église lui est confiée dans le centre de Paris, pour y établir la future Fraternité : ce sera Saint-Gervais, proche de l’Hôtel de Ville et du quartier des Halles.

Pendant une année, le P. Delfieux précise son projet et rassemble ses premiers compagnons. D’emblée, l’essentiel est posé : une vie fidèle aux grandes exigences monastiques et professant les trois vœux de chasteté, pauvreté et obéissance ; mais adaptée en sa forme concrète, aux réalités de l’Église postconciliaire et du monde contemporain. L’accent est mis sur la prière personnelle et communautaire, avec d’amples liturgies chantées dans une église ouverte à tous.

La vie fraternelle est fondamentale, mais elle se vit en ville, dans des appartements ou des maisons loués, sans que la Fraternité puisse acquérir de propriétés. Le travail, nécessaire pour gagner son pain, se veut aussi solidaire des contraintes vécues par les citadins : il se vit de préférence à mi-temps comme salarié. Les Frères veulent ainsi se situer en solidarité avec les citadins qui les entourent, mais aussi en contestation pour affirmer le primat de l’amour et de la prière.



La naissance du Frère Pierre-Marie.. La première liturgie est chantée par une douzaine de Frères dans l’église Saint-Gervais, le 1er novembre 1975, fête de Toussaint. La feuille expliquant le projet justifie le choix de cette date : « Notre aventure sera celle de la sainteté, ou elle ne sera pas. »

Le Père Delfieux devient Frère Pierre-Marie, pour marquer son attachement filial à la Vierge. Sa vie se confond désormais avec celle de la Fraternité qu’il guide et anime inlassablement.



L’expansion des Fraternités.  Une Fraternité de moniales naît à son tour le 8 décembre 1976. Même si Frères et Sœurs chantent ensemble toutes les liturgies, dès le départ les logements et les gouvernements des deux Fraternités sont bien distincts. Une étape décisive est franchie en 1978-1979, où les Fraternités reçoivent le nom de « Jérusalem », la ville sainte. Frère Pierre-Marie met alors par écrit le tracé spirituel des Fraternités, fondé sur sa méditation de la Bible et sur l’expérience déjà accumulée. Son livre est intitulé Livre de Vie de Jérusalem (Éditions du Cerf, 7e édition, 2014), et rapidement traduit en plus de 20 langues.

Après le temps des découvertes et des tâtonnements, vient à partir des années 1990 le temps de la création de nouvelles fondations ; alors que les Fraternités comptent déjà une centaine de Frères et Sœurs. Ces fondations sont toujours réalisées à la demande de l’évêque du diocèse dont les Fraternités dépendent, selon l’ecclésiologie née de Vatican II ; et il y a toujours une Fraternité de Frères et une de Sœurs qui sont envoyées en même temps. Il y a eu Vézelay en 1993, Strasbourg en 1995, Florence en 1998. Puis Le Mont-Saint-Michel et Bruxelles en 2001, Montréal en 2004, Rome en 2006, Cologne en 2009, et Varsovie en 2010. Frère Pierre-Marie impulse et suit de près ces diverses implantations. Il est très attentif en particulier à l’aménagement des églises où vont se dérouler les liturgies et au cadre qu’il désire sobre, mais toujours empreint de beauté.



Une reconnaissance canonique.  Un autre édifice, juridique celui-là, retient aussi son attention. Au terme d’un long processus de rédaction et d’approbation par les Congrégations de la Vie consacrée et de la Doctrine de la Foi, les Constitutions des Fraternités Monastiques de Jérusalem sont définitivement approuvées par le Cardinal Jean-Marie Lustiger le 31 mai 1996 ; et érigées en Instituts de Vie consacrée d’inspiration monastique.
Aux élections qui suivent cette reconnaissance canonique, Frère Pierre-Marie est élu prieur général ; il est réélu pour un second mandat en 2003.  



Un homme passionné. Le Frère Pierre-Marie poursuit une activité intense : prédication plusieurs fois par semaine et permanences au bureau d’accueil de l’église ; visites aux diverses Fraternités ; conférences à l’extérieur, et enseignements à l’intérieur pour les Frères et Sœurs, mais aussi pour les nombreux groupes de laïcs qui se rassemblent autour d’eux…

Il dirige « Sources Vives », la revue des Fraternités, où il rédige de nombreux articles. Il publie plusieurs recueils d’homélies rassemblées sous le titre d’« Évangéliques », et un essai synthétisant l’expérience des Fraternités : Moine dans la ville (Bayard, 2003).

À la fin de son second mandat, conformément aux Constitutions, un nouveau prieur général des Frères de Jérusalem est élu : Frère Jean-Christophe Calmon (Sœur Violaine étant élue en 2010 prieure générale des Sœurs de Jérusalem).
Bien que malade depuis la fin de 2011, Frère Pierre-Marie continue à soutenir et encourager les différentes Fraternités, en les visitant, à prêcher et à enseigner.  

Il est décédé dans la maison de Magdala, en Sologne (La Ferté-Imbault, Loir-et-Cher), lieu de retraite des Fraternités, le 21 février 2013.





Sœur Marie-Laure
Membre des Fraternités Monastiques
de Jérusalem



Compléments

Sources documentaires



Les 3 propositions que Sœur Marie-Laure a faites le samedi 31 décembre 2016.


Proposition d'engagement





Je suis une retraite en ligne


Cette semaine, nous vous proposons de :
- suivre  de nombreuses propositions de retraites en ligne ou d’ateliers bibliques parmi lesquels :
- « Onze journées avec saint Luc » : http://jerusalem.cef.fr/fraternites/mediter-la-parole/parcours-bibliques
- ou « Sur les traces de la foi » (lecture de Gn 12-50 en 10 épisodes) : http://retraites-avec-jerusalem.cef.fr/archives-retraites-en-ligne/atelier-biblique

- ou de découvrir la liturgie sur notre site :
- Les richesses des temps liturgiques (articles) : http://jerusalem.cef.fr/fraternites/vivre-la-liturgie/temps-liturgique
- ou Vivre et comprendre la liturgie (20 fiches) : http://jerusalem.cef.fr/fraternites/vivre-la-liturgie/vivre-et-comprendre-la-liturgie



Proposition de formation sur la foi





Qu’est-ce que la vocation ?


Penser et vivre sa vie en termes de vocation est une manière de voir la vie comme un bien reçu à redonner, un don à offrir. C’est répondre personnellement et librement à l’appel de Dieu par le don de soi. C’est en marchant avec Lui, à l’écoute de sa Parole et des besoins et cris du monde, et de la Parole de Dieu que nous discernons notre vocation.

La réponse complète de Sœur Nathalie Becquart.






Proposition de prière




Cette semaine, nous vous proposons de réciter avec nous la prière de Frère Charles de Jésus.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire Avec Marie en France   Sam 18 Fév 2017 - 14:28


 1905 


PHILIBERT VRAU : UN MODÈLE DE DIRIGEANT CHRÉTIEN





Né à Lille en 1829, mort dans cette même ville en 1905, ce patron d’une entreprise textile a passé la première partie de sa vie à transformer la manufacture héritée de son père non seulement en une société de réputation nationale (le fil à coudre de la marque « Au Chinois »), mais en « usine chrétienne » (avec chapelle, religieuses dans les ateliers, aumônier, etc.), où le personnel était, en pleine révolution industrielle, considéré davantage comme membres d’une même famille (« frères et sœurs dans le Christ ») que comme de simples salariés.


Le « commis-voyageur de Dieu » La seconde partie de sa vie, il l’utilisa, vrai « commis-voyageur de Dieu », à sillonner tout le pays, ses tournées commerciales se changeant de plus en plus en pérégrinations de militant catholique, et à prendre conseil au Vatican. Le but de sa vie, « la gloire de Dieu et le service du prochain », consista à développer l’organisation pratique d’innombrables actions caritatives et éducatives, à les financer de ses deniers, à recruter des propagandistes pour des œuvres d’apostolat conformes aux vues de la papauté. Tout cela à une époque où l’Église de France était à la fois majoritairement gallicane et de plus en plus attaquée par la République anticléricale.




Un jeune Lillois hors du commun. Issu de la petite bourgeoisie du Nord, Philibert Vrau connaît, enfant, une triste expérience au collège municipal de Lille. Adolescent, il délaisse la foi chrétienne au profit du spiritualisme rationaliste que le philosophe Victor Cousin avait mis en vogue sous le Second Empire. Après un essai malheureux dans le monde bancaire, Philibert Vrau, personnalité ardente, insatisfaite de « l’esprit du temps » (voyant tant de riches « abrutis par l’opulence » et de pauvres « abrutis par l’indigence »), se convertit en 1854, notamment après la découverte du spiritisme alors très à la mode (cf. les « tables tournantes » de Victor Hugo). L’année suivante, il demande à son père la permission de quitter la filterie familiale (entreprise qui achète et conditionne des fils de lin) pour entrer en religion. Mais sa famille lui rappelle que l’affaire, très fragile, a besoin de lui, fils unique, pour prendre la relève. Ayant alors pris la résolution de rester « célibataire pour Dieu », secondant son père jusqu’au décès de celui-ci en 1870, il décuple le chiffre d’affaires et donc les bénéfices de l’entreprise (plus de 1000 employés vers 1875, 70 millions de pelotes vendues chaque année).

Il prend l’habitude de vivre de peu, dans sa famille, de redistribuer la quasi totalité de ses revenus et de se dépouiller au maximum. Il rêve secrètement de faire de Lille une « ville sainte ». Lille, cité en plein essor industriel et démographique où sévit la misère ouvrière, mais aussi antique cité mariale où un groupe de catholiques dont il fait partie construit, à partir du Second Empire, l’immense église Notre-Dame de la Treille devenue depuis lors la cathédrale du diocèse de Lille.

Il lance sur sa région les « œuvres eucharistiques », en développant par exemple l’« Adoration nocturne du Saint Sacrement » en 1857, et surtout en mettant sur pied le premier « Congrès eucharistique international » en 1881 dans les locaux de l’Université catholique de Lille, dont il est l’un des fondateurs.



Un patron exemplaire.  Personnage au caractère profondément oblatif, honnête (son comptable souligne qu’il n’a « jamais volé un millième de centime » ; il a même remboursé la douane après avoir découvert une erreur), humble, discret sinon effacé, austère, combatif, opiniâtre, n’ayant ni les dons d’un orateur ni ceux d’un théoricien, il excelle dans les contacts individuels et se lance dans ce que l’on appellera plus tard « l’action catholique ».

Il devient ce qu’on nommait alors un « homme d’œuvres », touchant le cœur de ceux qu’il rencontre. Il s’adjoint les qualités de son meilleur ami d’enfance, Camille Féron, qui devient son beau-frère en 1861 et qui abandonne en 1866 l’exercice de la médecine pour prendre en main la direction interne de la Maison Vrau.

Dès 1867, Philibert Vrau développe dans le Nord les « patronages chrétiens » pour donner un cadre moral et récréatif aux enfants démunis (par exemple il crée à Lille le « Patronage Saint Léonard » qui subsistera jusqu’en 1970). Mais il sera bien davantage que le riche philanthrope qui propage la bienfaisance dans l’anonymat et davantage que le monarchiste de cœur devenu « catholique social » qui va suivre à la lettre les Encycliques papales de Léon XIII « Rerum novarum » (fondement de la Doctrine sociale de l’Église en 1891) et « Au milieu des sollicitudes » (prônant le ralliement des catholiques français à la République en 1892).



Un fervent apôtre de la charité.  En effet, après la mort de sa mère en 1888, menant la vie d’un « religieux dans le monde », il confie pratiquement les rênes de l’entreprise à Camille Féron et accepte la charge de président de la Confrérie de la « Sainte Famille » (une « pieuse union » de prière et de charité d’origine espagnole), et surtout celle de président du Conseil régional des « Conférences de Saint Vincent de Paul ». Il se mue en une sorte de pieux nomade, voyageant six mois de l’année en chemins de fer (au milieu des tempêtes de la « guerre religieuse ») pour aller resserrer les rangs des « Comités catholiques », distribuer à pleines mains des aides, développer les subventions à la presse, ou encore construire des lieux de culte et des dispensaires catholiques.

Ses dépenses personnelles étaient très réduites ; on a calculé qu’il donnait (avec grande discrétion) jusqu’à 92 % de ses revenus ; à sa mort, le montant de sa succession sera si faible que le fisc s’en émouvra ! En 1934, son prénom a ainsi été donné à un établissement médical, actuellement « Hôpital Saint Philibert », à Lomme (station de métro de Lille).





Un précurseur de l’enseignement secondaire. Son action dans l’enseignement catholique sera sans doute la plus connue, d’abord du côté des écoles primaires. En 1890 (avant la grande offensive des ministres radicaux-socialistes anticléricaux de 1900), sous son impulsion, c’est 32 écoles de garçons et 34 écoles de filles qui sont ouvertes dans les 12 paroisses de Lille (50% des effectifs totaux).

Dès avant la loi de juillet 1875 (qui, brisant le monopole d’État napoléonien, autorisait la création d’universités libres en France), Philibert Vrau s’est employé à créer les conditions favorables à la fondation d’une université catholique pontificale (sous la protection du Vatican) à Lille plutôt qu’à Douai. Il achète avec ses amis 40 000 m2 de terrain sur le boulevard Vauban et, dès 1877, la ville de Lille, sans passé universitaire, aura une Université libre avant une Université d’État. Dans le même périmètre de ce « Quartier latin catholique lillois », une école d’ingénieurs sera créée grâce à lui en 1898, et confiée aux pères jésuites : l’Institut catholique des arts et métiers.



Vers la canonisation ? Dès 1911, est inaugurée l’église Saint-Philibert dans un quartier populaire du sud de Lille, qu’il avait financée avec son beau-frère, parmi bien d’autres lieux de culte. L’aspect architectural et moral de la capitale de la Flandre française serait bien différent si Philibert Vrau et Camille Féron n’avaient pas eu une telle vocation de bâtisseurs et d’évangélisateurs.

Bien des personnes appelaient à l’époque Philibert Vrau « le saint de Lille ». Un procès de béatification de ces deux entrepreneurs chrétiens hors normes fut ouvert, en 1912, sous la houlette du coadjuteur de l’archevêque de Cambrai (il n’y a pas d’évêque à Lille avant 1913), après la parution du récit hagiographique de la vie de Philibert Vrau et de Camille Féron, par Monseigneur Baunard, recteur de l’UCL (Université Catholique de Lille). De nombreux témoignages, notamment d’ouvriers, furent recueillis, tous favorables. Le procès se poursuivit à Rome dans les années 1930. Il fut interrompu dans les années 1950 par le cardinal Liénart, sensible au contexte sociopolitique de l’époque où les syndicats, même chrétiens, semblaient hostiles par principe au patronat, souvent dénoncé comme « paternaliste ».

De nos jours, une association (“Les Amis de Philibert Vrau”) a repris le flambeau pour rouvrir le dossier de ce « serviteur de Dieu » dont les bienfaits gagnent à être (re)connus et continuent de porter de beaux fruits.





Jean-Louis Pelon
Guide-conférencier, chroniqueur (La Croix du Nord, RCF-Nord de France), membre de l’Association des “Amis de Philibert Vrau”



Compléments

Sources documentaires



Les 3 propositions que Jean-Louis Pelon a faites le samedi 7 janvier 2017.


Proposition d'engagement





J'utilise mon argent pour l’avènement du Royaume de Dieu


À l’exemple de Philibert Vrau, je veux utiliser mon argent pour l’avènement du Royaume de Dieu. Je peux pour cela creuser la vie de Philibert Vrau ici.




Proposition de formation sur la foi





Est-il vraiment plus difficile aux riches d’entrer dans le Royaume de Dieu ?


L’Évangile souligne le danger que peut constituer la richesse pour notre salut, si c’est elle qui nous définit. Et il nous donne l’antidote : suivre la volonté de Dieu dans l’usage de cette richesse, nous en détacher intérieurement pour en faire un usage tourné vers le bien commun.

La réponse complète de Pierre de Lauzun.






Proposition de prière




Je prie en demandant l’intercession de Philibert Vrau.



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