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 1850 /Le Père Chaminade et la rechristianisation de la France

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Lumen
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MessageSujet: 1850 /Le Père Chaminade et la rechristianisation de la France   Lun 11 Juin 2018 - 19:57


1850


Le Père Chaminade et la rechristianisation de la France




Au début du XIXe siècle, le Père Chaminade, désireux de rechristianiser la France, fonde la Famille Marianiste. Il donne pour mot d'ordre missionnaire à ses disciples les paroles mêmes de Marie aux serviteurs de Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jean 2, 5). De mai 2016 à janvier 2018, les religieux et religieuses fêtent leur bicentenaire. La Famille Marianiste comprend désormais entre 7 000 et 8 000 personnes établies sur les cinq continents dans plus de 30 pays.


Guillaume-Joseph Chaminade est né le 8 avril 1761 à Périgueux (Dordogne). Dernier enfant d’un marchand drapier habitant tout près de la cathédrale, il suit ses études au Collège-Séminaire de Mussidan, avant de faire ses vœux dans la congrégation des prêtres de Saint-Charles de Mussidan, qui prend pour modèle l’évêque italien saint Charles Borromée. Il est ordonné prêtre en 1785.


En 1791, en pleine Révolution, il refuse de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. Il s’installe alors à Bordeaux, pour assurer un ministère clandestin de plusieurs années, au risque de sa vie. En 1797, il doit s’exiler vers l’Espagne où il arrive (à Saragosse en Aragon) le 11 octobre 1797, veille de la fête grandiose de Notre-Dame del Pilar (Notre-Dame du Pilier), le plus grand pèlerinage marial d’Espagne.


Dans son exil, il réfléchit à l’avenir de la foi en France. Il élabore avec d’autres un plan de rechristianisation adapté aux temps nouveaux. Il sait qu’il ne suffira pas de rebâtir des structures, aussi cherche-t-il d’autres moyens et se laisse guider par les « signes des temps ». Convaincu qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger, il s’interroge sur le bien-fondé d’une « congrégation » de chrétiens, « un mouvement », à l’instar des congrégations mariales de Jésuites, pour les aider à être plus forts dans la foi et plus éloquents dans le témoignage. Le dévouement extraordinaire de certains laïcs qui l’ont aidé à poursuivre son ministère pendant les années révolutionnaires, en dépit de tous les risques, lui a aussi permis de comprendre que chaque baptisé peut jouer un rôle dans la mission.  




Déjà, il songe à demander au Pape l’autorisation d’évangéliser au-delà des structures traditionnelles des paroisses. Ce qu’il appellera plus tard son « inspiration » germe progressivement en lui. On dit qu’un jour, alors qu’il est en prière, il lui est même donné une sorte de « vision » : il voit se rassembler autour du pilier de Marie des jeunes gens de toutes origines venus se mettre à sa disposition pour l’assister dans sa mission.


Dès son retour en France en 1800 à Bordeaux, il rassemble des groupes de jeunes, d’hommes, de femmes, qu’il forme, qu’il guide dans la vie spirituelle pour qu’ils deviennent missionnaires dans leur milieu. C’est la naissance de la « Congrégation » (de son nom complet la Congrégation de l’Immaculée), placée sous la protection de la Vierge Marie. Le Père Chaminade s’installe à la Chapelle de la Madeleine à Bordeaux. Comme certains souhaitent aller plus loin dans leur engagement, il propose en 1808 une forme de vie consacrée dans le monde, qu’il appelle « l'État ».


Ce même été 1808, il entre en relation avec Adèle de Batz de Trenquelléon (1789-1828) qui, près d’Agen (Lot-et-Garonne), a fondé une Association de prière et d’encouragement à la vie chrétienne par correspondance, très proche de l’œuvre de Bordeaux. Cette jeune femme de famille noble souhaite ardemment devenir religieuse.


Toujours à l’écoute de l’Esprit, le Père Chaminade fonde avec elle en 1816 à Agen l’Institut des Filles de Marie : un Institut religieux au service de la congrégation de laïcs. Il rédige les premières constitutions et confie à Marie-Thérèse de Lamourous, son adjointe pour la congrégation et fondatrice des sœurs de la Miséricorde de Bordeaux, le soin de guider les premiers pas du petit groupe d’Agen. Celui-ci se compose de six jeunes filles qui s’installent au « Refuge » le 25 mai 1816. Quinze jours plus tard, les nouvelles sœurs font la connaissance du Père Chaminade.


Un an plus tard, Monsieur Lalanne, congréganiste, fait part au Père Chaminade de son désir de consécration à Dieu. C’est ainsi que naît à Bordeaux le 2 octobre 1817 une nouvelle communauté de religieux : la Société de Marie, qu’on appellera bientôt les Marianistes. Sa première mission est d’être « l’homme qui ne meurt pas », afin d’accompagner les groupes de laïcs qui restent par leur baptême les premiers évangélisateurs. La Règle de vie est la même que celle des sœurs d’Agen, avec les aménagements nécessaires, en particulier à cause de la présence de prêtres. D’autres lieux de mission, notamment dans l’enseignement chrétien, naîtront très vite dans ce monde où tout est à reconstruire.


Dès la fondation, le Père Chaminade donne comme mot d'ordre missionnaire à ses disciples, les paroles mêmes de Marie aux serviteurs de Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2,5). Il a l’idée d’une certaine universalité des œuvres, et également celle de l’adaptabilité des moyens utilisés dans la mission aux besoins des temps et des lieux. Il désire pouvoir s’adresser à « toutes les classes, tous les sexes et tous les âges, mais au jeune âge et aux pauvres surtout » (Lettre du 24 août 1839).




Le 16 septembre 1839, le Père s’adresse au pape Grégoire XVI pour demander l’approbation des constitutions des deux Instituts, perçus comme les deux versants d’une même entité. Il conclut sa lettre ainsi : « Ces deux ordres ont pris pour nom distinctif celui de l’auguste Marie : puissent-ils la faire connaître, louer et chérir par toute la terre ! Car je suis intimement convaincu que Notre Seigneur a réservé à sa Sainte Mère la gloire d’être particulièrement le soutien de l’Église dans ces derniers temps. »


Suite à de graves problèmes financiers engendrés par l’imprudence d’un de ses disciples, et à des comportements qu’il jugeait dénaturant la Société de Marie, le Père Chaminade subit de lourdes épreuves durant les quatre dernières années de sa vie. Son Conseil va même jusqu’à l’exclure. Mais il a la joie, avant de mourir le 22 janvier 1850 à Bordeaux, de voir son successeur et ses assistants l’entourer et se réconcilier avec lui. Sa tombe au cimetière de la Chartreuse est surmontée d’une statue de la Vierge et comporte plusieurs ex-voto de fidèles.


Le 18 octobre 1973, après une étude minutieuse des écrits et des activités du Père Chaminade, le Pape Paul VI le déclare vénérable. Le 3 septembre 2000, il est béatifié sur la place Saint-Pierre de Rome par le pape Jean-Paul II. La Famille marianiste peut ainsi le célébrer dans sa liturgie officielle sur tous les continents, partout où elle est implantée. Sa fête est le 22 janvier, jour de sa mort.




Sœur Marie Laurence Cosnard
Supérieure provinciale des religieuses marianistes





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Sources documentaires :

- Gizard Vincent, Petite Vie de Guillaume-Joseph Chaminade, fondateur de la famille Marianiste (1761-1850), Desclée de Brouwer, 1995.
- Goyau Georges, Chaminade, fondateur des Marianistes. Son action religieuse et scolaire, Bloud et Gay, 1914.
- Madueño Manuel, Suivre Jésus, fils de Marie, un parcours de spiritualité marianiste, Éd. Saint-Augustin, 2009.
- Vasey Vincent (s.m.), Guillaume-Joseph Chaminade, un nouveau portrait, Tequi, 2006.

Site internet :
http://www.marianist.org



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